Grand Prix du jury à Cannes, le film de Robin Capillo est un magnifique objet de cinéma. Mais aussi un film gay et militant, et fier de l'être.

La presse est unanime : "120 battements par minute", primé à Cannes par un Grand Prix, est un chef d’œuvre. Le film, qui raconte les combats d’Act Up au début des années 1990 ainsi qu’une histoire d’amour entre deux garçons, dont l’un atteint du VIH, est une œuvre magnifique, d’une rare force. Mais c’est aussi un film gay. Et c’est important de le rappeler.

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Comme souvent, j’écoutais France Info ce matin. "Il est 7 heures, votre bulletin d’information...", on parle d'abord de François Hollande, de Barcelone avant d'arriver à la critique du dernier film de Robin Campillo. Sans surprise, celui-ci est encensé par le journaliste. Problème, à quasiment aucun moment (sauf dans un bout d’interview du réalisateur) n’est fait mention de la communauté LGBT ou de l’homosexualité des personnages. Pire, la critique explique même que le film n’est pas "un manifeste gay".

On passera sur la formulation malheureuse, parce qu’on ne voit pas trop ce que pourrait être un "manifeste gay", comme il n’existe pas non plus de "manifeste hétéro". On se gardera également d’être trop dur avec la critique de France Info, qui, contrainte par son format radio, était très courte. Mais cette formulation trahit un phénomène réccurrent : la tentative de rendre moins gay (et donc dans l’idée, plus accessible au grand public) toute œuvre LGBT.

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Nathan, joué par Arnaud Valois.
120 battements par minute

Cette idée de rassurer le public (forcément perçu comme hétéro), en lui expliquant que le film "n’est pas une histoire gay" ou "pas militant" mais avant tout une histoire d’amour, revient encore trop fréquemment parfois même chez des réalisateurs gays, comme Xavier Dolan. Comme s’il fallait rendre le sujet le plus neutre et lisse possible, histoire de ne pas effrayer le grand public.

Sauf que cette façon de faire oublie que le grand public n’a pas besoin que l’on parle de lui-même pour s’intéresser à un film. En exemple, “Moonlight”, film oscarisé et succès en France, malgré le fait que son sujet (l’homosexualité dans une communauté afro-américaine) soit bien éloigné du quotidien des Français.

Besoin de représentation

"120 battements par minute" est un film qui traite aussi d'homosexualité et de la culture gay et il faut le revendiquer. D’abord parce que l’œuvre traite d’une histoire majeure de la communauté LGBT française : l’épidémie du sida au début des années 1990 et le combat d’Act Up contre celle-ci. Vouloir sous jouer le côté gay du film serait le trahir, et trahir la volonté de Robin Campillo qui a milité chez Act Up : comme ses personnages, le film revendique le fait d’être gay et d’être militant.

Il a bien une chose que le film montre clairement : la façon dont les pouvoirs publics ne voulaient pas entendre parler des homosexuels et du VIH dans les années 1990. Oui, Act Up se battait pour tous, mais d’abord pour “les pédés, trans, prostituées et toxicos”, populations les plus à risque face à la maladie. Laisser penser que le film parle de tout le monde, c’est faire injure aux personnes qui sont mortes parce que l’État français ne s’intéressait pas à elles à cause de leur sexualité.

N’oublions pas, non plus, à quel point il est rare de voir de grosses productions françaises (bien) traiter les questions LGBT. Ici, le film raconte l’histoire d’amour de Nathan (séronégatif) et Sean (séropositif). Au-delà de la question du VIH, on a rarement vu un tel couple à l’écran ainsi qu’une aussi belle (et réaliste) scène de sexe entre hommes. Et oui, cela fait un bien fou à une grande partie de la communauté LGBT française, en quête de représentation dans les médias.

L’œuvre de Robin Campillo est aussi l’occasion de mesurer le chemin parcouru depuis ces années-là : les médias traitent désormais largement des questions LGBT alors que la communauté peut vivre plus librement et ouvertement ses amours.

"120 battements par minute" est un très beau film. Mais aussi un film important. Un film gay important, peuplé de folles, de personnes atteintes du VIH, de douleur, de militantisme, de scènes de sexe et d’amour entre garçons. Un film, comme l'explique Christophe Martet, qui montre tout, y compris "le sang, le sexe, le sperme, les larmes,". Merci de ne pas l'oublier.

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