En direct de l'ambassade d'Équateur à Londres, le fondateur de WikiLeaks s'est exprimé en duplex à la MaddyKeynote 2018, le troisième sommet de l'innovation du magazine des startup "Maddyness", qui se déroule au CentQuatre à Paris ce jeudi.

Accusé de viol en 2010 et toujours reclu dans l'ambassade d'Équateur à Londres afin de ne pas se faire arrêter par la police britannique tandis que la Suède a classé sans suite l'enquête qui le visait, Julian Assange a rendu ses apparitions médiatiques plutôt rares ces dernières années. Invité par la MaddyKeynote, un événement qui réunissait à Paris les acteurs de l'innovation autour du thème de "la cité du futur", le fondateur de WikiLeaks a livré quelques points de vue sur l'état de nos libertés numériques.

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Selon le cybermilitant australien, "le chiffrement est la clé de voûte de nos libertés sur Internet". Celui qui a co-inventé en 1997 le système de chiffrement Rubberhose estime que les procédés de cryptographie sont aujourd'hui notre seul salut face à la surveillance de masse. Cette dernière serait selon lui davantage le fait des puissances de la Silicon Valley que des agences de renseignement. "Google, Amazon et Facebook collectent bien plus d'informations sur vous que les organisations étatiques", fait-il remarquer. Et si l'on n'intègre pas le chiffrement généralisé dans nos pratiques, alors autant tout de suite arrêter d'abreuver Internet de nos données personnelles, enjoint-il.

L'intelligence artificielle, cette "arme nucléaire pour les États"

Mais à en croire Julian Assange, la surveillance de masse n'est pas la seule entrave à nos libertés fondamentales à l'heure des nouvelles technologies. Il faut aussi compter sur le développement de l'intelligence artificielle, cette "arme nucléaire pour les États", que le fondateur de WikiLeaks soupçonne d'être bientôt aux commandes d'une propagande généralisée. Selon lui, le mensonge fait totalement partie de la nature humaine — et même de la nature tout court, "puisque même les pigeons mentent", lance-t-il. "L'être humain est menteur et cruel. Le principe de propagande a toujours existé. Mais l'intelligence artificielle risque d'amplifier le pouvoir de la propagande", explique celui qui pense qu'en pouvant amasser une certaine somme d'informations sur les évolutions de l'opinion publique, une IA pourra sans doute un jour imaginer de nouvelles manières d'influencer nos façons de penser.

Et Julian Assange de mettre en garde contre l'hégémonie américaine et chinoise dans le domaine de l'intelligence artificielle. "Les entreprises européennes qui réussissent dans ce domaine finissent toujours par être rachetées par l'un de ces deux pays", se désole-t-il, avant de reconnaître que l'absence de géant européen tient sans doute aux disparités technologiques du vieux continent. Interrogé sur les "fake news", l'informaticien australien a livré son analyse : selon lui, elles auraient tout simplement été imaginées par les GAFA eux-mêmes dans le but de s'octroyer la légitimité de réguler ce qui transite sur leurs plateformes.

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