Depuis le 3 août, Google Home, l'assistant domestique de Google, est disponible en France. Si en apparence, ces appareils peuvent faire figure de gadget, ils sont pourtant le point de départ d'une rupture technologique profonde dans notre société.

Utilisés au quotidien par des millions d’Américains depuis plusieurs années déjà, les assistants vocaux, que l’on connaît sous le nom de Siri chez Apple, d’Alexa chez Amazon ou encore de Cortana chez Microsoft, restent encore peu familiers des Français. La raison en est simple : ces programmes informatiques développés en priorité en anglais demeurent encore considérablement limités dans la langue de Molière.

VOIR AUSSI : On a testé Echo Dot, l’assistant domestique d’Amazon qu'on attend toujours en France

Qui s’adresse aujourd’hui à Siri pour gagner du temps, à part peut-être pour lui demander d’"appeler maman" ? Probablement un faible pourcentage de détenteurs d’iPhone, tant il semble compliqué de lui faire assimiler du premier coup le sens d’une phrase, même simple. Et quand bien même il parvient à nous fournir une réponse, celle-ci se veut souvent déceptive.

Ces enceintes sont le support idéal pour s’émanciper des smartphones encore dominés par le tactile

Depuis 2014, avec l’arrivée d’Echo d’Amazon sur le marché américain – suivi de Google Home en 2015 –, les assistants vocaux ont investi un nouveau support idéal pour s’émanciper des smartphones encore largement dominés par les fonctions tactiles : les enceintes connectées. Si outre-Atlantique donc, ces dernières ont déjà trouvé leur place dans des millions foyers, la France ne les "découvre" que depuis quelques jours. Ou plutôt la découvre, puisque seule l’enceinte de Google, Google Home, n’est à ce jour disponible dans notre cher Hexagone. D’ici quelques mois, des concurrents comme le HomePod, enceinte intelligente d’Apple ou encore le device qui accueillera Djingo, l’assistant d’Orange, feront eux aussi leur entrée sur le marché.

Quoiqu’il en soit, il était difficile de passer à côté de l’annonce de la sortie de Google Home ces derniers jours, tant la presse française a fait couler de l’encre à son sujet. Après une semaine de disponibilité exclusive sur les sites Web de la Fnac et de Darty, le petit haut-parleur est maintenant en vente, depuis mardi 8 août, dans les rayons physiques de ces deux enseignes, au prix de 149 euros.

google_home_main.jpg
Lili Sams/Mashable

Ça sert à quoi déjà ?

Si vous n’avez toujours pas bien compris de quoi il s’agissait, Google Home est, dans les grandes lignes, l’addition d’une petite enceinte qui diffuse de la musique, d’un concierge virtuel, du moteur de recherche Google et d’un gestionnaire de maison connectée. Toute interaction avec ce petit boîtier se fait par la voix, dès lors que l’on prononce les formules "Ok Google" ou "Dis Google" avant chacune de nos requêtes. Une fois notre demande assimilée, Google Assistant – l’intelligence artificielle qui "habite" l’enceinte –, tente d’y répondre du mieux possible. 

En vrac, quelques interactions possibles pour bien comprendre la fonction du Home installé, par exemple, dans notre salon :

  • "Ok Google, met 'Allo maman, ici bébé' sur Netflix." (Bon hein, je suis tombée dessus hier.)
    → Connecté à la Chromecast de notre télé, Google Home enclenche le film sans que l’on ait eu à toucher le moindre bouton de télécommande.
     
  • "Ok Google, allume la lumière du salon."
    → Relié à un système d’ampoules connectées comme les Philips Hue ou les Smart Bulb de Lümen, il allume nos lampes dans le secteur indiqué.
     
  • "Dis Google, combien mesurait un diplodocus ?"
    → Il nous répond de manière directe, en citant sa source dès lors qu’il s’appuie sur Wikipédia ou tout autre site Web.
     
  • "Dis Google, souviens-toi que je range mon passeport au fond du petit tiroir de gauche du bureau."
    →  Il enregistre l’information et nous la rappelle sur demande.  
     
  • "Ok Google, met 'Numb' de Linkin Park."
    → Connecté à un compte Deezer Premium, Spotify Premium ou Play Music, il lit le morceau. Relié à une Chromecast Audio, il pourra également le diffuser sur d’autres enceintes de la maison.
https-2f2fblueprint-api-production.s3.amazonaws.com2fuploads2fcard2fimage2f2681142fgoogle-home-review-19.jpg
Lili Sams/Mashable

Un outil à ses balbutiements

De mon côté, j’ai installé l’appareil chez moi depuis plus d’une semaine maintenant. Un délai à mon sens un peu court pour estimer que l’investissement est pour l’instant utile ou non, et j’insiste sur le "pour l’instant", car Google Home est un outil qui va être amené à sans cesse évoluer. Ce que je peux déjà assurer, c’est :

  • Qu’il ne fonctionne pas toujours très bien : je dois parfois reformuler autrement ma requête pour qu’il la comprenne, ou encore faire face à des bugs du type arrêt total de la radio ou de la musique en cours de lecture.
  • Qu’il est encore bien en deçà de ses capacités comparé à sa version anglophone. Il ne peut par exemple pas encore tolérer les multi-requêtes du type "Ok Google, peux-tu me dire à quelle heure est la prochaine séance pour 'Dunkerque' au Gaumont Opéra ?" ou encore distinguer les différents timbres de voix pour identifier l’utilisateur. Mais tout cela va être amené à évoluer très rapidement. Techniquement, l'outil est bon. C'est l'IA qui doit encore s'améliorer.
  • Qu’il n’a rien d’indispensable à ce jour. C’est important de le préciser, car j’ai le sentiment que c’est une caractéristique commune à la plupart des objets électroniques aujourd’hui inhérents à notre quotidien mais jugés par des générations entières, dans leurs premières années d’existence, comme superficiels. 

Mais encore :

  • Que je m’en sers avec plaisir et qu’il a rapidement pris sa place dans mon quotidien.
  • Que je m’habitue progressivement à ces interactions orales pas forcément naturelles au départ.
  • Qu’il fait parfaitement office de petite sono dans une pièce.
  • Qu’il est un formidable hub domotique, ce qui implique donc d’être équipé en objets connectés, sans quoi il perd l’un de ses grands atouts.
  • Qu’il me fait délaisser mon smartphone à la maison, car je gère plus de choses à la voix.

Un palliatif au smartphone

C’est ce dernier constat qui m’a interpellée : comme mon smartphone et ma tablette m’avaient fait progressivement abandonner l’usage de mon ordinateur à mon domicile il y a quelques années, Google Home est parvenu à les remplacer pour tout un tas de choses. Météo, infos, réveil, applis… Pourquoi ? Parce que gérer les choses oralement, lorsque cela se passe de façon aussi fluide qu’avec Google Assistant, m’a permis de me détacher d’un petit écran déjà bien trop présent dans nos journées. Dans nos vies.

Gérer les choses oralement m’a permis de me détacher d’un petit écran déjà bien trop présent dans nos journées

Utilisé à plein régime, Google Home prend donc chez nous rapidement la place de "tour de contrôle" occupée depuis maintenant bien longtemps par nos smartphones. À force de s’adresser à lui naturellement, taper une requête sur Google ou enclencher un film avec sa télécommande paraît presque pénible. Honnêtement, c’est un peu triste, mais j’exagère à peine. Alors oui, l’assistanat est poussé encore un peu plus loin, mais si le but est de gagner de temps pour tout un tas d’autres activités qui n’impliquent pas d’avoir la tête baissée sur notre téléphone, on peut relativement s’en réjouir.

De là à remplacer définitivement le smartphone dans notre maison ? Probablement pas. Plus certainement, ce sont les enceintes connectées qui vont nous amener à un niveau de familiarité avec les assistants vocaux tel que nos smartphones eux-mêmes deviendront des enceintes. 

http-2f2fmashable.com2fwp-content2fgallery2famazon-echo-review2famazon20echo-3.jpg
Lili Sams/Mashable

Une première étape vers la disparition du moteur de recherche

En mars dernier, lors du salon professionnel E-commerce One to One de Monaco, Google avait marqué les esprits avec sa présentation intitulée "The age of assistance" ("L’ère de l’assistance"), résumée par le site FrenchWeb. La firme avait affirmé être en train de s’extraire progressivement du modèle de moteur de recherche traditionnel et d’entrer dans une phase nouvelle : celle de l’assistance, où la voix – et non plus le clavier – fait office d’interface principale.

VOIR AUSSI : On a demandé à des experts à quoi ressemblera le smartphone du futur

Si la disparition (ou du moins la réduction) des interactions tactiles au profit des échanges oraux va changer la donne, c’est bien parce qu’elle va de pair avec l’avènement du machine learning, une technologie d’apprentissage qui ne peut être efficace que si nous ne fournissons tout un tas de données personnelles permettant à l’ordinateur d'apprendre à parler naturellement et à anticiper nos désirs. Certes, le moteur de recherche tel que nous le connaissons aujourd’hui est depuis bien longtemps une lucarne sur nos vies privées, mais l’assistanat vocal va nous faire passer un cap de plus vers le règne absolu du big data.

On entre dans la phase nouvelle de l’assistance, où la voix fait office d’interface principale

Autre changement de taille : si Google doit désormais nous "lire" à haute-voix Internet, il ne va pas pouvoir être bien exhaustif. L’assistanat vocal revient donc à la réduction drastique des résultats de recherche, ce qui s’avère être un changement profond dans la manière dont nous allons consommer le Web. À l’heure où la neutralité du Net au sens large est au cœur des débats aux États-Unis, une réflexion sur le sujet s’impose, et vite.

Jusqu’où vont nous emmener les assistants vocaux ?

De la même manière qu’il était presque impossible de prédire le succès du premier assistant vocal pour la maison, Echo, aux États-Unis, il est difficile d’entrevoir la place exacte que les assistants intelligents vont prendre dans nos vies futures. Ce dont on est aujourd’hui à peu près sûrs, d’après les prédictions les plus étayées des spécialistes, c’est que la voix va largement supplanter nos doigts, et donc que les intelligences artificielles seront omniprésentes.

Seront-elles vouées à être concentrées dans des petites tours comme le Google Home, destinées à trôner sur une table ? Ou au contraire, les retrouverons-nous dans chacun de nos objets connectés, capables d’interagir via un haut-parleur systématiquement présent ? Les deux scénarios sont tout aussi valables. Et si finalement, elles venaient directement s’intégrer à notre oreille, par le biais d’un petit écouteur à porter constamment ? Là encore, il faudra patienter pour le savoir. En attendant, Google Home est, en France, un parfait avant-goût du futur de la technologie.

Quelque chose à ajouter ? Dites-le en commentaire.