Lors d’une conférence de presse ce vendredi, Emmanuel Macron est revenu sur la teneur des discussions qui se sont tenues entre les dirigeants européens à l’occasion du sommet numérique de Tallinn.

TALLINN, Estonie. – "Pas de conclusions formelles", mais des discussions qui ont "éclairé des directions à prendre". C’est ainsi qu’Emmanuel Macron résume la journée de discussion de travail, qui a réuni autour d’une même table les chefs d’État et de gouvernement de l’Europe, ce vendredi.

Pour le président de la République, il y a quatre axes essentiels à retenir. Le premier, c’est le volet économique avec l’objectif du marché unique numérique qu’il faut encore "parachever" afin d’éviter aux entrepreneurs d’avoir affaire à 28 régulations différentes.

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Emmanuel Macron est également revenu sur une de ses propositions énoncées lors de son discours à la Sorbonne, celle de la création d’une agence de financement de l’innovation de rupture. "Car dans l’état actuel des choses, celui qui réussit une première percée prend souvent tout le marché", a estimé le président de la République, faisant référence aux monopoles. Pour rétablir un équilibre économique plus favorable aux jeunes pousses, il préconise une politique commune de financement des projets de demain, notamment en terme d’intelligence artificielle, blockchain et véhicules autonomes.

Inciter les plateformes à davantage de transparence

Le deuxième, c’est la compétition juste. "Les acteurs anglo-saxons sont nombreux à ne pas respecter les règles du jeu", a-t-il estimé, citant le comparateur de prix de Google, à qui la Commission européenne vient d’imposer une amende de 2,42 milliards d’euros pour abus de position dominante dans la recherche en ligne. Pour éviter ces abus, Emmanuel Macron propose d’inciter à davantage de transparence des plateformes, notamment en demandant aux acteurs économiques de faire connaître les bâtons que des plus gros leur mettraient dans les roues sur le principe du name and shame.

"En déréférençant certains petits acteurs, Google les a tués"

"En déréférençant certains petits acteurs, Google les a tués", a poursuivi le président de la République pour citer un exemple de concurrence déloyale. "Nous avons besoin de lanceurs d’alertes sur les sujets d’agression économique" afin d’encourager les bonnes conduites et disqualifier les mauvaises. Le président est ensuite revenu sur sa proposition de taxation des géants de la tech, à appliquer sur la valeur créée et opérée dans chaque pays. "Certains craignent que cette taxe dissuade les géants à venir chez nous. Je ne vois pas en quoi ceux-ci se mettraient à refuser d’opérer chez nous et renoncer ainsi à des marchés", a-t-il plaidé, se réjouissant que au passage que cette proposition soit déjà soutenue par 19 États membres.

Emmanuel Macron a ensuite abordé un troisième axe, celui du financement des biens communs. Car le numérique "implique aussi de financer des choses que des acteurs du privé délaissent parce qu’elles ne sont pas rentables", a lancé le président de la République, estimant qu’il est donc du rôle de l’État de lutter contre la fracture numérique. "C’est un défi pour toutes les sociétés. Nous devons assurer une transition numérique sans mettre à l’écart des millions de personnes", a-t-il lancé, avant de préciser que cette inclusion passerait notamment par la formation aux métiers du numérique, mais aussi la possibilité laissé aux actifs de se former en cours de carrière afin de répondre aux évolutions du marché.

Enfin, c’est la cybersécurité et la cyberdéfense qui ont formé le quatrième point abordé par Emmanuel Macron. "Sécurisé nos systèmes, mieux échanger sur les pratiques" fait partie d’une "hygiène numérique", selon le président de la République qui emprunte ici une expression à son homologue estonienne. "Pour que notre sécurité soit crédible, il faut que notre capacité de contre-attaquer le soit aussi", a-t-il conclu. Ces discussions européennes ouvrent désormais la voie à de nombreux chantiers qu’il convient d’accélérer. Pour cela, le président s’est voulu rassurant : "Une réunion des ministres des télécommunications était prévue en décembre, nous l’avons avancé à octobre", s’est-il félicité.

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