Le président américain a dévoilé, jeudi, ses priorités budgétaires. Il fait de l’armée la star du moment et veut réduire le poids de l’État dans un grand nombre de domaines, à commencer par l’environnement et les relations internationales.

Donald Trump aime l’armée et la sécurité nationale, beaucoup moins l’environnement et les affaires internationales. Une rapide lecture de la proposition de budget 2018 que le président américain présente jeudi 16 mars confirme son sens des priorités politiques.

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"55 milliards de dollars supplémentaires pour la défense et la sécurité intérieure pour 2018"

Un chiffre symbolise la philosophie budgétaire de Donald Trump : 55 milliards de dollars supplémentaires pour la défense et la sécurité intérieure pour 2018. Pour financer cette hausse sans creuser les déficits, la Maison Blanche énumère une très longue liste de programmes et d’organismes parfois obscures qui seraient amenés à disparaître. L’Agence de protection de l’environnement et le département d’État (ministère des Affaires étrangères) sont les principales victimes.

“Nous avons lu tous les discours de Donald Trump pendant la campagne et nous les avons transformés en chiffres”, a expliqué James Brady, un conseiller du président, lors d’une conférence de presse, mercredi 15 mars. L’administration américaine tente ainsi de consolider l’impression que le chef de l’exécutif tient ses promesses.

Mais ce premier budget est aussi marqué par l’influence du très controversé et droitier conseiller de Donald Trump à la stratégie, Steve Bannon. Il épouse, en effet, l’ambition de “déconstruire l’État administratif”, que le fondateur du site ultra-conservateur Breitbart avait détaillée en février, lors d’une conférence des conservateurs américains. Les coupes budgétaires envisagées rappellent l’effort de l’ex-président Ronald Reagan - cité en exemple aussi bien par Steve Bannon que Donald Trump - de réduire le poids de l’État.

Le grand gagnant : la défense

Elle bénéficierait d’une hausse de 9 % si le plan Trump passait l’obstacle du Congrès. Cette augmentation correspond à 52 milliards de dollars en plus dans les caisses du ministère dirigé par l’ancien général James Mattis.

“La manière dont ces fonds supplémentaires vont être distribués n’est pas claire”, note le New York Times. La volonté de Donald Trump semble être de renforcer les effectifs. Une part importante serait attribuée au recrutement de soldats de l’armée de terre et de la marine, ainsi qu’à l’achat de nouveaux vaisseaux de guerre.

Renforcer la sécurité des frontières

La sécurité intérieure passe par une meilleure lutte contre l’immigration, d’après Donald Trump. Les près de trois milliards de dollars supplémentaires serviront, notamment, à embaucher 500 agents pour patrouiller aux frontières, et 1 000 nouveaux douaniers. Il a également prévu de dépenser 1,5 milliard de dollars pour mieux gérer la détention des immigrés illégaux.

Le grand perdant : l’environnement

L’Agence de protection de l’environnement (EPA) connaîtrait une cure d’amaigrissement sans précédent. Son budget serait amputé de 2,6 milliards de dollars (soit une baisse de 31 %).

Cette mise à la diète correspond à la destruction de 3 200 emplois au sein de cet organisme (20 % des effectifs). La proposition de budget envisage ainsi de mettre un terme à 50 programmes menés par l’EPA, parmi lesquels Energy Star, un dispositif qui aide les PME et les consommateurs à contribuer à la transition énergétique.

Le budget propose aussi d’en finir avec le financement fédéral de la recherche pour lutter contre le réchauffement climatique.

Haro sur les relations internationales

Ce budget est clairement celui de “l’America First”. Une baisse de 29 % du budget du ministère des Affaires étrangères (-10,9 milliards de dollars) est prévue par Donald Trump.

Le chef d'État veut réduire les contributions américaines à l'ONU, que ce soit au travers du fonds vert mis en place par Barack Obama après la COP21 (la conférence sur le climat qui s’est tenue à Paris en novembre 2015) ou aux missions de maintien de la paix. Des programmes de financement des banques internationales de développement - comme la Banque mondiale - seraient aussi abandonnés ou fortement revus à la baisse. L’enveloppe de l’aide américaine militaire à Israël (trois milliards de dollars par an) resterait, en revanche, inchangée.

Ce volet du budget a suscité de nombreuses critiques des commentateurs car ces coupes affecteraient fortement l’effort international de prévention des conflits. Les choix de Donald Trump démontrent, d’après le Washington Post, qu’il favorise la démonstration de force (augmentation du budget de la défense) à des programmes de longue haleine pour promouvoir la paix.

Des programmes sociaux sacrifiés

“N’a pas fait ses preuves”, “fait doublon”, “peut mieux être géré par le secteur privé”. Ces affirmations servent de justification pour l’abandon d’un important nombre de programmes qui ont tous en commun de venir en aide à des populations en difficulté.

Parmi les aides que Donald Trump veut supprimer : le “Federal Supplemental Educational Opportunity Grant Program” qui disposait de 732 millions de dollars pour offrir des bourses à des étudiants en difficulté financière. Un autre programme qui, avec un budget de 3,4 milliards de dollars, permettaient aux personnes âgées et aux plus pauvres d'acquitter leurs factures de gaz et d’électricité serait aussi abandonné. En tout, plus d’une quarantaine de programmes seraient ainsi en danger.

La balle est maintenant dans le camp du Congrès, chargé d’écrire le texte final. Le plan de Donald Trump n’est qu’une succession de propositions. Elles en disent long sur l’Amérique, selon Donald Trump.

– Article initialement publié sur France 24.

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