Ces visites en vidéo sont une manne financière intéressante pour les entreprises délivrant le service mais aussi les prisons qui les hébergent. Un dispositif qui se fait au détriment de la lutte contre la récidive.

La dernière fois que Rebecca Parr s'est déplacée jusqu'à la prison de Knox County, dans le Tennessee, pour rendre visite à son neveu Justin Harker, elle n'a pas eu l'opportunité de le voir en chair et en os. À la place de l'habituelle salle de rencontres, c'est vers un dispositif téléphonique qu'elle a été dirigée. 

VOIR AUSSI : Comment la musique participe à la (re)construction des détenus en prison

"C'était tellement déshumanisant et impersonnel", explique-t-elle dans les colonnes d'Ars Technica. "Déjà, quand les vitres ont fait leur apparition, ça m'a fendu le cœur. Mais là, c'est encore pire", se désole-t-elle.

Depuis quelques années, un nombre grandissant de prisons américaines se dotent de bornes d'appels téléphoniques. Sur le papier, ces dernières sont censées augmenter le nombre de visites possibles en milieu carcéral. Mais en pratique, beaucoup d'établissements en profitent au contraire pour restreindre voire supprimer les visites en personne. 

Moins onéreux

Il faut dire que les visites "en vidéo" présentent quelques avantages économiques pour les prisons. D'abord parce qu'elles ne requièrent pas de personnel – ni pour sortir les prisonniers de leurs cellules, ni pour les surveiller dans la salle et éviter la contrebande. Surtout, parce que les entreprises fournissant ces bornes en prison proposent également un service d'appel vidéo à distance... service sur lequel les prisons récupèrent une commission. Pour se dégager un maximum de marge, les établissements pénitenciers vont avoir tendance à collaborer avec des entreprises facturant chers les appels à distance. Une spéculation qui se fait au détriment de la santé psychique des prisonniers et du droit de leurs proches à leur rendre visite.

"Sans relations fortes avec des gens hors de la prison, le risque de retomber dans des activités criminelles est grand"

Cette rentabilité économique a déjà encouragé 600 prisons à opter pour ce système en visio. "Selon nos informations, 74 % des prisons ayant implémenté ces bornes téléphoniques ont fini par supprimer ou considérablement diminuer les visites en personne", rapporte Lucius Couloute, expert au think tank "Prison Police Initiative" à Ars Technica. Selon lui, avoir du temps avec ses proches est un critère diminuant les risques de récidive chez les prisonniers. Voir sa famille et ses amis en vrai permet de continuer à se sentir appartenir à un groupe, et donc à la société.

Sans relations fortes avec des gens hors de la prison, le risque de ne pas être réintégré au monde extérieur, et donc le risque de retomber dans des activités criminelles, est grand. Un sujet sur lequel les associations américaines de droit pour les personnes détenues essayent d'alerter, en dépit des logiques libérales à l'œuvre dans le milieu carcéral.

Quelque chose à ajouter ? Dites-le en commentaire.