L’agence spatiale d’État russe Roscosmos prévoirait de construire un module "hôtel de luxe" pour la Station spatiale internationale d’ici 2021.

Un séjour dans une cabine de luxe privée, à 400 kilomètres d’altitude, avec vue sur la Terre, pour 40 millions de dollars. En bon candidat de la grande course au tourisme spatial, la Russie projetterait de construire un module pour la Station spatiale internationale (ISS), qui servirait d’hôtel de luxe. C’est le site Popular Mechanics qui rapporte l’information. Il a pu observer une offre commerciale pour l’agence spatiale Roscosmos, qui décrit précisément le module en question.  

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Le module-hôtel mesurerait 15,5 mètres de long, pour un volume de 92 mètres cube d’espace pressurisé et un poids de 20 tonnes. À l’intérieur, quatre couchettes de deux mètres cube chacune et deux "stations médicales et d’hygiène" (des salles de bain ?). Et puisqu’il serait dommage de dormir dans l’espace sans pouvoir en profiter, chaque couchette aura un hublot d’une vingtaine de centimètres de diamètre.

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Dans la zone blanche, s'insèrent actuellement les modules NEM-1, qui ressemblent fortement au module-hôtel projeté par Roscosmos.
Wikimedia Commons

Pour ce petit séjour d’une à deux semaines à bord de l’ISS, le prix tournerait autour des 40 millions de dollars. Le client pourra débourser 20 millions de plus s’il souhaite faire une petite escapade à l’extérieur, accompagné bien sûr, ou bien rester plus longtemps à bord.

Roscosmos se serait basé sur le modèle du Science and Power Module, le NEM-1. C’est ce module que la Russie construit en ce moment pour l’ISS, et qui servira principalement de laboratoire et de poste d’alimentation. À la base, il y avait deux modules NEM, dont le deuxième n’a pas été financé par la Russie. Aujourd’hui, RKK Energia, plus grosse société spatiale russe et principal client de Roscosmos, aurait des plans pour financer le NEM-2, qui pourrait être celui qui deviendra le module-hôtel.

Lors une conférence organisée le 12 décembre dernier par Roscosmos, son PDG Igor Komarov a présenté son avancement dans le domaine. "Je souhaiterais dire que nous avons développé des idées de coopération majeures avec les acteurs internationaux les plus importants du marché [spatial]. Nous menons des recherches pour faire avancer la branche russe, non pas uniquement sur la recherche, mais aussi sur le tourisme et la création de modules ajoutables".  

La course au tourisme spatial

Si le lancement de ce projet est prévu pour 2021 au plus tôt, il va falloir faire vite. L’hôtel serait dans l’ISS, qui est pourtant vouée à être désorbitée à l’horizon 2024. Pour ce qui est de l’avenir de la station, il s’agirait de faire honneur à la construction la plus chère de l’histoire, avec ses 130 milliards de dollars de coût environ. Il y a plusieurs solutions plausibles et envisageables :

  • La désintégration dans l’atmosphère de ses éléments constituants (dangereux et difficilement prévisible)
  • Le déplacement de la station vers le point de Lagrange-2 du système Terre-Lune qui serait une porte ouverte à beaucoup d'autres choses
  • Une exploitation différente de la station, notamment avec le tourisme.

Si l’on fait un rapide état des lieux du tourisme spatial à l’heure qu’il est, seules 7 personnes sont allées dans l’espace dans un but non-professionnel, entre 2001 et 2009. Chacun de ces voyages a duré une à deux semaines, et comportait un passage par l’ISS, pour des sommes allant de 20 à 40 millions de dollars (estimées). C’est la fusée russe Soyuz qui est la reine du tourisme spatial. Tous les touristes qui sont allés dans l’espace y ont été emmenés à bord d’une Soyuz, seul lanceur capable d’emmener un être humain hors de l’atmosphère. Si personne d’autre n’a fait le grand voyage depuis 2009, c’est que l’équipage de l’ISS a été renforcé, et qu’il manquait un siège libre pour un potentiel touriste.

Cela veut dire que la Roscosmos, et donc la Russie, est déjà en tête de la course au tourisme spatial. Ce projet de module-hôtel ajouté à l’ISS leur permettrait de légitimer leur première place, que d’autres acteurs pourraient leur piquer incessamment sous peu. Dans un futur immédiat, c’est l'entreprise Blue Origin de Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, qui semble s’approcher le plus de quelque chose de concret. Elle compte envoyer des touristes pour de courts vols d’une dizaine de minutes, à 100 kilomètres d’altitude. Pour le moment, c'est un mannequin qui fait le voyage, mais la suite ne saurait attendre, et ne devrait pas coûter 40 millions de dollars.

Youtube - Blue Origin

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