Lors de son discours pour annoncer la sortie des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat, Donald Trump a égrené une longue liste de raisons justifiant cette décision. Mais certains arguments du président sont loin de la vérité.

L’oncle Sam contre Mère nature. Donald Trump a multiplié les angles d’attaque, jeudi 1er juin, pour justifier sa décision de retirer les États-Unis de l’accord de Paris sur le climat. Le président américain a cité des études controversées et repris, hors de leur contexte, certains faits scientifiques pour tenter de minimiser l’importance de la lutte contre le réchauffement climatique et maximiser le coût pour l’économie des États-Unis de cet accord.

Son discours s’est révélé être un florilège d’affirmations pour le moins discutables. France 24 vous propose de remettre les plus importantes en contexte.

“Une toute petite, petite quantité”

Donald Trump a assuré que “même si l’accord de Paris était intégralement mis en place, en totale conformité de tous les pays, on estime que cela ne produirait une réduction que de deux dixième d'un 1 degré Celsius d’ici 2100. Pensez-y. Aussi peu. Une toute petite, petite quantité."

Pour minimiser ainsi l’importance de l’impact de l’accord de Paris, Donald Trump a puisé dans un rapport d’experts du très respecté Massachusetts Institute of Technology (MIT). Ils avaient jugé, en 2015, que les engagements climatiques pris par les signataires de l’accord allaient réduire la hausse des températures de 0,2°C.

Mais en 2016, ces mêmes spécialistes ont revu leurs conclusions et ils estiment dorénavant que les efforts de la communauté internationale permettront de limiter la vitesse du réchauffement de près de 1°C. Quelle que soit l’estimation retenue “la conclusion à en tirer n’est pas de dire que puisque ce n’est pas suffisant ne faisons rien, mais plutôt de faire encore plus”, a réagi John Reilly, l’auteur principal de l’étude du MIT après les déclarations de Donald Trump.

“Un coût de 3 000 milliards de dollars pour les États-Unis”

C’est l’un des rares moments où Donald Trump ne s’est pas contenté d’évoquer des “milliards et des milliards” ou de rester dans le flou des superlatifs - “gigantesque”, “énorme” - qu’il affectionne tant. Cette estimation provient d’un rapport de mars 2017 du National Economic Research Associates (Institut national de la recherche économique) qui a évalué l’impact économique pour les États-Unis de l’accord de Paris d’ici à 2040.

Mais l’objectivité de cette étude a été remise en question. Elle a, en effet, été commandée par l’American Council for Capital Formation et la Chambre du commerce des États-Unis, deux organismes qui n’ont jamais caché leur opposition à l’agenda climatique du précédent président des États-Unis, Barack Obama. Les auteurs de ce rapport partisan reconnaissent d’ailleurs n’avoir pas exploré les éventuels gains économiques qui proviendraient du développement des énergies renouvelables. Continuer à promouvoir le charbon contre vents, marées et réchauffement climatique a aussi “des coûts externes qui se chiffrent en milliards de dollars comme l’impact sur la santé et l’environnement “, souligne Chloé Vlassopoulou, spécialiste des politiques climatiques au Centre universitaire de recherches sur l'action publique et le politique, contactée par France 24.

La Chine “peut faire ce qu’elle veut pendant 13 ans, pas nous”

Donald Trump s’appuie sur les engagements de Pékin à l’issue de la COP 21 pour dépeindre un futur à deux vitesses. La Chine avait prévenu que ses émissions de gaz carbonique continueraient à augmenter d’ici 2030, avant de décroître. Sur cette même période, les États-Unis s’étaient engagés à baisser les leurs de plus de 25 %. En réalité, Pékin semble être en avance sur son propre agenda : ses efforts pour réduire son empreinte carbone - comme la récente fermeture de 103 mines de charbon - devraient lui permettre d’atteindre son objectif de pic d’émissions d’ici à 2020.

En outre, rien n’oblige les États-Unis à honorer leurs engagements climatiques. Ils ne sont pas légalement contraignants et Donald Trump, comme n’importe quel autre dirigeant d’un pays signataire de l’accord de Paris, peut décider de les ignorer.

“L’accord nous impose d’énormes obligations légales”

C’est l’argument qui aurait convaincu Donald Trump, d’après une enquête du site Politico sur les coulisses de sa décision. Le président américain aurait eu peur de voir des opposants à son agenda économique saisir les tribunaux sur la base de l’accord de Paris pour faire annuler ses décisions.

Une craite infondée. “Un accord international en tant que tel ne peut être opposé devant les tribunaux, ce ne sont que les lois d’applications qui peuvent l’être”, explique Chloé Vlassopoulou.

“J’adore le charbon”

C’est l’une des rares affirmations 100 % véridique de Donald Trump. Mais les conclusions qu’il en tire sont trompeuses. Il prétend qu’il pourra désormais ramener des millions d’emplois miniers aux États-Unis.

Mais le secteur du charbon n’a pas attendu l’accord de Paris pour être en déclin. “Nous ne vivons plus au XIXe siècle, mais dans un monde globalisé qui évolue très rapidement et dans lequel d’importants fonds sont alloués au développement des énergies renouvelables”, affirme Chloé Vlassopoulou.

Les investissements dans le renouvelable ont fortement augmenté au détriment, notamment, du charbon. “Aux États-Unis, les offres d’emploi dans le solaire ont augmenté de 25 % ces dernières années, et celles dans l’éolien de 30 %”, souligne cette experte. Ce n’est pas la sortie de l’accord de Paris qui va inverser cette tendance.

“J’ai été élu pour représenter les habitants de Pittsburgh, pas ceux de Paris”

Sans même ergoter sur le fait que ce ne sont pas les habitants de Paris qui ont signé l’accord de Paris, le choix de Pittsburgh est bizarre à plus d’un titre. D’une part, Hillary Clinton y a remporté plus de 80 % des voix lors de la dernière élection présidentielle. D’autre part, le maire de Pittsburgh, Bill Peduto, a affirmé que sa municipalité allait tout faire pour “suivre les règles de l’accord de Paris”.

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