Facebook est à nouveau dans la tourmente. Les données personnelles de 50 millions d'utilisateurs auraient été exploitées illégalement à des fins de prédiction politique pour la campagne de Donald Trump.

Samedi, le Guardian et le New York Times ont publié deux articles explosifs dans lesquels ils dévoilent que les données personnelles de plus de 50 millions d’utilisateurs Facebook auraient été utilisées sans leur consentement par Cambridge Analytica, une entreprise d’analyse de données basée au Royaume-Uni et qui a travaillé pour Donald Trump pendant la campagne présidentielle de 2016.

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L’information a rapidement fait beaucoup réagir sur les réseaux sociaux, où des responsables de Facebook ont tenté de limiter les dégâts de cette énième polémique.

Mais alors que s’est-il vraiment passé, et quel a été le rôle de Facebook dans cette histoire ? Voilà tout ce que vous devez savoir à ce jour sur cette affaire Facebook – Cambridge Analytica.

C’est quoi Cambridge Analytica ?

Cambridge Analytica est une entreprise d’analyse de données politiques créée en 2013 par la firme britannique SCL Group. L’entreprise, qui a aussi des liens avec Steve Bannon et le méga-donateur républicain Robert Mercer, est spécialisée dans ce qu’on appelle "le profilage psychographique".

En résumé, Cambridge Analytica récupère de la data d’un certain nombre de sources – les réseaux sociaux, des registres publics ou des données de consommation – et utilise ces informations pour prédire les comportements de vote. L’entreprise travaille avec des équipes de campagne et d’autres organisations politiques pour les aider à cibler leur segment démographique clé en fonction de ces données.

Aux États-Unis, Cambridge Analytica est surtout connue pour son travail avec l’équipe de Donald Trump pendant l’élection présidentielle de 2016. Avant Trump, la firme avait aussi collaboré avec d’autres candidats comme Ted Cruz et Ben Carson. L’entreprise aurait notamment permis à Donald Trump de tirer parti des évolutions démographiques de la population américaine pour le guider jusqu’à la victoire.

Qu’ont-ils fait de mal ?

Facebook a annoncé vendredi avoir suspendu l'activité de Cambridge Analytica sur sa plateforme, en lui interdisant d’acheter de la publicité et de gérer des pages Facebook. La raison ? L’utilisation de données utilisateurs acquises illégalement.

Les deux enquêtes du New York Times et du Guardian révèlent que, selon les dires du cofondateur de Cambridge Analytica Christopher Wylie, l’entreprise aurait récupéré les données relatives à plus de 50 millions d’utilisateurs Facebook sans leur consentement, afin de créer ses profils psychographiques racoleurs.

Facebook l’aurait découvert à la fin 2015 et aurait demandé à l’entreprise de détruire cette data. Cette dernière affirme l’avoir fait, et Facebook aurait mis l’affaire de côté, jusqu’à ce qu’il ne soit rattrapé par les récents articles du Guardian et du New York Times, qui avancent que Cambridge Analytica continue de copier des données. De son côté, la firme britannique assure s’être conformée à la demande initiale de Facebook et dément avoir utilisé les données en question pendant la campagne présidentielle de 2016.

Comment ont-ils réussi à obtenir toutes ces données personnelles sur Facebook ?

Cambridge Analytica ne travaille pas seule. L’entreprise fait équipe avec le chercheur Aleksandr Kogan et sa boîte Global Science Research (GSR). Avec GSR, Aleksandr Kogan a lancé l’appli "thisisyourdigitalife" qui réalise un test de personnalité et qu’il vend comme reconnu par des psychologues.

Au total, 270 000 personnes auraient téléchargé cette appli selon Facebook. Ce qui a permis à l’appli d’accéder à leur localisation, leur liste d’amis et leurs likes. Aleksandr Kogan a ensuite fourni ces données à Cambridge Analytica, qui s’en est servi pour construire ses profils psychographiques.

Le problème c’est qu’en plus de violer les règles imposées aux développeurs sur Facebook, Aleksandr Kogan a menti sur le vrai but de son application. Les utilisateurs pensaient qu’ils répondaient à un simple test de personnalité sans savoir que leurs données personnelles allaient être utilisées à des fins politiques.

Comment 270 000 comptes sont devenus 50 millions ?

Aujourd’hui, si vous autorisez une appli tierce à accéder à votre compte Facebook, l’appli ne verra qu’une partie limitée des données que vous avez accepté de partager. Mais ça n’a pas toujours été le cas.

Avant 2015, les applis pouvaient non seulement accéder à votre data mais aussi à celle de vos amis. À moins que vous ayez sécurisé vos paramètres de confidentialité (et peu de gens l’avaient fait), l’appli d’un ami pouvait accéder à une quantité incroyable de vos données.

L’application d’Aleksandr Kogan a profité de cette fonctionnalité pour que son test de personnalité ne récupère pas seulement les données des 270 000 personnes qui l’avaient téléchargée, mais aussi de tous leurs amis sur le réseau social, ce qui correspond à plus de 50 millions de comptes.

Il est important de souligner que cela était autorisé par le règlement de Facebook à l’époque. Les développeurs avaient le droit d’accéder à ces données et de les utiliser. Mais là où Aleksandr Kogan et GSR sont allés à l’encontre des règles du réseau social, c’est en permettant à Cambridge Analytica d’utiliser toute cette data à d’autres fins non autorisées.

Il va se passer quoi maintenant ?

Il va sans dire que Facebook a encore beaucoup de réponses à apporter dans cette affaire. Des législateurs au Royaume-Uni s’interrogent déjà sur le rôle joué par Cambridge Analytica lors du référendum pour le Brexit, et certains élus demandent aux responsables de Facebook de s’expliquer une nouvelle fois.

Aux États-Unis, le procureur général du Massachusetts Maura Healey a annoncé samedi sur Twitter que son bureau ouvrait une enquête sur l’affaire Facebook – Cambridge Analytica. Au Congrès, les Républicains et les Démocrates ont aussi appelé Facebook à répondre de son rôle dans cet imbroglio. Ils souhaitent désormais parler au PDG et fondateur Mark Zuckerberg, ou tout autre responsable du même rang.

Facebook pourrait aussi être sanctionné de lourdes amendes par la Federal Trade Commission pour avoir failli à protéger les données de ses utilisateurs d’après le Washington Post.

– Adapté par Louise Wessbecher. Retrouvez la version originale sur Mashable.

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