Le Salvador est devenu le premier pays au monde à interdire l'exploitation des mines de métaux. Une décision visant à protéger le fragile écosystème du plus petit pays d'Amérique centrale.

La mine ou la vie ? Le Salvador a choisi, à une forte majorité des parlementaires, mercredi 29 mars, d'interdire définitivement l'exploitation des mines de métaux sur son territoire. Un vote qui fait de ce pays – le plus petit d'Amérique centrale – le premier au monde à prendre une elle décision.

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"C'est un jour historique pour le Salvador et pour le monde entier", s'est réjoui Lina Pohl, la ministre de l'Environnement, après le vote. Cette interdiction met un terme à près d'une décennie de combat entre le pays – qui avait imposé en 2009 un moratoire sur l'exploitation des mines de métaux – et des grands groupes d'extraction minière qui s'intéressaient aux gisements d'or du nord du pays.

Pollution de l'eau

L'or, l'argent et tous les autres métaux sont touchés par la décision salvadorienne. En revanche, le sel ou le charbon ne sont pas concernés.

Les techniques d'extraction de métaux polluent souvent l'eau et endommagent les nappes phréatiques. C'est notamment le cas du cyanide, utilisé pour exploiter les gisements d'or.

Le Salvador, où 90 % des eaux à la surface sont pollués, pouvait difficilement se permettre de laisser des grands groupes miniers continuer à dégrader son écosystème. Seul Haïti a un environnement encore plus dégradé que le Salvador sur le continent américain, d'après les Nations unies.

Jusqu'au début des années 2000, le petit pays avait pensé pouvoir contrôler l'extraction des métaux sur son territoire en accordant uniquement des concessions à des petites entreprises minières. Mais le parti de centre droit de l'Alliance républicaine nationaliste, au pouvoir depuis 1989, permet finalement aux grands groupes internationaux de faire de la prospection à partir de 2001.

Pacific Rim vs Salvador

En 2005, l'entreprise canadienne Pacific Rim Mining Corporation rencontre une forte opposition de la population locale dans le nord du pays, où elle veut ouvrir une mine d'or. Le conflit social, qui a duré plusieurs années, a débouché sur la mort de plusieurs opposants au projet. C'est cette bataille qui a convaincu le pouvoir d'imposer un moratoire, en 2009, sur l'exploitation des mines de métaux.

Une décision qui a failli coûter très cher au Salvador. L'OceanaGold, un autre groupe canadien qui a racheté la Pacific Rim Mining Corporation, a attaqué le pays en justice, réclamant le paiement de 300 millions de dollars pour avoir refusé d'autoriser l'ouverture de la mine. En octobre 2016, le tribunal arbitral de la Banque mondiale a décidé en faveur du Salvador.

Au-delà du risque judiciaire, l'interdiction d'exploiter des mines de métaux a aussi un coût économique pour le pays. Les sommes que les grands groupes étaient prêts à verser pour avoir le droit de partir à la recherche de l'or salvadorien auraient été les bienvenues pour un pays qui a désespérément besoin de liquidités et qui envisage de faire appel à l'aide financière du Fond monétaire international pour ne pas sombrer économiquement.

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