James Damore accuse Google de discrimination à l’encontre des hommes blancs conservateurs et conteste son licenciement. Il était l’auteur d’un brûlot sexiste qui en avait fait un héros de l’alt-right.

Dur dur d’être un homme blanc, américain et conservateur au sein de Google ? C’est du moins ce que pense James Damore. Cet ingénieur, licencié en août 2017 après avoir publié un brûlot sexiste en ligne, a porté plainte contre son ex-employeur pour discrimination, lundi 8 janvier.

James Damore estime avoir été remercié parce qu’il est Blanc et conservateur tendance pro-Trump. Son action en justice peut paraître surprenante : la grande majorité des employés de Google est constituée d’hommes blancs. La maison mère du célèbre moteur de recherche est régulièrement accusée, tout comme les autres grands noms de la Silicon Valley, de ne pas promouvoir suffisamment la diversité au sein de ses effectifs. En décembre 2017, une action en nom collectif a été intentée contre l'entreprise pour dénoncer les écarts de salaire entre les hommes et les femmes.

“Virer tous les Blancs bigots”

James Damore affirme, à rebours, que la pression extérieure a amené Google à pousser le bouchon de la diversité trop loin et que la “majorité silencieuse” est désormais en danger. Dans sa plainte, il appelle même les autres hommes blancs estimant être victimes de discrimination à rejoindre son action en justice.

Il affirme, notamment, que des “douzaines de femmes ont été recrutées pour faire bonne figure” et qu’il existerait au sein de Google “une liste noire” de “penseurs” conservateurs qui seraient persona non-grata sur le campus du géant de la Tech. L’animateur du site Infowars et célèbre conspirationniste d’extrême droite Alex Jones, tout comme Curtis Yarvin, l’un des idéologues du mouvement américain néoréactionnaire, y figureraient.

À l’appui de sa croisade judiciaire inédite, l'ingénieur a produit une centaine de pages d'emails et autres mémos internes illustrant ce qu’il appelle un “dénigrement systématique” de sa condition “d’homme caucasien aux opinions politiques hétérodoxes”. Dans l’un des messages, un responsable d’équipe affirme sa volonté de “faire barrage” à certains “discours offensants” notamment ceux hostiles à l’embauche de femmes à des postes d’ingénieur. Pour James Damore, il s’agirait clairement d’une attaque contre sa pensée politique… Un employé de Google affirme, dans un autre email, que “pour favoriser la diversité, il suffit de virer tous les Blancs bigots”.

Mémo sexiste

L’annonce de la plainte de James Damore a été accueillie avec scepticisme et de vives critiques dans le milieu Tech américain. Il est accusé d’être la caricature du geek déconnecté de la réalité, insconscient du ridicule de sa démarche ou encore d’être une mauvaise blague qui n’en finit pas de montrer la Silicon Valley sous son pire jour.

James Damore avait déjà été à l’origine de l’une des principales polémiques politiques ayant secoué la mecque de la Tech américaine en 2017. Il avait publié un long mémo, début août 2017, soutenant que la faible représentation des femmes dans la Silicon Valley était due à leur “infériorité génétique” pour tout ce qui a trait à la technologie. La promotion de femmes à des postes d’ingénieur n’était, à ses yeux, qu’une soumission du groupe au “politiquement correct”.

Le texte est rapidement devenu viral. James Damore a été érigé en héros de l’alt-right portant haut les couleurs du "trumpisme" en milieu hostile (la Silicon Valley vote historiquement plutôt pour le Parti démocrate). Il avait aussi mis les responsables de Google dans une situation inconfortable, obligés de choisir entre deux maux : sévir au risque d’être taxé de pratiquer le délit d’opinion ou se taire alors que la plupart des commentateurs influents du secteur qualifiaient ce mémo de ramassis de propos rétrogrades et sexistes.

Google avait finalement opté pour la sanction, licenciant James Damore et rappelant que les propos de l’ingénieur étaient “contraires aux valeurs fondamentales” du groupe. Google s’est déclaré, lundi, “impatient de se défendre contre James Damore devant les tribunaux”.

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