Google teste un programme de contre-propagande, dont les premiers résultats ont été communiqués à Wired mercredi. Objectif : cibler les aspirants jihadistes sur YouTube en leur suggérant des vidéos qui réfutent le discours de l'EI.

La guerre contre l’organisation État islamique se poursuit sur le Web. Google a révélé les premiers résultats de son programme pilote de déradicalisation annoncé en février dernier. Baptisé "The Redirect Method", il repose sur la technique de la publicité ciblée et vise les internautes sensibles à la propagande de l'EI sur YouTube.

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"On prend les individus vulnérables et sensibles à la campagne de recrutement de l’État islamique, et on leur montre de l’information qui vient réfuter cette propagande", explique Yasmin Green, la directrice de la section recherche et développement chez Jigsaw, dans un entretien à Wired paru mecredi 7 septembre et revenant sur le premier bilan du programme testé pendant huit semaines cette année.

Des vidéos de contre-propagande en anglais et en arabe

Pour ce faire, l’algorithme est capable d'identifier 1 700 mots-clés, retenus par Google comme ayant trait au jihadisme, à l'instar de "Fatwa pour la Syrie", "itinéraire vers la Syrie" etc. À chaque fois qu’un internaute recherche ces mots, il voit ainsi apparaître dans ses suggestions des liens renvoyant vers des vidéos faisant entendre un contre-discours.

1 700 mots-clés enregistrés

Toutes ces vidéos – pour l'heure exclusivement en arabe ou en anglais –  ont été selectionnées par Google sur la base des contenus déjà existants sur YouTube. Parmi elles figurent notamment des témoignages d’anciens djihadistes, des prêches d’imams ou encore des vidéos filmées à l’intérieur des territoires contrôlés par le groupe terroriste, à l'instar de cet enregistrement à Raqqa dans lequel on peut voir des Syriens faire la queue pour manger.

"Donner des informations plus fiables"

Quant à la question de l’identification de ces internautes aspirant jihadistes, Google assure être prêt à coopérer avec les gouvernements. Mais Yasmin Green insiste : l’objectif premier ne vise pas à identifier mais à changer les opinions. "Nous avons là des gens qui prennent des décisions sur la base d’une information tronquée", assure la directrice. "Nous pouvons lutter contre les départs en Syrie en donnant à chaque individu des informations plus fiables."

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Au bout de deux mois, plus de 300 000 personnes ont été ciblées par les vidéos de contre-propagande qui enregistrent un taux de clic trois fois plus élevé que la moyenne des pub ciblées Google. Difficile néanmoins d’évaluer l’efficacité d’une telle méthode pour l’heure, mais Google est prêt à faire le pari et souhaite étendre son programme. Prochaine cible à compter des prochains jours : les suprémacistes blancs américains.

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