La Falcon Heavy est bientôt prête, à en croire les photos diffusées sur Twitter depuis le 20 décembre. Elle a été dressée sur un pas de tir et a sérieusement de l'allure, mais elle doit encore faire ses preuves lors de son premier lancement-test.

1 421 tonnes, 70 mètres de hauteur et une trentaine de moteurs : la Falcon Heavy est ce qu'on appelle un beau bébé. Et comme tout parent fier, Elon Musk, PDG de SpaceX, a partagé sur son compte Twitter des images sur lesquelles on l'aperçoit fraîchement assemblée, donnant enfin au public quelque chose à grignoter. Ce lanceur avait été annoncé par SpaceX en 2011, pour un premier décollage prévu... en 2013. Il y a quatre ans, donc.

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Le premier étage de la Falcon Heavy est un assemblage de trois propulseurs de Falcon 9 (la fusée utilisée par SpaceX actuellement) accrochés les uns aux autres. Chaque booster embarque 9 moteurs, les Merlin 1D, soit 27 au total. Si SpaceX prétend que la Heavy Falcon est la "fusée la plus puissante du monde", cette affirmation reste à nuancer : elle est bien la fusée la plus puissante au monde sur le marché, mais n'est pas la plus puissante de l’histoire. Ses performances viennent titiller celle de Saturn V, développée pour l’expédition lunaire, et qui avait envoyé Buzz Aldrin et Neil Amrstrong sur la lune lors de la mission Apollo 11, en 1969. Le lanceur lourd russe Energia par exemple, dont le dernier vol s'est déroulé en 1988, était capable d'envoyer une charge deux fois plus lourde en orbite que la Falcon Heavy. 

Après rédaction de cet article, la Falcon Heavy a été dressée le 28 décembre sur un pas de tir au Centre spatial Kennedy, en Floride, d'où elle sera lancée pour son vol inaugural du mois prochain. Le but de cette manoeuvre est de tester la stabilité de l'ensemble, une fois assemblé. Dans les prochains jours, les équipes de SpaceX devraient effectuer divers examens techniques, dont des tests d'allumage des 27 moteurs, par exemple. 

Une fusée star

Cette nuance, c’est du slogan, du marketing, de la communication, du Elon Musk tout craché, en somme. Mais à l’heure actuelle, "on ne sait même pas si elle fonctionne, cette fusée", ironise Vincent Heidelberg, créateur de la chaîne Youtube Stardust et médiateur scientifique. "La Falcon Heavy fait rêver le public, mais les spécialistes que je connais rêvent surtout de la voir exploser. Le public me harcèle pour en parler, les gens adorent". Cette idée d'explosion, Elon Musk lui même ne s'en détache pas vraiment : il avait déclaré en juillet dernier "qu'il y avait de grandes chances que la fusée n'atteigne même pas l'orbite", et qu'il espérait qu'elle aille "juste assez loin pour ne pas endommager la rampe de lancement". 

Si son lancement est attendu depuis des années, le test de janvier pourrait bien être lui aussi repoussé. Elon Musk compte mettre une voiture de Tesla, dont il est aussi le PDG, à bord de la Falcon Heavy, pour le lancement test. Lors de celui-ci, l'engin est supposé atteindre Mars. Mais en janvier 2018, ce ne sera pas une bonne fenêtre de lancement pour envoyer un objet vers Mars. La Terre et la planète rouge ne tournent pas l'une autour de l'autre, et l'axe n'est pas toujours propice à l'envoi d'un objet vers Mars. Ce petit problème de timingentre autres, a déjà repoussé le calendrier de la mission Exo-mars ; initialement prévue pour 2018, celle-ci a été décalée à 2020.

Pourquoi est-elle si exceptionnelle, cette fusée ?

Au-delà de la popularité de l’engin, SpaceX a conçu le lanceur de la Heavy de manière à récupérer ses trois lanceurs : le premier étage, et les deux propulseurs d’appoint. Le but de cette manœuvre de récupération, comme le montre la vidéo en tête d'article, est de pouvoir les réutiliser par la suite, de manière à réduire le coût des missions et le temps entre chacune d’elles. "C’est le gros avantage de cette fusée", admet Vincent Heidelberg. "Pour le moment, les autres fusées ne sont pas capable de réutiliser quoi que ce soit."

"Cette histoire de Falcon Heavy, c’est aussi pour marcher sur les plates-bandes d’Ariane V, leur piquer un peu de leur marché"

La Falcon Heavy répond à des besoins grandissants de SpaceX et des clients en général. "SpaceX en 2011 commençait à avoir besoin d’envoyer des satellites de plus de 6 tonnes en orbite", nous explique Eric Bottlaender, ingénieur et auteur de "De Gagarine à Thomas Pesquet". Pour lui, "la Falcon 9, même si elle a gagné en capacité depuis, n’est pas taillée pour les charges très lourdes et les gros satellites. Et puis, c’est aussi pour marcher sur les plates-bandes d’Ariane 5, leur piquer un peu de leur marché".

Sur l’utilisation de la Heavy, le youtubeur pressent un peu de poussière sur les moteurs : "C’est comme si une société se lançait dans la construction d'un métro dans un village de 250 habitants. La Falcon Heavy volera beaucoup moins que la Falcon 9, et il va falloir que les clients suivent. Il y a aussi cette histoire de tourisme spatial mais pour ça il faut que la capsule soit terminée, présentée, puis testée. On en est loin. Il y a un énorme effet d'annonces spatiales, surtout avec Elon Musk." Eric Bottlaender relativise aussi cette "puissance", en relevant que "même si la Heavy permet de lancer des choses très lourdes, quasiment personne n'a quoi que ce soit de lourd à lancer".

L'effet d'annonce dans le spatial
Youtube / Stardust - la chaîne de l'espace

Le lancement est prévu pour le début de l’année prochaine, depuis le pas de tir d’où est partie la Saturn V de la mission historique Apollo 11. La "vraie" reine des fusées.

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