Une douce lumière bleutée, comme celle que l’on peut apercevoir la nuit dans les mers chaudes. Voici avec quoi cette petite entreprise française, qui suscite l’engouement depuis plus d’un an, compte éclairer nos villes plus éthiquement.

Son nom vous dit peut-être quelque chose. Et pour cause, en trois ans d’existence, Glowee est devenue l’une des start-up françaises préférées des médias.

Si elle a déjà remporté plusieurs prix et séduit de futurs partenaires, c’est peut-être à la COP21, grande conférence sur le climat organisée à Paris fin 2015, qu’elle aura su se faire le plus remarquer. Car sa place parmi les 21 start-up ambassadrices de la French Tech a laissé entendre qu’elle était bien partie pour devenir l’une des fiertés nationale du développement durable si elle parvenait à atteindre ses objectifs.

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Pour rappel, la petite entreprise fondée en 2013 par trois étudiants en école de commerce entend révolutionner l’éclairage urbain grâce à la bioluminescence, soit la lumière émise par des organismes naturels comme le plancton, certaines méduses ou encore les calamars. Cette technologique lui permettrait ainsi de réduire drastiquement l’empreinte énergétique que laisse actuellement l’éclairage de nombreuses façades, des monuments ou des vitrines de magasins dans la plupart des grandes villes du monde, notamment la nuit.

Leur méthode ? La manipulation génétique de bactéries, inoffensives pour l’homme, et leur mélange à des nutriments afin de former un gel. Cette "matière première", comme l’appelle Sandra Rey, l’une des trois cofondatrices aujourd’hui seule à la barre, est, en gros, ce que l’on pourrait assimiler au filament d’une ampoule. Le globe de verre, lui, est remplacé par une coque en résine organique dans laquelle est encapsulée cette substance bioluminescente. "Pour la forme de cette fameuse capsule, tout est possible. C’est l’avantage : notre matière peut s’adapter à n’importe quel type de contenu", explique la jeune entrepreneure à Mashable FR.

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Glowee

Objectif longévité

Glowee emploie aujourd’hui une dizaine de personnes pour relever les défis qui l’attendent encore : d’abord, et surtout, la durée de vie de cet éclairage, pour l’instant trop courte pour que l’entreprise se décide à commercialiser à grande échelle son élixir bactérien. "On n’a pas encore un produit optimum, c’est pourquoi on ne le vend pour l’instant que dans le secteur de l’évènementiel, où tout reste éphémère", explique San Rey.

"À nos débuts, cette lumière ne durait que quelques secondes. L’année dernière, on est parvenus à la prolonger jusqu’à 48 heures et ces dernières semaines, on a atteint les 72 heures. Soit trois jours de lumière en continu." D’ici à la fin de l’année, Glowee s’est fixé comme objectif de dépasser la barre des 7 jours. "Ce qui est amusant dans le fond, c’est qu’on n'a pas vraiment idée de jusqu'où on peut aller."

"On n’a pas vraiment idée de jusqu’où on peut aller" 

Autre enjeu pour la start-up : l’intensité de cette lumière bleutée, même si elle n’a pas la prétention de concurrencer les éclairages dits de "visibilité", comme les sources de lumières domestiques ou les puissants lampadaires de rue. "On vise plutôt à remplacer les lumières qui mettent en valeur ou qui 'signalent' dans les villes." 

La bioluminescence serait aussi un moyen de combler les "trous noirs" dans certaines zones rurales, c'est à dire les zones plongées totalement dans l'obscurité comme les petites routes de campagne. "En veillant toutefois à ne pas perturber les écosystèmes", précise Sandra Rey. Car la diminution de la pollution lumineuse, Glowee en a fait l’un de ses arguments dès le début de son aventure. "On sait que l’on serait capable de multiplier jusqu’à 10 fois la puissance lumineuse de nos bactéries, mais ça ne nous intéresse pas plus que ça pour l’instant."

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Glowee

L’équipe réfléchit actuellement à des appareils hybrides, qui combineraient éclairage classique et biolumiscence, en basculant d’un mode à l’autre quand aucune présence humaine n’est signalée. "On ne se présente pas comme une solution radicale", insiste la jeune chef d’entreprise. Radicale, peut-être pas, mais disruptive, ça oui.

Quantités industrielles

Étonnement, la production du gel à grande échelle est peut-être l’étape la moins problématique pour Glowee. Après s’être offert son propre laboratoire et avoir levé, grâce au crowdfunding, près de 600 000 euros, l'entreprise s’apprête à monter à la rentrée une "structure de bioproduction" qui permettra l’industrialisation de son produit. "L’avantage des bactéries, c’est qu’elles se reproduisent seules en un rien de temps. Donc produire de grandes quantités en laboratoire n’est pas du tout un problème, contrairement à ce que l'on pourrait le croire".

Au sein de ce nouvel espace de travail, l’équipe de Glowee pourra aussi tenter de trouver de nouvelles formes à son produit en repensant les contenants, et ainsi diversifier sa clientèle. "On sait déjà comment activer la lumière quand on le souhaite. Le processus inverse – celui qui consiste à l'arrêter – est beaucoup plus compliqué. Mais peut-être qu'on y parviendra un jour".

S'allier aux bactéries et les doter d'un bouton "On-Off" pour se faire plus discret sur notre planète : le voilà, l'avenir.

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