En toute honnêteté, notre esprit n’est pas prêt pour ce genre de choses. Le mien ne l’était pas en tout cas.

En ce froid mardi de décembre, nous nous sommes rendus sur l’aimable invitation de Renault dans le centre d’essai d’Aubevoye, dans l’Eure. Le constructeur nous y a fait tester son Symbioz, un concept-car électrique et autonome présenté il y a moins de trois mois au salon automobile de Francfort. Du véhicule de salon d’exposition, dont on ne pouvait à l’époque que visiter l’habitacle idéalisé, Symbioz est passé au stade de démonstrateur fonctionnel. Une transformation pour le moins rapide, et somme toute fort appréciable, à l’heure où nombre de fabricants automobile nous dévoilent à coup de communiqués de presse et de vidéos de promo leurs voitures de demain sans encore oser nous proposer d’en prendre le volant. 

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Il s’agit d’un modèle unique, dont la conception et l’assemblage ont été réalisés dans un but expérimental

Oui, car lorsque j’écris que Renault nous a fait "tester son Symbioz", je veux vraiment dire que j’ai pu le conduire, avec un vrai volant, sur une vraie autoroute française, avec de vrais gens sous ma responsabilité dans la voiture (les malheureux). Bien sûr, il ne s’agit pour l’instant que d’un modèle unique, dont la conception et l’assemblage ont été réalisés dans un but tout à fait expérimental. "On le voit comme un laboratoire dans lequel on peut donc tenter des choses", nous a expliqué Dominique Jacson, responsable de la communication produit chez Renault. Comprendre : tenter des choses, et donc les roder, voire les rater un peu aussi, parfois. Car Symbioz est loin d’être un produit abouti et commercialisable, même si Renault espère sortir un véhicule de ce type, c'est à dire qui embarque les mêmes technologies, d’ici 2023. 

Le démonstrateur nous a donc donné un bon aperçu de la direction que s’apprête à prendre le constructeur dans les prochaines années. Un peu à la manière du monstre de "Jurassic World" (le côté sanguinaire en moins), Symbioz a été créé à partir d'un mulet – un engin qui ne présente pas nécessairement toutes les caractéristiques finales du véhicule –, sur lequel a été greffé tout un tas d’autres éléments de design maison, des capteurs et même un aileron arrière rétractable. Le résultat est donc une sorte d’hybride tout à fait spectaculaire et unique en son genre, bien qu’impossible encore à faire vivre en cohabitation avec les autres membres du parc automobile. Et pour cause : la loi, qui ne l’y autorise pas encore, mais aussi nos infrastructures, qui ne sont pas encore adaptées aux véhicules autonomes.

Un premier essai en conditions réelles pour un véhicule autonome chez Renault

J’ai commencé par rouler pendant plusieurs kilomètres en mode "manuel" (même s’il s’agissait d’une boîte de vitesse automatique). Les deux moteurs électriques sont puissants et nous font atteindre 100 km/h en moins de 6 secondes. Ce n’est qu’une fois sur l’autoroute que j’ai pu activer le mode autonome, compatible uniquement sur les voies rapides et sur lequel on passe en appuyant simultanément sur deux boutons placés sur le volant. À partir de là, il faut tout lâcher ; volant et pédales, et surtout, veiller à ne rien toucher par accident, auquel cas on "reprend la main".

Je dois dire qu’il y a quelque chose de très troublant à foncer à 130 km/h sur l’autoroute en laissant la voiture gérer toute seule. Surtout lorsque l’on sait qu’aucune démonstration presse en conditions réelles pour ce type de véhicule n’avait jusqu’à présent été organisée, du moins en France.

Car Symbioz, entièrement électrique, propose bien une expérience de conduite autonome de niveau 4, qui permet au conducteur de faire tout autre chose pendant un certain laps de temps sans qu’il ne soit forcé de se tenir prêt à reprendre le contrôle. À titre comparatif, l’Autopilot des Tesla ne fournit pour le moment "qu’une" expérience de niveau 2, soit dite d’autonomie partielle — bien que la marque espère atteindre très prochainement le niveau 4. Autrement dit, sur le papier, un niveau 4 revient à une bonne séance de glandouille comme on les aime, à base de séries sur Netflix, de regards dans le vague vers le paysage sur fond de chansons tristes, et même de séances de jeu en réalité virtuelle. Je n’exagère même pas. 

On m’a bien collé un Oculus Rift sur la tête alors que j’étais au volant sur l’A13. Et même si j’ai failli souiller les beaux sièges tout neufs du prototype en l’enlevant (il faut savoir que le motion sickness, soit la furieuse envie de vomir que peut nous provoquer une expérience en VR, atteint un niveau 8 sur l’échelle de la nausée quand on utilise un casque en voiture), je dois avouer qu’il y a un côté impressionnant à porter un casque de VR dans ces conditions. C'est d'ailleurs à peu près le seul intérêt de l'expérience, être impressionné.

Pour la petite explication, Renault a fait appel à Ubisoft pour développer une expérience en réalité virtuelle spécifique à Symbioz, qui consiste en un "voyage virtuel" synchronisé avec ce que voient les capteurs de la voiture. J’ai donc commencé par rouler sur une route de campagne recréée virtuellement, puis j’ai atterri dans ce qui ressemblait à un genre de toundra, pour finir dans un décor futuriste, à moitié plantée dans un arbre car le programme s’est désynchronisé avec la réalité.

Il y a encore de la route à faire

Je ne vous cache pas qu’entre la voiture et moi, la confiance ne régnait pas. Tout au long du test, un copilote était tout de même prêt à reprendre le contrôle du véhicule, joystick en main. C’était d’ailleurs la condition pour que Renault obtienne l’autorisation spéciale de rouler sur cette petite portion d’autoroute, accordée par la préfecture. D’ailleurs, à plusieurs reprises, l’expert a été forcé de reprendre les commandes à cause de dysfonctionnements, d’hésitations un peu trop longues de la part de voiture, notamment lorsqu’il s’agissait ou non de se rabattre sur la droite. Et c’est bien le propre du prototype : il reste à parfaire.

Pour rappel, les véhicules autonomes de type 3 et 4 sont encore interdits en France et partout dans le monde. Mais Renault espère bien voir les choses évoluer d’ici 2023 : à cette date, le constructeur aimerait mettre sur le marché pas moins de 15 modèles autonomes électriques, répartis entre les catégories 2, 3 et 4. Ces dernières pourraient à terme s’insérer dans la circulation en signalant ostensiblement leur nature aux autres conducteurs, un peu comme le fait l’autocollant "A" des jeunes conducteurs.

Ma foi, il y tout de même encore un peu de travail avant que l’on soit prêt à conduire en toute quiétude avec un casque de réalité virtuelle sur la tête.

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