Deux jours après la tuerie de Las Vegas, une étude démontre que les hospitalisations liées aux armes à feu aux États-Unis coûtent 2,8 milliards de dollars par an. Les conséquences indirectes sur l'économie américaine s'élèvent à plus de 45 milliards.

La prolifération de ventes d'armes à feu aux États-Unis nuit gravement à la santé… économique américaine. Deux jours après la fusillade, qui a fait 59 victimes à Las Vegas, une enquête démontre pour la première fois le lourd tribut, autre qu'humain, que les États-Unis paient pour la faible régulation de la vente des armes létales.

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La seule prise en charge hospitalière des victimes de blessures par balle coûte, en moyenne, 2,8 milliards de dollars par an au système de santé américain ou directement aux patients sans couverture médicale adéquate, concluent les auteurs de cette étude, soutenue par l’Université Johns Hopkins de Baltimore et parue le 4 octobre dans la revue Health Affairs.

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Premiers soins, traitements, arrêts de travail

Cette estimation provient de l’étude de 150 930 cas de victimes de violences par armes à feu admises aux urgences entre 2006 et 2014. Les auteurs du rapport ont constaté que 25,3 personnes sur 100 000 se présentent à l’hôpital pour des blessures par balles aux États-Unis. Les soins administrés par les services d’urgence coûtent en moyenne 5 254 dollars et la douloureuse grimpe à plus de 95 000 dollars lorsque la victime doit restée à l’hôpital pour des traitements supplémentaires. Au total, sur une période de huit ans, 25 milliards de dollars ont été dépensés pour la prise en charge de victimes de ces violences.

"Sur une période de huit ans, 25 milliards de dollars ont été dépensés pour la prise en charge de victimes de ces violences"

L’enquête ne retient que les victimes qui arrivent en vie à l’hôpital. Traiter les patients gravement blessés par armes de poing, comme les revolvers, est ce qui revient le plus cher (18,5 milliards de dollars en tout entre 2006 et 2014).

Mais le poids économique des violences par armes à feu ne s’arrête pas aux portes de l’hôpital. Une victime doit, souvent, poursuivre un traitement après avoir reçu les premiers soins, et les arrêts de travail se traduisent également par une baisse des revenus dans un pays où la couverture santé est réduite au strict minimum. Des situations qui ont un impact sur la consommation générale dans le pays. L’addition est alors bien plus salée puisqu’elle s’élève à 45,6 milliards de dollars par an, d’après le rapport.

Lobby des armes à feu

Les auteurs de l’étude feignent de s’étonner d’être les premiers à mettre en évidence l’importance de cette somme. Mais ils sont rapides à pointer un doigt accusateur vers le lobby des armes à feu, incarné par la puissante National Rifle Association (NRA), qui a su imposer une omerta sur la question. Il existe, en effet, une loi américaine de 1996 qui interdit d’utiliser les fonds publics alloués au Centre pour le contrôle des maladies (CDC) "pour des études pour promouvoir le contrôle des armes". Conséquence de cette disposition légale : "la violence par armes à feu est responsable d’au moins autant de morts que la septicémie [infection généralisée du corps humain], mais les fonds dédiés à la recherche sur les armes à feu ne représentent que 0,7 % de ceux consacrés à l’étude de la septicémie”, se désolent les auteurs du rapport.

Mais ces derniers se montrent prudents dans leurs conclusions. La seule mesure qu’ils préconisent est d’instaurer des vérifications systématiques et universelles des antécédents pour chaque achat d’une arme à feu. Pas de quoi affoler la NRA.

– Article initalement publié sur France 24

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