Sur le Web, trop peu de sites sont développés en tenant compte des normes d’accessibilité numérique.

Selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé, plus d’un milliard de personnes vivent avec un handicap. Plus de la moitié d’entre elles sont concernées par l’accessibilité numérique, dont près de 100 millions en Europe et 12 millions en France. Aide vocale, téléphone mobile, vidéos sous-titrées, objets connectés, certaines évolutions technologiques apportent une aide précieuse aux handicapés.

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Seuls 10 % des sites Internet français affichent leur niveau d’accessibilité. Un chiffre qui en dit long sur la place accordée aux aménagements indispensables pour permettre aux handicapés d’accéder aux informations disponibles sur la Toile.

#NoMouse, naviguer sans souris

Surfer sur le Web sans les yeux, les mains ou les oreilles, c’est l’expérience proposée par #NoMouse, une opération lancée le 19 mai dernier, au cours de la Journée mondiale de sensibilisation à l’accessibilité. Relever le défi d’une navigation sur Internet sans l’aide de la souris, uniquement via les touches du clavier, permet de mieux comprendre le tour de force que réalisent ceux qui sont privés d’un ou plusieurs de leurs sens. Si le mode opératoire est complexe, une fois maîtrisé, le constat est implacable : il est très souvent impossible d’accéder aux contenus.

Pour que les conditions d’accessibilité soient réunies, matériel informatique, code de développement des sites et contenus proposés doivent être adaptés au handicap de la personne.

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Une personne aveugle utilise une plage braille pour surfer sur le Web.
Pallava Bagla/Corbis via Getty Images

Les personnes aveugles utilisent soit un logiciel d’assistance vocale qui lit tout ce qui est écrit à l’écran, soit un logiciel qui retranscrit en braille le contenu sur un objet connecté à l’ordinateur. Dans les deux cas, les images ne passent pas. Il faut donc qu’il y ait une description précise de ces éléments pour compenser l’impossibilité de les voir.

Les malvoyants ont besoin d’adapter l’apparence du texte : taille, couleurs, contraste avec le fond... Lors de l’agrandissement, ou du zoom sur une partie de la page, des parties de textes disparaissent ou des contenus sont déstructurés ou ne peuvent être agrandis si le site Web ne comporte pas les éléments techniques de code permettant l’utilisation des aides ou la modification de la présentation des textes.

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Un handicapé déplace la souris de son ordinateur avec le menton.
Jack Guez, AFP

Les personnes en situation de handicap moteur, qui ne peuvent pas utiliser la souris, naviguent uniquement par leur clavier via une assistance vocale, un clavier virtuel ou un dispositif de pointage adapté (trackball, joystick, headstick...).

Les handicapés cognitifs ou les personnes atteintes de dyslexie ont besoin d’assistances auditives ou qui changent l’apparence du texte.

Les sourds ou les malentendants ne peuvent accéder aux contenus audio et ont donc besoin de transcription textuelle, de sous-titres ou de traduction en langue des signes.

Comment réduire la fracture numérique qui touche les handicapés ?

Dès 1999, le World Wide Web Consortium a lancé l’Initiative pour l’accessibilité du Web (WAI) et a publié 92 recommandations pour la conception de sites utilisables par tous sans distinction de sexe, d’âge, de situation ou de handicap. Mais ces recommandations étant peu appliquées pour tenter de réduire la fracture numérique qui touche les handicapés, une grande majorité de pays dans le monde a adopté des dispositions en faveur de l’accessibilité.

La Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées a été ratifiée par 103 pays, dont la France et l’Union européenne. Elle stipule, entre autres, que tous les services doivent être accessibles aux personnes handicapées (article 9).

Seuls 54 % des Américains handicapés utilisent Internet

Les États-Unis ont adopté, en 1998, un amendement nommé "Section 508", qui porte sur l’accessibilité des sites fédéraux et des ressources électroniques du gouvernement. Malgré ces mesures, l’accès à Internet reste un challenge pour les personnes handicapées américaines, selon le site Pew Internet & American Life Project. Le rapport souligne que seulement 54 % des handicapés utilisent Internet, ce qui représente 30 % de moins que les personnes valides.

En 2012, l’Union européenne proposait des règles pour rendre les sites Web du secteur public accessibles à tous. Mais les mesures prises dans les pays européens pour favoriser l’accessibilité numérique restent encore ponctuelles et manquent de cohérence globale. Certains pays européens ont pourtant légiféré depuis de nombreuses années : l’Irlande (Disability Act, 1999), le Royaume-Uni (Disability Discrimination Act, 1995), l’Allemagne et l’Espagne (2002), la Grèce (2003)...

En France, la loi du 11 février 2005, "Pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées" impose l’accessibilité des services de communication publique en ligne. Mais cette loi ne concerne pas tous les sites Web et n’est assortie d’aucune sanction dissuasive. Le 7 octobre dernier, une nouvelle loi "pour une République numérique" élargissant la garantie de l’accès au numérique pour tous a été promulguée, mais toujours sans aucune mesure répressive.

Lors d’une manifestation sur l’accessibilité numérique, Ségolène Neuville, secrétaire d'État chargée des Personnes handicapées et de la Lutte contre l'exclusion, précisait : "L’accessibilité numérique, ce n’est pas un supplément d’âme à avoir, c’est permettre l’accès à un droit citoyen." Or l’impact de l’accessibilité numérique est omniprésent tant au cours de la scolarité que dans la vie professionnelle. Un point important au regard du taux de chômage des personnes handicapées qui atteind 20 %. Il est en moyenne deux fois plus élevé que le chômage des personnes qui n’ont pas de handicap.

– Article de Véronique Baral initialement publié sur le site de RFI.

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