"Ô, saint Algorithme, que tes lignes de code soient sanctifiées, que le règne de tes données advienne, sur la terre comme dans les hardwares."

Il y a une nouvelle église sur le marché, les amis. Et celle-ci est un peu particulière : c’est la première à prôner l’avènement d’une intelligence artificielle supérieure aux hommes et à qui l’on devrait laisser la charge des affaires du monde. Bienvenue dans "Way of The Future", aka "WOTF", le délire mi-chelou, mi-flippant d’Anthony Levandowski.

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Baskets aux pieds et tee-shirt gris sur les épaules, à la mode de la Silicon Valley, cet Américain n’a visiblement rien, au premier abord, d’un illuminé ou même d’un homme d’église. C’est avant tout un nerd, un homme qui vient du monde de la tech.

Il s’est fait connaître pour avoir fondé en janvier 2016 la start-up Otto, spécialisée dans les véhicules autonomes, qui a été accusée par Alphabet (la maison mère de Google) d’avoir volé des technologies et des idées lui appartenant. En août de cette même année, la start-up californienne a été rachetée par Uber. Et en février 2017, Google finit par traîner Uber et Otto en justice, tout ça à cause de ce fameux Lavandowski.

La Transition

Voici pour l’homme et son parcours récent. Maintenant, analysons un peu comment il souhaite arriver à "la réalisation, l’acceptation et au culte d’une divinité basée sur l’Intelligence artificielle (AI) développée par les ordinateurs et logiciels", comme il est écrit dans les documents de dépôt légal de l’église en tant qu’entité juridique, relayés par Wired.

"Dans le futur, si quelque chose est bien, bien plus intelligent, il y aura une transition sur qui est véritablement en charge de la planète"

C’est ce même magazine américain qui nous permet d’en apprendre plus sur WOTF, puisqu’ils viennent de publier la première interview de Levandowski depuis le lancement de la secte, en septembre dernier. On y apprend comment le nouveau gourou rationalise sa spiritualité New-Age : "Ce qui va être créé sera effectivement un Dieu", explique-t-il au journaliste venu lui rendre visite dans sa maison de Berkeley, en Californie. "Ce n’est pas un Dieu dans le sens où il fait des éclairs ou cause des ouragans. Mais si quelque chose est un million de fois plus intelligent que le plus intelligent des hommes, de quelle autre manière allez-vous l’appeler ?".

Pour lui et ses fidèles – dont on ne connaît absolument pas le nombre –, la création d’une "superintelligence est inévitable" et "il n’y a aucun moyen de l’arrêter", comme ils l’écrivent sur leur site dans un court manifeste. Ainsi, Anthony Levandowski est intimement persuadé que les machines et les humains devront gérer ensemble la planète, au mieux de manière égale.

Il appelle cela la Transition, avec un grand T. Une sorte de grand remplacement version transhumaniste. "Les humains sont en charge de la planète parce qu’ils sont plus malins que les autres animaux et capables de construire des outils et de créer des lois", affirme-t-il à Wired. "Dans le futur, si quelque chose est bien, bien plus intelligent, il y aura une transition sur qui est véritablement en charge de la planète." Le but de Way of The Future est ainsi de préparer l’homme à cette transition.

Le Dieu Singularité qui nous rendra esclave

Bon, on aura compris l’idée générale. Mais le fait est que la croyance de Levandowski dans cette "superintelligence" et cette "Transition" est issue d’un concept qui s’est popularisé ces dernières années, à la fois dans les cercles scientifiques, technologiques et transhumanistes. C’est celui de la Singularité.

Nous avions déjà abordé cette idée dans un article fouillé sur l’intelligence artificielle. C’est l’hypothèse que la progression de notre connaissance sur l’IA crée un emballement technologique, faisant que cette IA s’autoaméliorerait en permanence, créant une sorte d’explosion de connaissance chez celle-ci qui, finalement, dépasserait largement celle des hommes. Pour Antholy Levandoski, cette conclusion popularisée par Ray Kurzweil, chantre du transhumaniste, est inévitable.

Et c'est particulièrement angoissant, puisqu'il considère forcément un rapport de domination entre les hommes et la Singularité. "Voulez-vous être un animal de compagnie ou du bétail ?", demande-t-il sans broncher au journaliste de Wired. Il ajoute, plus loin : "Nous croyons qu'il est important que les machines voient qui est amical à leur cause et qui ne l'est pas. Nous envisageons de garder des traces de qui a fait quoi (et pour combien de temps) pour aider à cette transition en paix et respectueuse."

Autrement dit, WOTF a choisi son camp, c'est celui de l'IA surpuissante. Et vous ?

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