Facebook a annoncé qu'il avait, sans le savoir, vendu pour 100 000 dollars d'espaces publicitaires à de faux comptes russes, qui ont diffusé pendant la campagne présidentielle américaine des messages politiques à destination des citoyens américains.

Facebook s'est lancé un peu tard dans la lutte contre la propagande et les fake news, laissant l'opportunité à plusieurs organismes de divulguer des messages à caractère politique.

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Si le réseau social a admis en avril dernier être effectivement devenu un vecteur de propagande politique, cela n'excuse pas le rôle qu'il a joué dans la campagne présidentielle, même à son insu. Une enquête interne de Facebook, publiée le mercredi 6 septembre, indique qu'entre juin 2015 et mai 2017, il a vendu des espaces publicitaires à 470 faux comptes, qui s'en sont servis pour véhiculer de la propagande politique à destination des Américains.

Une influence sur l'élection présidentielle américaine

Ces comptes appartiennent tous à une "ferme à trolls" russe, l'Internet Research Agency, connue pour diffuser via de faux comptes Twitter et Facebook de la propagande pro-Kremlin sur les réseaux sociaux. En 2015, ces comptes ont partagé notamment de fausses informations sur Boris Nemtsov, l'opposant de Vladimir Poutine, juste après sa mort, ainsi qu'un hoax sur une fuite chimique en Louisiane afin de créer la panique dans l'État.

Cette fois-ci, l'organisme russe a dépensé 100 000 dollars pour 3 000 publicités ciblées à caractère politique. "La plupart des publicités semblaient avoir pour but d'amplifier des messages sociaux et politiques clivants – des sujets LGBT, des questions raciales, l'immigration ou le port d'armes", décrit Alex Stamos, responsable de la sécurité des systèmes d'information de Facebook, dans un communiqué de presse.

Selon le rapport de Facebook, un quart de ces publicités était ciblé géographiquement pour toucher des citoyens américains. Une initiative intelligente, puisque sur les 170 millions d'utilisateurs dans cette région du monde, la moitié dit s'informer sur le réseau social, comme le rappelle Le Monde.

Pire encore, une partie de ces publicités mentionnait clairement les candidats à l'élection présidentielle américaine, Donald Trump et Hillary Clinton. Facebook n'a pas précisé si elles favorisaient l'un ou l'autre candidat, mais comme le rappelle Mashable, les liens étroits entre l'actuel président américain et la Russie auraient tendance à faire pencher pour des publications pro-Trump.

Des liens entre Donald Trump et la Russie de plus en plus clairs

Plus qu'une intuition ou une simple supposition, la relation entre le président républicain et le Kremlin fait l'objet de nombreux soupçons. Une enquête des services de renseignement américains a déjà conclu en janvier que la Russie avait effectivement interféré en faveur de Donald Trump dans l'élection présidentielle.

"Il faut maintenant déterminer s'il y avait coordination entre ces trolls et la campagne officielle"

Facebook a d'ailleurs remis son enquête interne au procureur Robert Mueller, chargé avec la Commission du renseignement de la Chambre des représentants américaine d'une enquête sur l'implication de la Russie dans l'élection. "Nous nous intéressons à l'utilisation des réseaux sociaux en Russie, à la propagation de propagande et de fausses informations à travers des bots et des trolls, et notamment grâce au recours à des publicités numériques", explique Adam Schiff, membre démocrate de la commission, au Washington Post.

Reste à savoir si Donald Trump et son équipe de campagne ont eux-même orchestré cette propagande en ligne. "Vu ce que nous avons reçu de Facebook", poursuit Adam Schiff, "il faut maintenant déterminer s'il y avait coordination entre ces trolls et la campagne officielle. Il faut aller au fond de cette affaire."

Le mea culpa de Facebook

Malgré sa responsabilité dans cette affaire de publicités ciblées, Facebook s'en sort plutôt bien. En plus d'avoir bénéficié de cette vente d'espaces publicitaires – même si 100 000 dollars représentent des broutilles au vu des dépenses lors de la campagne présidentielle –, le réseau social est applaudi pour son honnêteté, conforme à leur volonté de transparence et de lutte contre les fausses informations.

"Facebook est courageux", commente Clint Watts, un ancien enquêteur du FBI qui étudie l'influence russe aux États-Unis. "Ils auraient pu enterrer ce rapport, ils ont fait une bonne chose en le publiant."

"Cette sensation quand tu crées un site pour mater les filles de ta fac mais que tu finis par faciliter la subversion de la démocratie américaine."

De son côté, le réseau social a profité de la publication de ce rapport pour renouveler son engagement de faire de sa plateforme un lieu dénué de fake news et coupé des influences politiques. "Nous savons que nous devons rester vigilants pour arrêter ceux qui essaient de manipuler notre plateforme", rappelle Alex Stamos dans le communiqué. 

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