La campagne sur Twitter pour tenter de discréditer Emmanuel Macron avant sa victoire à l’élection présidentielle a été menée en partie par les mêmes comptes automatisés qui ont favorisé l’élection de Donald Trump, d’après une nouvelle étude.

Les mêmes robots pro-Trump en novembre 2016 sont devenus anti-Macron en mai 2017, d’après une nouvelle étude parue le 5 juillet sur l'analyse du comportement des comptes Twitter automatisés dans la dernière ligne droite de l’élection présidentielle française.

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C’est la première fois qu’un lien aussi direct est établi entre l’armée de robots sur Twitter (bots) qui a joué le jeu de la désinformation en faveur de Donald Trump et ceux qui ont tenté de faire barrage à l’élection du candidat d'En marche !. Emilio Ferrara, le chercheur en informatique à l’Université de Californie à l’origine de cette découverte, avait déjà été parmi les premiers à tirer la sonnette d’alarme, dès juillet 2016, sur l’utilisation des réseaux sociaux par des faux comptes à des fins de désinformation politique.

Plus de 18 000 bots

Pour cette étude, il a analysé 17 millions de tweets entre avril et mai 2017 et isolé l’activité des bots sur Twitter. Lorsque le 5 mai, des dizaines de milliers de supposés emails de campagne de l’équipe d’Emmanuel Macron sont apparus, une activité frénétique s’est emparée de plus de 18 000 bots. Ces comptes automatisés se sont mis à retweeter tout ce qui avait trait à ce que les anti-Macron ont appelé le “MacronLeaks”.

"Ils sont sortis de leur hibernation numérique pour essayer de faire élire Marine Le Pen"

Parmi ces robots sociaux, certains avaient été spécialement conçus pour l’élection présidentielle française, comme 07_mai_2017 ou protegerlepeupl, d’autres, à l’instar de BrandonJBarber ou DonTreadOnMemes, existaient depuis début novembre 2016. Ces derniers n’avaient plus laissé le moindre message sur Twitter depuis le 9 novembre, un jour après l’élection de Donald Trump.

Selon Emilio Ferrara, ils sont sortis de leur hibernation numérique pour essayer de faire élire Marine Le Pen. Un comportement étrange qui suggérerait, d’après le chercheur, qu’il existe un “marché noir des bots politiques sur Twitter”. “Il y a trop de coïncidences pour ne pas envisager la possibilité que des personnes avec les ressources nécessaires ont mis en place des ‘botnets’ [des armées de comptes automatisés, NDLR] à des fins de désinformation politique”, a-t-il assuré au site américain Motherboard. Il serait possible de louer les services de ces comptes automatisés et de personnaliser leur comportement en fonction de l'objectif politique recherché.

Russe ou alt-right américaine ?

Emilio Ferrara a assuré au site politique américain The Hill que davantage de recherches devaient être menées pour valider la piste d’un tel marché noir. Un travail supplémentaire serait aussi nécessaire pour savoir si cette opération anti-Macron pourrait être reliée à la Russie ou plutôt à l’alt-right américaine. Durant la campagne électorale, l’équipe d’Emmanuel Macron avait accusé des pirates informatiques russes d’avoir voulu influencer l’élection.

Les bots anti-Macron se sont, en tout cas, montrés beaucoup moins efficaces que lors de l’élection américaine où leur rôle dans la victoire de Donald Trump a été souligné à plusieurs reprises. L’armée des 18 000 robots anti-Macron fait pâle figure face aux 400 000 comptes automatisés, qui ont sévi et servi le candidat républicain en novembre 2016. Ils ont aussi été beaucoup plus maladroits : leur description de compte avait gardé une coloration très “trumpesque” avec des termes comme “Maga” (Make America Great Again) ou Patriot et conservative. Une majorité d’entre eux a aussi trop souvent eu recours à l’anglais pour réellement attirer l’attention des électeurs français.

Tous ces bots ont soit été repérés et fermés par Twitter ou sont retombés dans leur sommeil numérique. Jusqu’aux élections générales allemandes, en septembre 2017 ?

– Article initialement publié sur le site de France 24.

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