C'est confirmé : Apple travaille sur un concept de voiture autonome... enfin quelque chose d'autonome. Et même si on a très peu de détails sur les projets de l'entreprise, voilà déjà 3 choses à savoir sur l'entrée d'Apple dans la partie.

Tim Cook a enfin dévoilé officiellement l'un des secrets les moins bien gardés de l'industrie tech : Apple est en train de développer une technologie de voiture autonome.

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Les propos du PDG d'Apple ont officialisé les projets de l'entreprise californienne dans le domaine des véhicules autonomes. Mais c'est tout : il n'a donné aucun autre détail supplémentaire sur le projet. Nous n'avons donc toujours, pour spéculer, que les preuves qui s'accumulent depuis décembre 2016, grâce à la fuite de documents sur le "Système Autonome Apple", des démarches administratives et le témoignage d'une personne ayant vu un Lexus SUV doté de capteurs autonomes conduire autour des locaux d'Apple, à Cupertino.

Les véhicules sans chauffeur sont à la mode chez les constructeurs automobiles tout comme dans le monde de la tech. Les plus grosses entreprises du monde lancent des projets, annoncent des partenariats, et dépensent d'énormes sommes pour développer une plateforme autonome viable. Apple était l'un des derniers grands noms à ne pas avoir encore trempé là-dedans. Apprendre que l'entreprise a donc bien des projets dans ce domaine, même si tout cela reste très flou, est primordial.

Maintenant que Tim Cook a confirmé nos doutes autour des projets de véhicule autonome, voilà 3 points-clés à retenir sur la position d'Apple sur la scène autonome et ses potentialités pour le futur.

La rivalité Apple-Google en plein milieu de la chaussée

Au premier regard, le plan de route d'Apple sur les technologies autonomes semble étrangement similaire à celui d'un de ses rivaux : Google.

Le projet de Google est devenu une entreprise à part entière : Waymo. Tout a commencé avec des schémas de véhicule autonome, et l'entreprise a ensuite changé d'orientation pour développer plutôt un ensemble comprenant un logiciel et des composants hardware, qui pourrait être vendu aux fabricants de voiture tel quel. Si Apple a manifesté son intention de construire une voiture, l'entreprise risque bien de suivre ce même chemin.

Les deux géants pourraient alors se retrouver dans une toute nouvelle arène, Google disposant d'un avantage considérable. Waymo est l'un des plus gros acteurs, tant grâce à ses millions de kilomètres parcourus en tests que grâce à ses multiples partenariats, comme avec Lyft et Chrysler. Apple, de ce qu'on en sait, n'est même pas encore prêt d'un système autonome.

Mike Ramsey, directeur de recherche chez Gartner, pense que l'avenir d'Apple ne se concrétisera pas à travers une plateforme comme Waymo. Pour lui, la compétition Google/Apple aura bien lieu – mais pas sous la forme d'une guerre des plateformes.

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Tim Cook vient de confirmer l'entrée d'Apple dans le "game" des voitures autonomes.
AP/REX/SHUTTERSTOCK

"Apple est fondamentalement une entreprise de design et d'interface utilisateur", analyse-t-il pour Mashable. "Dans 10 à 15 ans, le contrôle du véhicule sera un simple produit, pas un système spécial. Apple veut-il vraiment se concentrer là-dessus ?"

Mike Ramsey pense plutôt qu'Apple reviendra à ses basics : construire une voiture. "Le modèle d'Apple, orienté vers le design, se prête mieux à la construction d'une Apple Car qu'au développement de l'IA qui l'animera", explique-t-il.

Dans ce scénario, la concurrence entre Apple et Google finirait par ressembler à celle de leur smartphone : Apple dessinerait et construirait ses propres voitures autonomes pour contrôler méticuleusement l'expérience utilisateur, tandis que Google offrirait le système de navigation autonome le plus commun sur le marché pour tous les autres véhicules. Exactement comme un iPhone et un Android – ajoutez simplement 4 roues et un moteur.

Le culte du secret d'Apple pourrait déplaire aux consommateurs

La grande différence entre Apple et tous les autres projets de voiture autonome tient en une chose : nous ne savons presque rien.

Tim Cook a été très prudent lors de son interview, lorsqu'il a mentionné les projets de l'entreprise en matière de voiture autonome. Il a lui-même fait une claire distinction entre ce sur quoi l'entreprise "se concentre publiquement" et ce sur quoi elle travaille en interne, sous-entendant qu'il y a bien plus dans les circuits d'Apple que ce qu'il a laissé entendre.

Il ne s'agit pas juste de se donner une meilleure image que ses concurrents – c'est une question de confiance

En faisant cela, il s'en tient à la stratégie habituelle de la firme de Cupertino : garder les projets aussi secrets et privés que possible jusqu'au lancement. C'est une stratégie qui a longtemps servi à Apple, laissant le public tech baver sur ce que la prochaine génération de gadgets a à offrir. Souvenez-nous des mille prospections autour de la sortie de l'iPhone 8.

Cette politique du secret fonctionne bien pour les ordinateurs et les gadgets, mais dans le monde du véhicule autonome, où l'enjeu est de redéfinir les formes de mobilité et où des vies sont en jeu, cacher de telles informations n'est peut-être pas la meilleure stratégie.

Il ne s'agit pas juste de se donner une meilleure image que ses concurrents – c'est une question de confiance. Si la technologie autonome est vue comme une évolution attirante pour de nombreuses personnes, beaucoup ne sont pas encore prêts à faire confiance à une machine pour tenir le volant.

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Les voitures autonomes rendent encore certaines personnes nerveuses.
SHUTTERSTOCK / POSTERIORI

Une étude conduite en juin 2016 a conclu que la plupart des personnes ne faisaient pas assez confiance aux voitures autonomes pour se laisser conduire par elles. D'où les efforts pour humaniser les intelligences artificielles – et les scandales que provoque chaque accident de la route dans lequel une voiture autonome, Tesla ou Uber le plus souvent, est impliquée.

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Les voitures autonomes pourraient être viables d'ici quelques années – mais si la population ne les comprend pas et ne se fie pas à elles, ce qui n'arrivera qu'en s'y familiarisant, elles ne seront pas adoptées suffisamment massivement pour produire un réel changement sur la mobilité des êtres humains. Si Apple ne veut pas partager ses progrès, il ne pourra pas gagner la confiance du consommateur.

Apple ne peut pas faire ça tout seul – pas encore

La grande mode, dans le développement de systèmes de conduite autonome, c'est l'averse de partenariats nés entre les entreprises tech, les start-up de transport (Uber ou Lyft) et les constructeurs automobiles classiques. Un seul problème : Apple n'est pas bon en équipe.

Si l'entreprise a de nombreux partenaires dans sa chaîne d'approvisionnement et de production, le développement même du produit est un processus purement interne. Apple a déjà embauché des talents du milieu automobile et investi 1 milliard de dollars dans Didi Chuxing, une entreprise de covoiturage chinoise. Mais c'est encore peu comparé aux partenariats noués par ses concurrents.

Apple peut se permettre un démarrage tardif grâce à son prestige et sa richesse, mais un facteur essentiel dans le développement des voitures autonomes lui manque : les données.

Entraîner une intelligence artificielle à la conduite autonome nécessite du temps et beaucoup, beaucoup de données situationnelles compilées grâce à des tests sur route. C'est pour quoi Apple a sûrement déjà une voiture roulant sur les routes de Californie. Mais la concurrence – Google quoi – a des millions de kilomètres d'avance sur l'entreprise de Tim Cook.

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Les Chrysler Pacificas autonomes de Waymo font maintenant leurs tests de conduite sur les routes grand public.
Waymo

Pour espérer faire des vagues sur le marché et avoir accès à des données de conduite, Apple va devoir changer sa stratégie et se faire quelques amis – peut-être en prenant le chemin le plus simple, qui consiste à vider ses fonds de tiroir et s'en acheter.

C'est la stratégie que semble avoir adopté l'entreprise, selon Mike Ramsey. Il souligne que de très nombreuses start-up de voitures autonomes sont en train de développer leur propre système : alors pourquoi Apple devrait-il gaspiller temps et argent à travailler sur le sien ? L'entreprise est assise sur 250 milliards de dollars, elle peut donc attendre et mettre ensuite la main sur l'une de ces entreprises dès que le marché se sera solidifié et que certains acteurs se seront démarqués.

Ou peut-être y a-t-il déjà une start-up travaillant pour Apple ? Mike Ramsey nous rappelle la rumeur selon laquelle la start-up Zoox pourrait en fait travailler dans l'ombre pour Apple. Elle serait au moins candidate pour un possible rachat par le géant de la tech.

Apple a peut-être rejoint la compétition un peu tard, mais cela ne veut pas dire qu'elle va forcément perdre. Si l'entreprise décide de continuer sur son propre chemin plutôt que de suivre la foule, cela pourrait la mettre en bonne position pour faire connaître le succès au véhicule autonome – Apple ne sera juste cette fois pas le premier à franchir la ligne d'arrivée.

– Adapté par Charlotte Viguié. Retrouvez la version originale sur Mashable.

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