Une entreprise américaine a créé, à destination des forces de l'ordre, un système de reconnaissance faciale permettant de retrouver des enfants victimes de traite sexuelle.

Emily Kennedy, 26 ans aujourd'hui, a passé ses études à analyser des annonces et des publicités sur Internet. Sur le deep web ou sur des sites d'annonces en ligne comme Craiglist, l'équivalent américain de Vivastreet, elle a passé des heures entières à analyser les annonces et les publicités pour des prostituées mineures. Un véritable trafic sexuel d'enfant pullule sur Internet sans que nous nous en rendions compte et elle voulait comprendre la logique des criminels. Pourquoi cette publicité était-elle formatée ainsi ? Pourquoi les mêmes publicités comportaient-elles des numéros de téléphone différents ?

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Elle savait que ce genre d'analyse permettrait de déchiffrer – et potentiellement de démanteler – une partie de ce commerce morbide. Après avoir obtenu son diplôme à l'université américaine Carnegie-Mellon, où elle a réalisé une thèse sur comment l'exploration des données sur le deep web permettrait d'identifier des victimes de trafics sexuels, elle a développé un système permettant vraiment d'agir.

Traffic Jam, logiciel développé par l'entreprise fondée par Emily Kennedy, Marinus Analytics, dégage depuis 2011 des schémas en analysant les publicités liées à la traite sexuelle. Les informations sont ensuite utilisées pour aider la police à sauver les enfants victimes et arrêter les responsables.

"Toute photo qu'ils peuvent charger depuis un ordinateur peut faire l'objet d'une recherche"

Le 27 juin, l'entreprise a franchi une grande étape avec le lancement de FaceSearch, un nouveau système permettant à la police de faire correspondre le visage d'un enfant aux publicités et aux annonces récoltées sur Internet. La photo initiale peut venir de Facebook ou d'un réseau social quelconque, d'une alerte concernant un enfant porté disparu ou de n'importe quelle source. Ce qui compte, c'est que FaceSearch scanne ensuite les photos en ligne et "détermine rapidement si cette victime potentielle a été mise en scène dans une publicité pour du commerce sexuel", selon le communiqué de presse de l'entreprise.

"Tout ce qu'ils peuvent uploader depuis leur ordinateur peut faire l'objet d'une recherche", explique ainsi Emily Kennedy à Mashable. Cette technologie est maintenant disponible pour toutes les autorités qui souhaitent se la procurer. Marinus Analytics a mis à disposition FaceSearch dans Traffic Jam, afin que ses clients – les forces de l'ordre en Californie, Wisconsin, New Jersey et bien d'autres – y aient directement accès.

La reconnaissance faciale aux mains de la police, un problème éthique ?

La technologie de reconnaissance faciale est de plus en plus utilisée par la police dans différents pays. Près de 25 % des services de police américains ont aujourd'hui accès à cette technologie. Les douaniers l'utilisent dans certains aéroports pour déterminer si votre visage pourra un jour vous servir de carte d'embarquement. Et la police berlinoise l'utilise dans les gares pour "reconnaître et signaler la détection d'usagers ou de personnes qui pourraient constituer un danger".

Cette utilisation accrue de la reconnaissance faciale a provoqué une série d'inquiétudes concernant le droit au respect de la vie privée, mais même les chercheurs qui ont soulevé ces inquiétudes voient FaceSearch d'une autre manière.

"Combattre la traite d'humains en ligne est une utilisation de la reconnaissance faciale à laquelle je peux complètement adhérer"

"Nous ne pouvons pas contrôler la manière dont chaque utilisateur se sert de notre logiciel, mais cela ne m'inquiète pas outre mesure car sa fonction est trop spécifique", ajoute Emily Kennedy. D'autres entreprises, selon elle, fournissent aux forces de l'ordre un accès bien plus large à la reconnaissance faciale, et ce sont celles-ci qui devront un jour répondre des questions éthiques que cela implique.

– Adapté par Charlotte Viguié. Retrouvez la version originale sur Mashable.

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