Un investisseur américain a décidé de dépenser 2 millions de dollars dans une campagne pour convaincre Elon Musk de prendre ses distances avec Donald Trump et ses politiques anti-écologiques, contraires aux ambitions du PDG de SpaceX et Tesla.

Conseiller Donald Trump alors qu'on se positionne comme un acteur de la lutte contre le réchauffement climatique, c'est un peu problématique. C'est pourtant le cas d'Elon Musk, et l'un de ses plus grands fans a décidé d'agir pour que cela cesse.

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Cet homme, c'est Doug Derwin. Ancien avocat devenu investisseur dans le domaine de la tech, la transition écologique est un sujet qui lui tient à cœur. Les innovations des entreprises d'Elon Musk l'enthousiasment depuis plusieurs années. Mais la relation du PDG de Tesla avec le nouveau président américain sont, pour Doug Derwin, incompatibles avec l'ambition écologique qu'il pensait partager avec Musk.

Le "capital-risqueur" de 59 ans a donc décidé d'agir, et il n'y va pas par quatre chemins : il est prêt à investir 2 millions de dollars pour convaincre Elon Musk de désavouer publiquement Donald Trump et de cesser de le conseiller.

Doug Derwin s'improvise lobbyiste

L'homme a une exacte idée de comment faire pression sur le PDG. Il a d'abord lancé une pétition sur Change.org – classique. Puis, il a investi 500 000 dollars dans une campagne publicitaire. Depuis un mois, des camions bardés de messages à destination d'Elon Musk viennent se garer devant les bureaux des différentes entreprises qu'il gère. On peut y lire "SpaceX : Is Mars Worth Global Warming Here ?" (SpaceX : Mars vaut-il le réchauffement climatique ici ?) et autres slogans bien sentis.

Doug Derwin a aussi acheté des espaces publicitaires sur de grands panneaux à proximité des mêmes bureaux. Et le dimanche 23 avril, ces mêmes slogans figureront en pleine page dans plusieurs médias comme le New York Times, le Washington Post ou encore le San Francisco Chronicle. Des spots télévisés passeront le même jour au cours de trois émissions américaines.

Ironiquement, c'est l'élection de Donald Trump qui a permis à Doug Derwin d'investir autant d'argent dans cette campagne, grâce aux mouvements boursiers post-élection : "L'élection de Donald Trump m'a fait gagner beaucoup d'argent. C'est le prix du sang, je l'utiliserai pour contrer Trump", confie l'investisseur au Guardian.

La Tesla Model S comme moyen de pression

Sur son site ElonDumpTrump (en français, "Elon doit lâcher Trump") lancé le 17 avril, Doug Derwin propose d'autres manières de faire pression sur le PDG de Tesla. Et quel meilleur moyen que de boycotter le produit-phare de son entreprise ?

Le "capital-risqueur" encourage ainsi les propriétaires de Tesla à écrire à Elon Musk pour exprimer leur mécontentement. Et pour ceux attendant de recevoir la nouvelle Model S, Doug Derwin va encore plus loin : annuler sa pré-commande et écrire un courrier à l'entreprise pour expliquer les raisons de son geste. Certains ex-futurs propriétaires, dont Doug, ont même témoigné en vidéo.

Excité par ce projet de voitures électriques et autonomes, Doug Derwin considérait ce pré-achat comme "une déclaration, un positionnement en opposition à tout ce qui arrivait autour de moi". Mais Doug Derwin est tellement dégoûté de voir Elon Musk fricoter avec Donald Trump et participer aux conseils consultatifs du gouvernement sur le commerce et l'emploi qu'il a préféré tirer un trait sur ce bijou de technologie.

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Regardez pourtant comme elle est belle.
Sjo/Getty Images

"Elon Musk est reconnu comme un leader en matière de lutte contre le changement climatique", regrette Doug Derwin. "Mais son échec à dénoncer les politiques anti-environnementales de Trump envoie un message négatif, qu'il ne considère pas cela comme un vrai problème qui mérite qu'on s'y attache." L'investisseur n'a de toute façon rien à perdre (à part la Tesla sur laquelle il a déjà fait une croix) : "La pire chose qui puisse m'arriver est de perdre de l'argent et me ridiculiser en public", raconte-t-il à Bloomberg. "Mais ça me semble important de m'opposer à Donald Trump comme je le peux."

Elon Musk, PDG entre deux chaises

Pour beaucoup de personnes enthousiasmées par l'action d'Elon Musk, ce rapprochement avec Donald Trump a fait l'effet d'une douche froide. Depuis sa prise de fonction, le nouveau président américain a complètement détricoté l'action écologique du gouvernement américain : assouplissement des normes en matière d'émissions de gaz à effet de serre pour les voitures, a abrogé le Clean Power Plan lancé par Barack Obama et s'apprête à couper les vivres à l'Agence américaine de protection de l'environnement. Et certains craignent que le pire soit encore à venir.

Mais Elon Musk adopte une stratégie chère au "Parrain" : garder ses amis près de soi, et ses ennemis encore plus proches.

En réponse à la campagne de Doug Derwin, le porte-parole d'Elon Musk a simplement repartagé une déclaration du PDG de février 2017 : "Les conseils consultatifs fournissent simplement des conseils, y assister ne signifie pas que je suis en accord avec les décisions du gouvernement. Mes ambitions sont d'accélérer la transition du monde vers les énergies renouvelables et faire de l'humanité une civilisation sur différentes planètes."

"La sincérité d'Elon Musk ne doit pas être remise en cause"

Invité par Tesla dans l'une de ses usines, Doug Derwin a rencontré Sam Teller, directeur du bureau du PDG, qui lui a confirmé qu'en matière écologique, "la sincérité d'Elon Musk ne doit pas être remise en cause". Mais l'investisseur ne croit pas à ces belles paroles. Pour lui, "Trump utilise Elon Musk pour se légitimer sur ces sujets. Musk s'est fait avoir, il n'a rien retiré de tout ça", explique-t-il à Bloomberg.

Outre cette campagne, Doug Derwin a promis que si Elon Musk prenait fermement position contre Donald Trump – en démissionnant des conseils consultatifs et en exprimant clairement son opposition à ses politiques environnementales – il ferait un don d'un million de dollars à l'association du choix de Musk. À noter que Travis Kalanick, le PDG d'Uber, et Mark Zuckerberg, patron de Facebook, ont pris leurs distances avec Donald Trump il y a bien longtemps, et après de simples manifestations et protestations sur les réseaux sociaux.

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