On a longtemps cru qu'ils se contenteraient de se regarder en chiens de faïence. Les uns, jeunes pousses à l'assaut du marché ; les autres, indéboulonnables mammouths économiques. En fait, start-up et grands groupes collaborent de plus en plus.

Les grandes entreprises aiment les start-up pour leur capacité à innover, avec souplesse et rapidité. Les start-up, elles, aiment les grandes entreprises pour leur assise et leur compréhension du marché. Voilà, rapidement résumé, les termes de ce mariage gagnant-gagnant.

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Devant la vélocité des innovations et leur faim d'envahir les marchés, ils n'ont d'autre choix que de redoubler de stratégie pour rester compétitifs. Afin de maintenir leur domination, les dinosaures du capitalisme du XXe siècle nouent donc des alliances avec les jeunes pousses. Surtout, en se mettant au diapason des progrès technologiques, les grands groupes se payent l'assurance de continuer à "être dans le coup".

Le côté "laboratoire" des start-up couplé à la force de frappe des grands groupes

Il faut dire que dans une start-up, ce sont bien la rapidité des décisions et l'échelle humaine qui permettent d'expérimenter avec flexibilité. Tout cela a un nom : l'agilité. Une caractéristique plus difficile à mettre en place lorsque l'on est un grand groupe et que l'on doit faire face à des processus plus codifiés. C'est ainsi que chez des géants de la tech comme Google, Facebook ou encore Apple, les innovations sont rarement expérimentées en interne. La rationalité économique va plutôt consister en l'acquisition de start-up qui ont pris le temps pour ces expérimentations. Et c'est ainsi que le gros poisson mange le plus petit. Pour les start-up, l'avantage sera d'être boostées par une levée de fonds, idéale pour continuer à grossir. Une proposition souvent difficile à refuser.

C'est bien parce qu'ils se sentent menacés par elles que les grands groupes rachètent les fintech

Chez les grands groupes, il y a différents moyens de profiter du savoir-faire des start-up, comme l'acquisition ou l'incubation internalisée. En proposant son propre incubateur, une grande entreprise peut faire le tri sur la scène des start-up et choisir celles qui développent des produits ou services susceptibles de les intéresser. Ce système permet aux salariés en interne d'être "acculturés" plus rapidement tandis que le start-up, elle, jouit d'un espace pour l'accueillir et d'un public auprès duquel tester ses produits.

Il y a aussi l'"open innovation", autrement dit le partage de connaissances et l'échange d'idées entre start-up et entreprises déjà installées. Aujourd'hui, de nombreux grands groupes industriels cherchent à croiser leurs expertises avec la fougue et l'innovation des jeunes pousses. Par exemple, c'est grâce à la jeune entreprise Mister Asphalt que la multinationale Total a pu développer un procédé de transport simplifié du bitume ; et grâce à Lookies que la SNCF a développé un programme d'analyse de l'affluence et du temps d'attente en gare.

C'est sans compter ces accélérateurs de "enterprise technology", comme Axeleo, qui prennent en charge des entreprises déjà en phase d'accélération commerciale et de passage à échelle. "Elles ne sont plus early stage et ont déjà fait leurs preuves. Nous, on les aide à structurer leur commercialisation, on les initie aux ressources marketing qu'il leur faut et on les présente à des fonds d'investissements", explique à Mashable FR Chloé Rossignol de chez Axeleo.

L'idée, c'est que la chaîne de valeur finit par profiter à tout le monde

"Sans pour autant investir directement dans une start-up, Microsoft peut aussi chercher à simpement proposer une valeur ajoutée", explique Diana Filippova, startup Connector chez Microsoft, à Mashable FR. Et la responsable des relations écosystème start-up de détailler les programmes d'accompagnement mis en place par le grand groupe, parmi lesquels BizSpark, package technologique proposé aux start-up early stage – celles qui ont moins de 5 ans, 25 salariés et 1 million de chiffres d'affaire. "Les start-up profitent de 900 produits Microsoft gratuits comme le Cloud Azur, Microsoft Office pour bénéficier de la suite et d'autres logiciels encore... Elles peuvent ensuite garder les licences", détaille-t-elle. Au total, BizSpark Plus soutient 13 accélérateurs, dont EuraTechnologies, Numa ou encore Télécom Paristech.

Dans ce cas précis, si Microsoft est heureux d'investir des millions pour accompagner ces jeunes pousses, c'est bien pour consolider son soft-power. "On assume notre rôle de partenaire majeur d'un point de vue techno et business", afirme Diana Filippova, pour qui "il est aujourd'hui irrationnel de chercher à agir tout seul dans son coin" car "tout l'écosystème entrepreunarial participe à la même chaîne de valeur". En d'autres termes, quand un secteur soutient des progrès technologiques, ces derniers finissent toujours par profiter à tous.

Mais au fond, c'est quand même souvent David contre Goliath

Présenté comme ça, on se demanderait presque pourquoi toutes les start-up du monde ne cherchent pas systématiquement à être chaperonnés par les grands. Sauf que là où le bât blesse, c'est que l'intégration de start-up au sein de grands groupes se fait souvent à des prix ne correspondant absolument pas à la valeur des jeunes entrepreneurs. Et si les start-up sont un réel objet du désir pour de vieux dinosaures qui ont besoin de rafraîchir leur façade, comment s'assurer que les premiers ne perdent pas au change ? Au fond, n'assiste-t-on pas à l'injustice classique des riches qui s'enrichissent... et des pauvres, obligés de se faire racheter s'ils veulent se faire une place sur le marché ? Vu de loin, c'est bien parce qu'ils se sentent menacés par elles que les grands groupes rachètent les fintech.

Pour ré-équilibrer un peu la balance, des solutions sont pourtant possibles. Pour commencer, nos grands groupes pourraient prendre exemple sur le MIT (Massachusetts Institute of Technology) qui rémunère chaque start-up approchée. Or, pour l'heure, en France, travailler avec une start-up se fait souvent après un POC (Proof of Concept ou démonstration de faisabilité) rarement rémunéré.

Puisque l'union fait la force, de nombreuses start-up se réunissent aujourd'hui pour essayer d'être repérées par les grands groupes. C'est par exemple le cas de Technowest, près de Bordeaux, qui regroupe plus de 70 start-up. De quoi faire du pied à des monstres comme Airbus ou Dassault. Prochain défi pour réellement faire des start-up un modèle d'intégration : briser le plafond de verre qui contraint le monde des start-up à être une instance de reproduction sociale. Encourager les écoles de la deuxième chance et formations numériques (comme la Web@cademy ou encore Simplon) est déjà une première piste. Qui sait ? "Travailler dans une start-up dans l'objectif d'intégrer un jour un grand groupe" deviendra peut-être une fiche de métholodogie à l'Onisep.

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