À l’occasion du sommet numérique européen de Tallinn, les centres nationaux du numérique de plusieurs États ont annoncé leur projet de mutualiser leurs expertises à travers des "digital squads". Une première.

TALLINN, Estonie. – En marge du sommet numérique européen de Tallinn, en Estonie, qui rassemble les dirigeants européens autour des dossiers liés au numérique, des organismes consultatifs nationaux se sont réunis vendredi pour lancer une initiative commune : les "European digital squads", Brigades numériques européennes. Trouver un bon nom pour son groupe de rock (ou crew de rappeurs) du lycée, c’est déjà la moitié du travail. La proposition est-elle également valable pour ces digital squads ?

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Mutualiser les réflexions et se mettre d’accord sur des positions à défendre

L’idée fondatrice est noble : fluidifier les discussions entre les institutions européennes et les écosystèmes numériques propres à chaque pays. Plutôt que d’attendre que chaque environnement national fasse remonter des problématiques aux gouvernements afin que ces derniers en discutent ensuite entre eux, chaque digital squad aura pour mission de mutualiser les réflexions en amont et se mettre d’accord sur des positions à défendre à l'échelle européenne.

C’est ainsi que se retrouvent associés des entités indépendantes aussi diverses que le Foresight Center estonien, le National Board of Trade suédois, l’Internet Economy Foundation et le think tank iRights.Lab allemand, aux côtés du français CNNum, le Conseil national du numérique.

"Le marché unique numérique est un beau challenge fixé par l’Union européenne. Mais nous devons aller plus loin encore et anticiper le prochain défi. Faire des ponts entre les institutions européennes et les acteurs locaux qui ont une bonne connaissance de terrain, est la clé", estime Marie Ekeland du Conseil national du numérique, depuis Tallinn.

Pour cela, les membres de chaque digital squad se proposent de travailler avec la société civile afin d’imaginer les scénarios de politique publique de demain. Parmi les premiers sujets qui pourraient être traités : la responsabilité des plateformes, l'intelligence artificielle, ou la convergence entre transitions numérique et écologique.

Défendre une vision commune du numérique doit passer par plus d’agilité face aux institutions

Interrogé par Mashable FR, le secrétaire général de CNNum Yann Bonnet explique la genèse d’un tel projet : "Quand il s’agit de numérique, les choses vont toujours très vite. Or, pour avancer à l’échelle européenne sur certains sujets tels que l’écologie numérique ou la régulation des plateformes, il est important de pouvoir se mettre d’accord sur des causes", explique celui pour qui défendre une vision commune du numérique doit passer par plus d’agilité face aux institutions.

Objectif : "Éclairer les gouvernements"

Les digital squads seront donc la réunion de think tank publics nationaux, par exemple par groupe de 5 ou 6, qui travailleront ensemble sur une durée de 3 ou 4 mois afin de publier des documents de nature à éclairer leur gouvernement respectif et la Commission européenne.

"On voit bien qu’il y a un lobby des géants du numérique qui n’attend personne pour défendre ses intérêts. Il est donc urgent que des acteurs tels que les conseils du numérique nationaux se réunissent afin de ne pas laisser des choix de société se faire sans réflexion préalable", analyse Yann Bonnet qui considère que les digital squads sont un "réseau d’interfaces représentant chacune un écosystème national". Il poursuit : "On le sait : le numérique n’a pas de frontières. A minima, raisonnons donc à l’échelle européenne et coopérons" – avant de filer la métaphore du réseau "pair-à-pair" : "Le squad n’est pas l’initiative d’un seul pays mais le résultat d’un constat partagé par nos homologues."

Plus d’agilité

Sur la vision du marché unique numérique ou encore les questions posés par le free flow data, il est évident que les digital squads auraient accéléré la maturité des discussions. "Mais Emmanuel Macron est conscient de l’importance de notre démarche et a promis de nous recevoir bientôt", rapporte Yann Bonnet, en parlant du lancement officiel ce vendredi matin à Tallinn, en présence du président de la République.

La parole des digital squads n’engagera pas celle des États membres

À noter que la parole des digital squads n’engagera pas celle des États membres, auxquels ils ne sauraient se substituer. "Nous sommes des organisations indépendantes qui entendent se réunir pour livrer un avis commun aux pays", explique Yann Bonnet. Une façon de gagner en agilité ? "Oui", abonde-t-il. Il est même étonnant que cette façon de travailler n’ait pas existé avant. "Il est important d’avoir une Commission européenne et un processus de discussions européen tel qu’on le connaît", concède le secrétaire général de CNNum, "mais il était effectivement temps que l’on se réunisse en groupes de travail plus souples".

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