Le président américain a décidé d’imposer des tarifs douaniers sur les importations de machines à laver et de panneaux solaires. Cette mesure, qui vise en priorité la Chine, ressemble à une déclaration de guerre commerciale.

Sus aux machines à laver et aux panneaux solaires chinois. Le président américain, Donald Trump, a instauré des tarifs douaniers sur les importations de ces deux gammes de produits, dans la soirée du lundi 22 janvier. Même si cette mesure s’applique à tous les pays, personne n’est dupe : c’est bien Pékin, l’un des principaux producteurs de panneaux solaires et lave-linge, qui est visé par cette décision aux allures de déclaration de guerre commerciale.

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C’est la première fois depuis son élection, en novembre 2016, que Donald Trump met en place la fameuse taxe à 30 % qu’il avait promis d’utiliser durant la campagne pour protéger le "made in USA" contre le "made in China". À l’époque, cette proposition du candidat républicain avait symbolisé son approche protectionniste des questions économiques. Dans le cas des machines à laver, le président Trump a même surpassé le candidat en imposant des droits d’entrée jusqu’à 50 %.

Trump dans les pas d’Obama ?

Il est d’autant plus ironique qu’elle soit adoptée la veille du déplacement de Donald Trump au Forum économique de Davos, considéré comme un rendez-vous incontournable de la globalisation triomphante. En tant que tels, ces deux tarifs douaniers ne "sortent pas de l’ordinaire des mesures de sauvegarde que des pays européens ou les États-Unis ont pu prendre par le passé pour protéger leur industrie contre les exportations chinoises", rappelle Jean-François Dufour, spécialiste de l’économie chinoise pour le cabinet de conseil Montsalvy.

Sur la question des machines à laver, "cela faisait des années qu’une telle taxe pendait au nez de la Chine"

L’ancien président américain Barack Obama avait, lui aussi, imposé des tarifs douaniers sur les panneaux solaires en 2012. Quant aux machines à laver, "cela faisait des années qu’une telle taxe pendait au nez de la Chine", rappelle l’économiste. L’Américain Whirlpool a cédé sa place de leader mondial au Chinois Haier il y a près de dix ans, et le secteur américain souffre de cette concurrence asiatique depuis lors.

Mais, en l’occurrence, c’est le symbole qui compte. Donald Trump, contrairement à son prédécesseur démocrate, n’a jamais caché son envie de partir en guerre commerciale contre Pékin pour tenter de rééquilibrer la balance commerciale qui penche très fortement en faveur de la Chine. Les machines à laver et les panneaux solaires en seraient-ils le premier acte ? Jean-François Dufour n’en est pas convaincu. "Tout dépend de la réaction chinoise", assure-t-il. Pour l’heure, Pékin a réagi de manière mesurée et s’est contenté d’exprimer son "mécontentement".

Les autorités chinoises attendent la prochaine rencontre avec les responsables américains du secteur commercial. Ce rendez-vous doit avoir lieu dans quelques semaines au plus, pour savoir sur quel pied danser. "S’ils ont l’impression que cette première mesure fait partie d’une offensive américaine plus vaste, ils vont riposter", assure l’expert français.

Boeing et le soja américain dans le viseur

Ils ont déjà préparé le terrain pour ne pas apparaître comme le méchant d’une éventuelle guerre commerciale. Pékin a indiqué qu’il comptait "agir avec d’autres pays membres de l’Organisation mondiale du commerce pour défendre leurs intérêts communs". La Chine compte, notamment, recruter la Corée du Sud – fortement touchée par les taxes sur les machines à laver – pour présenter un front commun. "S’ils agissent à plusieurs, cela donnera le mauvais rôle aux États-Unis qui apparaîtront comme l’agresseur contre lequel il faut se défendre", note Jean-François Dufour.

La Chine compte recruter la Corée du Sud, touchée par les taxes sur les machines à laver, pour présenter un front commun

Quant aux possibles mesures de rétorsion, elles devraient viser deux secteurs en particulier : l’aéronautique et l’agriculture, d’après l’expert français. Boeing a déjà exprimé son inquiétude quant à une éventuelle escalade des rivalités. Le géant américain, grand fournisseur d’avions à la Chine, a parfaitement conscience que l’Européen Airbus serait l’un des grands gagnants d’une guerre commerciale sino-américaine. Par ailleurs, Pékin pourrait décider de se passer du soja nord-américain. Pour l’heure, les porcs chinois (la moitié de la production porcine mondiale) sont les principaux amateurs de ce légume sec produit aux États-Unis… Mais ils pourraient tout aussi bien avaler du soja brésilien, par exemple.

Nul doute que la Chine dispose des armes nécessaires pour aller à la confrontation avec Washington. Le rapport de force s’est équilibré depuis la dernière grande guerre commerciale entre les deux pays dans les années 1980. Mais économiquement, "tout le monde serait perdant", note Jean-François Dufour.

Pékin serait, peut-être, tout de même un peu plus perdant. "L’économie chinoise dépend davantage du marché américain que les États-Unis dépendent des exportations vers la Chine, comme le prouve le déséquilibre de la balance commerciale", affirme l’économiste. Pourtant, paradoxalement, Donald Trump risque de devoir brandir le drapeau blanc le premier. La faute aux pressions extérieures, d’après Jean-François Dufour : le régime chinois est moins susceptible de plier face au lobby industriel que l’administration américaine qui devra faire face aux suppliques quotidiennes de mastodontes comme Boeing. C’est tout l’avantage d’être un régime autoritaire en temps de guerre commerciale.

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