Elijah Wood et Joseph Gordon-Levitt qui débarquent chez Ubisoft. Léa Seydoux et Norman Reedus recrutés pour le nouveau titre d'Hideo Kojima. Mais que se passe-t-il entre les acteurs et les jeux vidéo ?

Voilà quelques années que les héros de nos consoles sont partis à la conquête des salles obscures. Malgré l’avalanche de productions médiocres, les adaptations de jeux vidéo au cinéma se multiplient et rapportent gros, de "Warcraft" à "Assassin’s Creed" en passant par "Angry Birds".

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Désormais, l’inverse est aussi vrai : les stars d’Hollywood investissent dans la conception de jeux vidéo, dans l’e-sport ou créent des branches dédiées aux jeux vidéo au sein de leurs sociétés de production.

Cette année, l’Electronic Entertainment Expo (E3), le grand salon des jeux vidéo de Los Angeles, a même été le théâtre d’un petit défilé de personnalités du monde du cinéma. Et les acteurs n'étaient pas venus pour essayer de nouveaux titres ou se faire plaisir dans les allées du salon, mais bien pour faire du business.

Ubisoft fait entrer deux loups dans sa bergerie

Lors de son show, Ubisoft a fait monter sur scène l’acteur et réalisateur Joseph Gordon-Levitt ("The Dark Knight Rises", "Inception"), qui produira, grâce à sa maison de production HitRecord, les musiques de "Beyond Good & Evil 2".

HitRecord se présente comme une plateforme de création et de collaborations artistiques sur des films ou des musiques. Des personnes postent en ligne leur conception et d’autres utilisateurs peuvent proposer une réinterprétation ou des ajouts. Au final, si une contribution est utilisée dans l’œuvre finale, le participant reçoit un cachet. Ubisoft a bien compris l’utilité des compétences en crowdsourcing et l’intérêt des communautés de HitRecord, qui existe depuis 2005, et veut les utiliser dans le cadre de son Space Monkey Program, un outil collaboratif pour la conception de "BGE 2". "Depuis le départ, nous voulions impliquer les joueurs de manière inédite", affirmait Michel Ancel, directeur créatif du jeu, à l’AFJV. "Nous avons trouvé en HitRecord le parfait partenaire pour nous aider à créer ce gigantesque monde en faisant participer notre communauté de fans passionnés."

À l’E3, le géant du jeu vidéo français avait également invité Elijah Wood, connu pour son rôle dans "Le Seigneur des Anneaux" ou la série télévisée "Wilfred", à monter sur scène pour parler de "Transference". Un projet de jeu en réalité virtuelle aux allures de film d’horreur qui est réalisé avec sa société de production de films, SpectreVision.

Ubisoft

Là aussi, l’idée d’Ubisoft est d’importer des compétences – en l'occurence, celle de la réalisation de films de genre – pour un projet bien précis. Ni HitRecord, ni SpectreVision n’ont d’expérience dans le jeu vidéo. Mais l’opportunité à la fois financière et médiatique intéresse forcément les acteurs-entrepreneurs, tandis que l’éditeur et développeur français profite du rayonnement de ces personnalités et des savoir-faire de leur société. On note aussi la présence de Léa Seydoux ou Norman Reedus ("The Walking Dead") au casting de "Death Stranding", présenté en longueur par Sony durant cet E3 2018.

Annapurna Interactive et la nouvelle ruée vers l'or des jeux vidéo

Les grandes sociétés de production cinématographique n’ont bien évidemment pas attendu Elijah Wood pour se lancer dans un business aussi juteux. On pense évidemment à George Lucas qui, dès 1982, créait LucasFilm Games, devenue LucasArts Entertainment Company, entreprise acquise en 2012 par The Walt Disney Company avant de fermer ses portes. La Fox a également tenté une aventure vidéoludique, sans grand succès. De son côté, Warner Bros possède toujours une branche dédiée au gaming, principalement pour éditer des titres faisant écho à ses films, de "Looney Tunes" à "Batman".

"Maintenant que J.J. Abrams s’y met aussi, tu te dis qu’il se passe vraiment quelque chose, là, maintenant"

Mais la nouvelle ruée vers l’or des jeux vidéo des ténors d’Hollywood est sensiblement différente. Il ne s’agit pas de promouvoir des produits affiliés à une franchise, de faire seulement du cash sur une marque, mais de rentrer dans un véritable processus créatif. La voie a été ouverte en 2016 par Annapurna Interactive – branche de la société de production cinématographique Annapurna Pictures – qui affirmait vouloir créer des jeux se concentrant sur "la qualité artistique et la diversité de la narration interactive" en éditant que des titres originaux.

De prime abord, l’arrivée de ce nouvel acteur étranger au monde vidéoludique a fait grincer quelques dents. On connaît désormais le surprenant résultat : "What Remains of Edith Finch", développé par Giant Sparrow, l’un des jeux les plus acclamés de 2017. L’entreprise a également connu un beau succès critique avec "Gorogoa", "Kentucky Road Zero" et "Florence" sur mobile. Trois autres titres édités par Annapurna, sur Nintendo Switch, PS4, Xbox et PC, devraient sortir durant l’année 2018.

"Annapurna Pictures est la première à s’être lancée et à créer sa propre division de jeu vidéo. C’était super cool, parce qu’ils ont apporté tout leur soutien aux développeurs, à des histoires uniques et à des manières différentes de les raconter. Maintenant que J.J. Abrams s’y met aussi, tu te dis qu’il se passe vraiment quelque chose, là, maintenant", affirmait récemment Elijah Wood dans une interview à nos confrères de 20 Minutes.

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Deux jours avant le début de l’E3 2018, J.J. Abrams annonçait ainsi que sa société Bad Robot allait lancer une nouvelle division, Bad Robot Game, pour produire des jeux. "Je suis un gros gamer, et je suis plutôt jaloux des incroyables outils que les développeurs utilisent pour créer leurs mondes et s’amuser avec", a commenté le scénariste, réalisateur et producteur.

Évidemment, J.J. Abrams comme Annapurna ou Joseph Gordon-Levitt voient dans le jeu vidéo la même chose que la Warner ou Disney : une industrie culturelle tentaculaire qui – même si les sources diffèrent sur ce point – rapporte autant d'argent que le cinéma, voire plus. La multiplication des plateformes vidéoludiques, de la réalité virtuelle au mobile, permet aussi à ces nouveaux acteurs de développer de nouvelles façons de créer. On pense par exemple à The Imaginarium, la société créée par Andy Serkis, aka Golum dans "Le Seigneur des Anneaux", qui a développé son premier jeu, "La Planète des Singes: Last Frontier" grâce à ses compétences en performance capture.

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Demain, Hollywood à l'assaut de l'e-sport ?

En cherchant des sources pour cet article, nous sommes tombés sur cette information : Jennifer Lopez a récemment participé au financement d'une organisation d'e-sport californienne, NRG eSports, aux côtés d'autres stars du cinéma et de sportifs américains. Au total, ceux-ci ont misé 15 millions de dollars sur les équipes de "League of Legends" et "Counter Strike" de NRG eSports.

Cette idée nous aurait très probablement semblé étrange il y a quelques années. Mais désormais, alors que le marché de l’e-sport devrait atteindre les 10 milliards de dollars en 2030, quoi de plus normal ? Pour le moment, aucune personnalité du monde du cinéma n'a créé de société dédiée à l'e-sport, mais les tours de table se multiplient. En février, la Creative Artists Agency, une entreprise qui a représenté les intérêts d'acteurs et de musiciens comme Leonardo DiCaprio, Beyoncé, George Clooney, Kate Winslet et beaucoup d'autres, a ainsi investi 38 millions de dollars dans Vision Esports, un fonds d'investissement américain dédié à l'e-sport et créé par l'entrepreneur Stratton Sclavos. Une première, en terme d'ampleur.

En attendant qu'Elijah Wood lance sa propre équipe de "Rocket League" avec Hideo Kojima.

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