Les émoticônes disponible sur nos portables et nos ordinateurs ne sortent pas de nulle part : ils sont le fruit du travail du Consortium Unicode, qui approuve ou rejette de nouveaux symboles. Voilà comment soumettre le vôtre.

Récemment, des Australiens se sont mobilisés pour que les drapeaux des Aborigènes australiens et des Indigènes du détroit de Torrès soient inclus à la liste des émoticônes. On a aussi vu passer quelques pétitions, pour des émoticônes roux, des émoticônes boulettes... Et quelques marques ont tenté de s'incruster. Mais c'est le Consortium Unicode qu'il revient de trancher.

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Cette organisation à but non-lucratif unifie et standardise les lettres et caractères sur les ordinateurs et téléphones grâce au système Unicode. En gros, elle s'assure que chaque device peut lire et afficher les caractères envoyés par un autre, histoire qu'on évite ces irritants petits rectangles blancs qui remplacent un symbole non reconnu.

Tous les ans, l'Unicode est actualisé, et de nouveaux émoticônes apparaissent. Unicode 8.0 a intégré la licorne et le visage pensif, et Unicode 9.0 nous a gracieusement offert les émojis bacon et avocat.

C'est aux fabricants de matériel informatique et aux créateurs de logiciels de choisir quand ils adoptent la dernière version d'Unicode. En général, ils font la mise à jour dès que possible. Pour en savoir plus sur l'histoire d'Unicode et des émoticônes, c'est par ici.

Comment proposer une émoticône à Unicode ?

J'espère que vous avez beaucoup de temps libre et une sacrée dose de motivation. Le processus de soumission d'un émoji est fastidieux. Mais assez gratifiant, il faut le dire. Il faut remplir un certain nombre de critères très précis détaillés par le Consortium.

Il existe deux exigences primordiales : la compatibilité et le potentiel d'utilisation.

La compatibilité se réfère au besoin d'Unicode d'intégrer un émoji spécifique, qui serait par exemple déjà populaire sur des plateformes comme Snapchat, Twitter ou autre.

Quant au potentiel d'utilisation, il s'agit là de prouver que l'émoticône serait vraiment utile, dans des contextes nombreux et différents. L'émoji doit pouvoir avoir un usage multiple, dans son sens littéral comme métaphorique et symbolique.

Par exemple, le Consortium Unicod considère que "les têtes de chat, de cochon ou de lapin peuvent être utilisées pour évoquer des sentiments positifs, alors que l'émoticône araignée peut évoquer des sensations négatives".

D'autres facteurs comptent dans la sélection d'un émoji : la distinction (par rapport à un autre) et la complémentarité. Le nombre de requêtes d'un certain symbole compte aussi, comme pour les drapeaux des Aborigènes australiens et des Indigènes du détroit de Torrès.

L'effet des pétitions est "surestimé" comparé aux critères de sélection du Consortium

La distinction, c'est le caractère unique que doit posséder un émoji, pour qu'il soit différent et distinct des autres. Et un émoticône "complémentaire" sera ajouté car il permet de venir complérer une collection ou un thème existant et lacunaire. Dans Unicode 8.0, cinq signes ont été ajoutés pour compléter le zodiaque.

Pour le Consortium, l'effet des pétitions est "surestimé" : elles ont peu de conséquences sur les chances de voir un émoji retenu dans Unicode, alors que les facteurs pré-cités comptent énormément.

C'est quoi une bonne émoticône ?

On ne peut répondre que négativement à cette question : on sait seulement qu'est-ce qui est un mauvais émoji.

Le Consortium Unicode n'a pas de temps à consacrer à des émoticônes trop spécifiques. Vous avez l'émoji frites, alors oubliez les potatoes, elles seront rejetées.

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N'essayez pas non plus de proposer des émojis "illimités", du genre qu'on peut proposer en mille exemplaires. Vous avez envie d'une balle de tennis rose ? Contentez-vous de la couleur habituelle, le Consortium n'a pas que ça à faire.

Les logos, marques, icônes informatiques, signatures, personnages connus et déités sont exclus à jamais. Faites votre deuil : Unicode n'adoubera jamais votre émoji Pikachu. Idem pour les symboles "passagers" (les modes quoi).

Dans combien de temps verrai-je mon émoticône dans Unicode ?

De la proposition à l'implémentation dans Unicode : un an et demi, d'après le calendrier du Consortium lui-même.

Les propositions doivent être faites avant le 1er octobre de chaque année si elles veulent apparaître dans la version suivante. L'émoticône passe par un sous-comité, qui décide si votre petit symbole mérite d'être transféré au Comité Technique Unicode (UTC), qui a le dernier mot.

L'UTC se réunit plusieurs fois pour discuter des propositions, jusqu'à atteindre un consensus. Votre émoji peut être tout simplement rejeté ou vous revenir pour des modifications (il y a donc encore de l'espoir pour lui). S'il est accepté, ATTENTION !, ce n'est pas encore un émoji officiel. Seulement un émoji candidat. Et à la fin de l'année, l'UTC décide lesquels des émojis candidats seront les élus de la prochaine version de l'Unicode.

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Voilà le difficile périple des émoticônes jusqu'à la reconnaissance totale et internationale. Tout ça pour pouvoir envoyer une licorne ou un Pikachu (on a dit non !) à vos amis.

Cela dit, si vous n'êtes pas découragé, les propositions se font juste ici. On vous souhaite bien du courage !

– Adapté par Charlotte Viguié. Retrouvez la version originale sur Mashable.

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