Les affaires se multiplient pour la start-up américaine spécialisée dans le transport de personnes. Son fondateur Travis Kalanick est critiqué pour sa gestion humaine et ses frasques sexuelles. Du coup, Uber lance son opération mea culpa.

Il rase les murs. Travis Kalanick – fondateur et CEO de Uber – est acculé, cerné par les critiques et les trop nombreuses affaires qui sortent dans la presse américaine depuis deux mois. Pour faire face, la société a entamé la semaine dernière une opération de communication fondée sur la diversité et le changement de la culture d'entreprise.

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Mais revenons aux origines du problème. Il y a d’abord eu les accusations de sexisme au sein de la société : en février dernier, Susan Flower, ex-ingénieure chez Uber, publiait un article sur son blog personnel où elle expliquait avoir été victime de harcèlement sexuel de la part d’un supérieur et dénonçait le sexisme rampant dans la boîte. Selon elle, les dirigeants de Uber auraient fermé les yeux sur ses accusations.

Frapper des subalternes avec des battes de baseball

Dans ce même article, elle affirme également que le pourcentage de femmes chez Uber est passé de 25 % à 3 % entre son arrivée en novembre 2015 et son départ en décembre 2016. Une enquête interne a été ouverte. Après la publication de Susan Flower, les révélations se sont enchaînées, créant un véritable effet boule de neige : l’ex-compagne de Travis Kalanick a fait des révélations troublantes sur une soirée dans un bar d’escort girls à Séoul, dévoilait le site The Information vendredi 24 mars. Cinq employés de la société auraient accompagné le CEO et devaient "choisir" la fille de leur choix, chacune portant un numéro, telle une marchandise.

Des responsables lançaient des injures homophobes ou menaçaient de frapper des subalternes avec une batte

L’entreprise-star de l’économie partagée patauge dans des scandales liés au sexisme, mais également à propos d’accusation de violence ou d’homophobie. Le New York Times affirmait, dans une enquête publiée le 22 février sur la "culture professionnelle souvent débridée" de la société, que des responsables lançaient des injures homophobes ou menaçaient de frapper des subalternes sous-performants avec une batte de baseball.  

Il y a également eu les accusations de voitures fantômes, encore révélées par le New York Times. Le quotidien américain affirme que l’entreprise a mis en place une fausse application destinée à la police, dans les villes où elle est contrôlée. L’arnaque est simple : les policiers sont repérés grâce à leur carte de crédit. Lors d'une mise à jour, Uber installe une fausse application et les voitures apparaissant à l'écran deviennent fictive. Ainsi, lorsqu'un policier commande un Uber, celui-ci n’arrive jamais à destination...puisqu'il n'existe pas. Et la start-up évite ainsi tout contrôle de ses voituriers, selon l'enquête du New York Times.

Bloomberg

"Uber doit changer"

On aurait également pu ajouter l’histoire de Jeff Jones, nommé président de la société, parti six mois après son arrivée ou l’altercation houleuse entre Travis Kalanick et un chauffeur. Mais l’idée est là : le début de l’année 2017 n’est pas toute rose pour Uber. Forcément, afin de laver son image, l’icône des start-up devait contre-attaquer en lançant un bon gros plan de communication.

Pas d’excuse directe ou d’apparition médiatique de Travis Kalanick, qui reste coi depuis plusieurs semaines. Non, Uber a décidé de jouer la carte du temps long. Le 21 mars, trois responsables de la société – notez qu’il s’agit uniquement de femmes – ont tenu une conférence de presse sur "les changements nécessaires au sein de Uber" et "améliorer la culture d'entreprise". Trois points principaux ont été évoqués : la direction et la responsabilité, les relations avec les conducteurs, et la culture et l’organisation de la société.

L’exercice était compliqué pour Arianna Huffington, principale speakeuse et membre du conseil d’administration de la société. "Uber doit changer pour pouvoir rester aussi prospère dans la prochaine décennie que durant les sept dernières années. Comme je l’ai dit aux employés il y a quelques semaines, créer une bonne culture d’entreprise sera la clé de notre succès dans le futur", affirmait-t-elle dans le discours préparatoire à la conférence de presse.

Évidemment, personne n’était dupe de l’entreprise de communication. Aucune annonce précise n’a été faite, rapporte Business Insider, mais les trois responsables ont affirmé recherché un nouveau président compatible avec les "changements nécessaires".

Le rapport de l’excuse

Pour enfoncer le clou, Uber a rendu public mardi 28 mars un rapport interne intitulé "Mesurer ce qui compter : la diversité chez Uber". Publié par Liane Hornsey, chef des ressources humaines de l’entreprise, le rapport se veut être un gage de transparence.

Que nous apprend ce document ? En premier lieu, comme pour contrer les allégations de Susan Flower, l’entreprise affirme que 36,1 % du total de ses employées sont des femmes et que, durant l’année 2016, 41 % des salariées embauchées ont été des femmes, soit une augmentation de 5 %. De la même manière, la start-up affirme qu’elle a embauché 3% de personnes noires et 2 % de personnes d’origines hispaniques de plus que l'année précédente.

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La diversité en chiffres au sein de la société Uber.
Uber

Sur le tout nouveau site dédié à la diversité chez Uber, l’entreprise explique également créer un "environnement inclusif pour les personnes issues de la communauté LGBTQ", soulignant que la société fait partie des "Meilleurs endroits où travailler pour l’égalité des personnes LGBT", du Corporate Equality Index, une étude annuelle sur l'égalité entre les travailleurs américains.

Concrètement, Uber donne beaucoup de chiffres et d’informations sur ses démarches en faveur de la diversité et l’égalité. Mais cela suffira-t-il à faire oublier les trop nombreux scandales liés à la start-up ? Nous verrons bien si le hashtag #DeleteUber disparaît dans les prochains mois et si la croissance de l'entreprise se poursuit malgré les affres des affaires.

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