Microsoft a décidé de dépenser 7,5 milliards de dollars pour s’offrir GitHub, l’une des plateformes les plus emblématiques de la communauté du logiciel libre. Un rachat qui illustre le changement de stratégie du géant du logiciel américain.

En 2001, Steve Ballmer, alors PDG de Microsoft, qualifiait Linux, le concurrent gratuit de Windows, de “cancer” et la communauté du logiciel libre en général de “communiste”. Dix-sept ans plus tard, son successeur, Satya Nadella a annoncé, lundi 4 juin, le rachat pour 7,5 milliards de dollars de GitHub, l’une des Mecque en ligne du logiciel libre.

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En apparence les raisons d’être de Microsoft et de GitHub ne pourraient pas être plus antinomiques. GitHub a construit sa réputation sur le partage de code gratuit et la collaboration entre les développeurs du monde entier directement sur sa plateforme afin d'améliorer des logiciels libre de droit. En sept ans d’existence, le site a réuni le savoir-faire de 28 millions de développeurs qui ont déposé, dans cet immense librairie en ligne, 85 millions de bouts de code. Une grande partie des logiciels utilisés aujourd’hui sur ordinateur n’auraient pas pu voir le jour sans un passage par Github, pour améliorer collaborativement leur fonctionnement ou traquer les éventuels “bugs”.

La tête de Nadella dans les "nuages"

Microsoft a, pour sa part, bâti sa fortune sur la vente du système d’exploitation Windows, un logiciel propriétaire dont les secrets de fabrication sont jalousement gardés par les équipes de développement. Le mariage entre les deux entités paraît d’autant plus incongru que Microsoft n’a pas lésiné sur la dépense. Le géant de Redmond (État de Washington) a payé, à quelques millions près, autant pour acheter GitHub que pour acquérir le fabricant finlandais de téléphone Nokia en 2013 (7,6 milliards de dollars).

Satya Nadella voulait vraiment GitHub

Satya Nadella voulait donc vraiment GitHub. Cette acquisition à prix fort représente l’illustration la plus flagrante du changement de mentalité à la tête de Microsoft et, plus profondément, de l'évolution de la raison d’être de ce géant qui, il n’y a pas si longtemps encore, ne jurait que par Windows.

Lorsque Satya Nadella a pris les rênes du groupe, en 2014, Microsoft venait de perdre l’une de ses plus importantes batailles : celle du mobile. Le rachat de Nokia ne lui a pas permis de se faire une place aux côtés d’Apple et Google (Android). Cet échec a été d’autant plus cuisant que les internautes ont commencé à se tourner de plus en plus vers les smartphones ou tablettes pour aller sur Internet, au détriment des ordinateurs. Cette nouvelle donne menaçait le cœur même du métier de Microsoft : Windows.

Le nouveau PDG du géant américain a alors décidé de miser sur le “cloud”, c’est-à-dire sur les services dématérialisés en ligne fournis aux entreprises et aux particuliers. Il a fait de l’hébergement en ligne de données, des logiciels de collaboration, et, plus généralement, de sa plateforme d’applications en ligne Azure, l’une des priorités du développement de Microsoft. Sur le premier trimestre de 2018, Azure a été la division de Microsoft qui a montré le plus de dynamisme avec une progression de 93 % des revenus tirés du “cloud”.

Microsoft et GitHub vs Amazon et IBM

Quel rapport avec le logiciel libre ? La plupart des applications favorites des utilisateurs des plateformes dans le “cloud” sont libres de droits et les grands concurrents de Microsoft dans cet espace - Amazon et IBM - mettent en avant leur soutien à ces logiciels.

Pour s’attirer les faveurs des dizaines de milliers de développeurs qui font vivre cet écosystème du libre et ainsi montrer que Microsoft n’a rien à envier à ses concurrents dans ce domaine, Satya Nadella s’est donc offert GitHub.

Les 7,5 milliards de dollars dépensés sont en partie une vaste opération de communication de la part de Microsoft. C’est le prix de la déclaration d’amour aux utilisateurs du libre. Encore faut-il que ces derniers ne comprennent pas le message de travers. Plusieurs éminents développeurs ont déjà fait part de leur intention de ne plus contribuer à GitHub, craignant que Microsoft ne “ruine” l’état d’esprit qui régnait jusqu’à présent sur la plateforme.

– Cet article a initialement été publié sur le site de France 24.

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