The Camp, un "tiers lieu" hybride inauguré jeudi à Aix en Provence, a l’ambition de participer à l’invention du monde de demain en rapprochant les acteurs de l’innovation au service d’une ambition collective, citoyenne et responsable.

The Camp va certainement faire beaucoup d’envieux.

De par sa situation géographique exceptionnelle d’abord, à Aix en Provence, à quinze minutes de la gare TGV et à vingt de l’aéroport international de Marseille Marignane. 300 jours d’ensoleillement par an, en pleine garrigue, au milieu d’un cirque naturel de collines, adossé à une forêt de pins et de chênes. L’été, allergiques aux cigales s’abstenir.

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Puisque l’on évoque le climat, un mot de la conception architecturale, imaginée par Corinne Vezzoni, femme architecte de l’année en 2016. Elle a fait le pari d’un lieu ouvert aux éléments. Une conception simplissime, inspirée des camps nomades : un ensemble de 13 cylindres de béton ou de verre (des incubateurs), agencés en cercle et recouverts d’une bâche de 7000 m2 qui protège du soleil et de la pluie.

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The Camp, vue d'ensemble.
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Corinne Vezzoni, architecte de The Camp.
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En fait, un immense parasol (matériau ignifugé, les feux sont fréquents dans la région) creusé de trois puits, des impluvium, destinés à récupérer les eaux de pluie tout en laissant passer la lumière. Les Romains n’auraient pas fait mieux.

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Un impluvium pour récupérer les eaux de pluie, détail.
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Nous sommes en Provence, région réputée pour la limpidité d’un ciel qui a fasciné les peintres du monde entier. Cette luminosité exceptionnelle est donnée par le Mistral, vent dominant soufflant du nord-ouest. Une bénédiction, donc, mais au bout de trois jours, on pense qu’on va en devenir fou. Vécu.

Pour "capturer" le Mistral, donc, Corinne Vezzoni s’est appuyée sur des ingénieurs spécialistes dans le comportement des fluides. Et aussi de son bon sens dans l’implantation du site : "Je me méfie de la technologie, dit-elle, quand ça tombe en panne on est bien avancé ! Mais on a un peu oublié les leçons des anciens qui savaient comment s’exposer". La toile est donc beaucoup plus inclinée côté nord-ouest que côté sud-est pour fournir une échappatoire au vent qui va "glisser" sur la toile au lieu de s’engouffrer dans la canopée.

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The Camp, côté nord-ouest, la bâche s’incline pour "capturer" le Mistral. Côté sud-est la bâche s’élève pour un effet parasol optimal.
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 Au sud-est, la toile est plus vaste pour un effet parasol maximal en été. En revanche, l’hiver, lorsque le soleil est plus bas, ses rayons réchaufferont les allées du campus.

En bordure de ce terrain de 7 hectares, une résidence hôtelière de 155 chambres. Ou plutôt des cellules tant elles sont d’inspiration monacale.

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The Camp, une résidence hôtelière de 155 chambres insérée dans le paysage isole le campus du reste de l’environnement.
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Un lieu transgénérationnel

L’idée de The Camp est née dans la tête d’un seul homme, Fréderic Chevalier, serial entrepreneur certainement visionnaire, tragiquement disparu cet été, à 52 ans, dans un accident de moto, quelques mois avant l’inauguration.

On peut résumer ainsi son ambition : accélérer les innovateurs, acculturer les autres à la révolution en marche.

"Accélérer les innovateurs, acculturer les autres à la révolution en marche"

Il a fallu 10 ans pour acheter le terrain. Quelques années à convaincre de grands partenaires institutionnels de contribuer à son rêve : un lieu unique pour accélérer l’innovation et appairer des mondes qui ne se parlent pas. 18 mois seulement ont suffi pour la construction. Une prouesse. The Camp a coûté 40 millions (2/3 du privé, 1/3 du public). Autant pour sa partie programme (50% Privé, 50% public sous forme de prêts à taux zéro). Frédéric Chevalier a lui-même investi 12 millions d’euros après la vente de sa société de marketing digital HighCo.

La plupart des responsables de The Camp y sont venus à la suite d’une rencontre personnelle et d’un "coup de foudre" pour Fréderic Chevalier. Son inspiration est encore présente partout. Tous vantent sa générosité : il voulait un endroit comme il n’en existe pas. Ni un incubateur de start-up, ni un lieu de formation permanente pour cadres dirigeants, ni un lieu d’accueil pour jeunes artistes, ni un summer camp, ni un laboratoire de nouvelles technologies, ni un lieu de séminaires et d’évènements… mais tout cela en même temps. Un écosystème en prise sur l’économie régionale avec un objectif : penser le monde de demain et inciter les plus réticents à comprendre les enjeux de la transformation des modes de pensée et d’action et de la révolution numérique. Un lieu transgénérationnel par excellence. Pour tous, quelque soit leur âge, leur parcours et leur ambition, le chemin c’est learning by doing. L’éducation nationale est prévenue !

"Nous voulons être un camp de base pour explorer le futur", nous dit Antoine Meunier, responsable de la communication au sein du comité exécutif.

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The Camp, le jour.
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The Camp, la nuit.
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En vitesse de croisière, on va donc trouver à The Camp une quarantaine de start-up en phase d’accélération. Par rapport à Station F de Xavier Niel, Sofiane Ammar, responsable de ce département, revendique le côté "artisanal". Mais aussi une ruche d’une vingtaine de jeunes artistes ou designer de 12 nationalités différentes, soigneusement sélectionnés. Ils seront accueillis pendant 6 mois et indemnisés. On demandera de mettre leurs projets personnels de côté pour penser collectif. Les hiver (de l’anglais hive, "ruche") devront livrer un prototype et documenter un projet de leur choix en lien avec les "grands challenges" de The Camp.

Le défi des "grands challenges"

Les "grands challenges", c’est un autre domaine du campus : Il s’agit d’amener des acteurs que leurs intérêts opposent à confronter leurs problématiques et à accorder leurs actions sur des "enjeux prioritaires" comme la protection des océans, la mobilité durable, les nouvelles formes d’apprentissage etc. Ils ont été définis en croisant les préoccupations d’un groupe test de millennials, des partenaires, des élus locaux et ceux de l’équipe du Camp. "Le défi c’est de créer un imaginaire comme celui qui entoure la voiture individuelle, reconnaît Marina Rachline, ancienne de Michelin et en charge du sujet. Mobilité durable, c’est pourri, on devra trouver autre chose !"

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Anaïs Texier, Une "hiveuse" en résidence pour 6 mois.
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"Une seule règle : être en phase avec les principes des fondateurs"

Mais la cerise sur le gâteau c’est que The Camp bénéficie avec la communauté Marseille-Aix, d’un "terrain de jeu" expérimental unique, comme l’explique Benoît Baillart, responsable du Fab Lab. Lui vient du cabinet d’audit Accenture, partenaire de The Camp. "Je les ai suppliés de me donner un job, ce qu’ils ont fini par faire". Encore un coup de foudre. Le Fab Lab  aura un rôle de maitrise d’usage dans un certain nombre de projets de développement local comme Solarcamp, un concept de "monnaie solaire" qui doit permettre de revendre l’énergie de sa voiture électrique en surplus à ceux qui en ont besoin, par exemple à la gare SNCF (autre partenaire) pour faire rouler les trains ; les "places connectées d’Aix en Provence", comment mettre la data au service de la politique de la ville, ou encore un programme de réduction de 10% de la voiture individuelle.

Une seule règle : être en phase avec les principes des fondateurs – durabilité, économie circulaire, projets solidaires. The Camp espère ainsi confirmer son ancrage local, comme son ouverture internationale et espère devenir une fierté nationale, dixit Jean-Paul Bailly, ancien PDG de La Poste et de la RATP qui a repris la présidence de The Camp après la disparition de Fréderic Chevallier.

Une grande ambition, un optimisme communicatif. Une utopie peut-être ? Mais elle prend forme au bon moment.

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