Alex Jones, le théoricien du complot qui compte parmi ses fans Donald Trump, a été banni de la quasi-totalité des réseaux sociaux en moins de 24 heures. Le 7 août, seul Twitter tolérait encore la présence du conspirationniste.

Même YouPorn a décidé, lundi 6 août, de bannir de sa plateforme le conspirationniste vedette de l’extrême droite américaine Alex Jones. Le site pornographique, qui hébergeait des dizaines de vidéo du commentateur et agitateur américain, a suivi le mouvement initié la veille par Apple, et qui a eu un effet boule de neige.

VOIR AUSSI : Des conspirationnistes ont placé une vidéo en "Tendances" sur YouTube en trompant l'algorithme

Il ne restait guère plus que Twitter qui tolérait encore mardi la présence d’Alex Jones sur sa plateforme. Facebook, YouTube, Spotify, Pinterest et LinkedIn l’ont tous bouté hors de leur site, invoquant une violation des règles de conduite.

Empire conspirationniste

Apple, le premier, avait jugé que ses podcasts – l’application de son site Infowars reste quant à elle disponible sur l’Apple Store – contenaient des messages haineux. Facebook a été encore plus spécifique, expliquant que des contenus sur la page d’Alex Jones “glorifiaient la violence, et utilisaient un langage déshumanisant les personnes transgenres, les musulmans et les immigrés”.

Des critiques qui sont adressées à cette figure centrale de l’alt-right américaine (nébuleuse regroupant l’extrême-droite et les conspirationnistes) depuis des années. Alex Jones s’est en effet bâti un empire complotiste sur Internet en affirmant, entre autres, que la tuerie de l’école de Sandy Hook en 2012 était une mise en scène orchestrée par le gouvernement ou encore qu’Hillary Clinton appartenait, durant la campagne présidentielle de 2016, à un réseau pédophile responsable de la mort de plusieurs enfants.

Le laxisme, très critiqué, des principaux réseaux sociaux à l’égard d’Alex Jones pendant des années lui ont permis de s’imposer comme l’une des voix les plus virulentes et les plus écoutées du camp pro-Trump. Sa chaîne sur YouTube comptait plus de 2,4 millions d’abonnés. Et son fan le plus célèbre n’est autre que Donald Trump, le président des États-Unis. Ce dernier l’a appelé en direct durant l’une de ses émissions en 2015 pour le féliciter pour son travail et lui promettre qu’il ne le décevrait pas s’il accédait à la Maison Blanche.

La décision quasi-simultanée de toutes ces plateformes de bannir Alex Jones, quoique très attendue, a également suscité son lot de critiques. “Elle fait le jeu d’Alex Jones en le transformant en martyr”, déplore le site d’informations technologiques Wired. Le principal intéressé n’a d’ailleurs pas tardé à se poser en victime d’une “action coordonnée” des géants de la tech qui chercheraient, à travers lui, à faire taire les “conservateurs” à l’approche des élections américaines de mi-mandat en novembre 2018.

L’empressement de suivre l’exemple d’Apple a aussi donné l’impression que les autres réseaux sociaux “réagissaient surtout par intérêt pour ne pas apparaître comme la seule plateforme à tolérer un discours dénoncé unanimement comme ‘haineux’”, signale le site Slate.

Changement de mentalité

Il n’empêche. Cette mise à l’index quasi-généralisée d’Alex Jones illustrerait un changement important de mentalité de la part des réseaux sociaux, estime Wired. Pendant des années, ces plateformes ont toléré la présence d’utilisateurs du calibre d’Alex Jones au nom de la liberté d’expression. Cette promesse “d’ouverture à tous, d’absence de préjugés et de laxisme a longtemps été l’un des grands atouts de ces sites par rapport aux médias traditionnels qui contrôlent beaucoup plus ce qu’ils publient”, note le site. La stratégie a tellement bien marché, que les Facebook & Co. sont devenus les sources principales d’information pour une majorité d’Américains.

Mais la posture de plateforme qui s’interdit le droit de juger ce que publient les utilisateurs était alors devenue intenable. La force de frappe des réseaux sociaux permettait à n’importe qui d’être aussi audible que la plupart des médias traditionnels, tandis que le refus de juger le contenu permettait à Alex Jones d’apparaître aussi légitime que des commentateurs moins extrémistes.

En censurant ce théoricien du complot, ces plateformes “assument, comme n’importe quel média, qu’elles sont des entreprises privées qui ont le droit de juger les contenus, et non pas un service public tenu de protéger la liberté d’expression à tout prix”, conclut Wired. Ce basculement ne s’est pas fait en une nuit. Il a fallu la lutte contre la propagande terroriste sur les réseaux sociaux, le débat sur la prolifération des fake news et enfin le scandale Cambridge Analytica pour en arriver là. Reste à savoir quel sort attend tous les apprentis Alex Jones, comme Jack Posobiec ou Paul Joseph Watson, l’autre agité d’Infowars. Ils ont, tous deux, plus de 500 000 abonnés sur YouTube ou Twitter et sont bien décidés à perpétuer le travail du fondateur d’Infowars.

Le fondateur de Twitter s'est exprimé sur le sujet le 7 août. Il a expliqué qu'ils ne suspendrait pas Alex Jones parce qu'il n'avait, selon lui, "pas violé les règles" de la plateformes. "Si nous succombons et réagissons simplement à la pression extérieure, plutôt que de suivre les principes que nous avons mis en place et qui sont les mêmes quelques soient les points de vue politiques, nous devenons un service qui se construit sur nos points de vue personnels (...). Ce n'est pas nous", a-t-il affirmé.

– Cet article a été initiatement publié sur le site de France 24.

Quelque chose à ajouter ? Dites-le en commentaire.