Dans son programme révélé le 2 mars, l'ancien candidat d'En Marche avait égrené quelques mesures phares pour le numérique. Désormais élu, Emmanuel Macron devra respecter sa promesse de les mettre en place. On fait le point.

Protection des données personnelles, couverture Internet sur le territoire français, innovation... En matière de tech, Emmanuel Macron a essayé de proposer des mesures transversales à différents domaines, relatifs à la vie des Français, l'école, la fracture numérique ou encore l'économie européenne.

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Mashable FR passe en revue les idées numériques de l'ex-ministre de l'Économie devenu président de la République.

100 % des démarches administratives en ligne

À part pour la délivrance de documents d'identités officiels, Emmanuel Macron promet que toutes les démarches administratives pourront également être effectuées depuis Internet, et ce d'ici 2022. "Par exemple, il sera possible pour le citoyen de faire une demande de procuration électorale sans se rendre au commissariat", avait-il promis.

Il faudra également compter sur la création d'un "compte citoyen en ligne" (site et appli) qui permettra à chacun de consulter ses droits, "notamment ceux liés à la santé, à la trajectoire professionnelle, à la formation, à la situation fiscale, aux droits civiques".

Un peu comme sur le site impots.gouv.fr, un espace en ligne pour la justice devrait être créé. Il s'agira d'un "service public numérique de la justice, avec portail unique d’accès. Les citoyens et leurs avocats y trouveront toutes les informations pratiques et la jurisprudence applicable à leur cas. Ils pourront se pourvoir en justice depuis leur ordinateur, transmettre une requête, des pièces, ou suivre leur dossier depuis leur smartphone", pouvait-on lire dans ses promesses.

Une réduction des zones blanches

L'objectif sera de couvrir l'ensemble du territoire en très haut débit l’ensemble du territoire d’ici la fin du quinquennat, afin de "ne laisser aucun territoire à la traîne dans la transition numérique". Cet objectif passera par une nouvelle exigence pour les opérateurs : qu'ils dotent les zones blanches de la 4G afin de ne plus avoir de "zones sans réseau". Pour cela, il sera également utile de doubler le nombre d'antennes mobiles.  Si les opérateurs "ne tiennent pas leurs objectifs, ils pourront être sanctionnés financièrement", a précisé Emmanuel Macron. Pour les accompagner dans cette transition, "des conditions économiques favorables sur les redevances d’utilisation des fréquences hertziennes" seront mises en place.

Aussi, le nouveau président de la République souhaite lancer une "stratégie d’inclusion à destination de ceux qui rencontrent des difficultés à utiliser le numérique en développant avec les associations et les collectivités, un réseau d’accompagnement sur le territoire qui proposera du temps de soutien et des formations aux outils et aux services numériques".

Dans le même temps, le numérique aura pour mission "d’apporter des réponses aux déserts médicaux", notamment en rendant possible le "développement de la télé-médecine et du numérique dans le domaine de la santé, afin de donner aux médecins la possibilité d’assurer un suivi à distance". 

La préservation des données numériques

Dans "le respect de la vie privée et du secret des affaires", Emmanuel Macron souhaite la mise en place "d’une banque de données numériques réutilisables". "Les administrations qui délivrent des licences (par exemple pour les hôtels) devront mettre à disposition leurs données. Face aux géants étrangers, des nouvelles start-up pourront ainsi s’adresser par exemple à tous les hôteliers pour leur offrir une alternative aux services existants", a-t-il développé dans son programme.

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Il souhaite également "développer les instruments d’une transparence sur l’usage des données privées par les acteurs du numérique"mais ne dit pas lesquels. On retrouve le même flou dans ses mesures proposées lorsqu'il suggère de "bâtir des murailles" et "patouiller dans le cyberespace" pour faire de la cybersécurité, "une priorité de la sécurité nationale". 

"Nous renégocierons avec les États-Unis le Privacy Shield, le cadre de protection des données, d’ici 2018, afin de garantir réellement la préservation des données personnelles de tous les Européens", avait promis le nouveau président de la République lors de la campagne. En parallèle, l'idée sera de créer "les instruments d’une transparence sur l’usage des données privées par les acteurs du numérique. Chacun pourra ainsi savoir ce que deviennent les données qu’il produit en utilisant telle ou telle plateforme".

Une stratégie nationale pour l'intelligence artificielle

Emmanuel Macron a émis le souhait de voir émerger "une stratégie nationale pour l’intelligence artificielle dont le développement va avoir de profonds impacts sur une série de secteurs. Les chercheurs français sont bien armés pour y jouer un rôle majeur. La première étape sera d’évaluer ses usages potentiels et ses enjeux pour le travail et l’emploi de demain". Pour cela, il compte adopter "un cadre fiscal qui encourage l’investissement dans l’innovation, notamment en instaurant un prélèvement forfaitaire unique sur l’ensemble des revenus tirés du capital mobilier et en remplaçant l’ISF par un impôt sur la fortune immobilière".

Dans le même temps, c'est un "fonds pour l’industrie et l’innovation" qui devrait voir le jour. Celui-ci serait doté de 10 milliards d’euros issus des actions d’entreprises possédées de manière minoritaire par l’État et "servira à financer l’industrie du futur".

Un marché unique du numérique en Europe

Le nouveau président compte sur un fonds européen de financement en capital-risque fort d'une enveloppe de 5 milliards d'euros afin d'accompagner "la croissance des start-up européennes du numérique". "Nous agirons pour un marché unique du numérique en Europe, qui permettra aux entreprises innovantes de disposer des mêmes règles partout dans l’Union européenne", a-t-il espéré.

Pour les petites, moyennes et très petites entreprises françaises, il tient à initier un "cap du numérique". "Entrepreneurs et salariés doivent être formés pour pouvoir choisir et s’approprier les nouveaux outils", a promis Emmanuel Macron, qui a également parlé "d’un accès privilégié à la formation professionnelle" si les entreprises s’engagent "dans des transformations ambitieuses exigeant de conduire sur une période de temps limitée une requalification de leurs salariés".

L'interdiction des téléphones portables à l'école primaire et au collège

On ne sait pas encore comment il compte y parvenir, mais Emmanuel Macron s'est exprimé en faveur d'une interdiction des téléphones portables à l'école primaire et au collège. Pour l'heure, il n'y a qu'en salles d'examen que ceux-ci sont proscrits.

En l'état, le Code de l’éducation, suite à la loi du 12 juillet 2010, instaure une interdiction pour les élèves "d’utiliser un téléphone mobile dans les écoles maternelles, élémentaires et les collèges", indique une étude TNS-Sofres publiée en 2009. Aujourd'hui, près de trois adolescents (12-17 ans) sur quatre arrivent en cours avec un mobile et près de la moitié d'entre eux l'ont déjà utilisé en classe.

L'interdiction totale pose de nombreuses questions. "Sachant qu'un professeur n'a pas le droit légalement de confisquer un téléphone, appliquer une interdiction totale au quotidien est impossible", avait estimé Marina Barès, conseillère principale d'éducation (CPE) durant trois ans dans un collège de La Courneuve, en Seine-Saint-Denis, auprès de L'Express.

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