Non, Apple n'est pas en train de louper volontairement, ou involontairement, le train à grand vitesse de la réalité virtuelle.

Au cours des derniers mois, Facebook, Microsoft et Google ont tous fait la part belle aux technologies que sont la réalité virtuelle et la réalité augmentée.

Le principal concurrent d’Apple, Samsung, s’est même déjà imposé sur le marché avec son Samsung Gear VR, devenu rapidement l’un des plus populaires auprès du public (notamment pour son prix imbattable, 99 €, voire moins cher chez certains revendeurs). Sony, de son côté, s’apprête à sortir son Sony Playstation VR, quand HTC Vive commence tout juste les envois clients.

Les développeurs du monde entier ont, eux, reçu dès le mois de mars leur kit HoloLens, et l’Oculus Rift est déjà entre les mains de leurs heureux (et fortunés) acheteurs.

On estime que, en 2020, l’industrie de la réalité virtuelle pèsera plus de 150 milliards de dollars. Autant dire que tout investissement dans cette technologie n’a plus grand-chose de risqué.

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Pourtant, le CEO d’Apple, Tim Cook, n’a pas prononcé une seule fois les mots "réalité virtuelle" ou "réalité augmentée" durant sa dernière keynote à la WWDC 2016, le 13 juin dernier. Apple se ficherait-il donc comme de l’an 40 de cette technologie encore balbutiante ? Loin de là.

"Cela ne me surprend pas qu’Apple n’ait pas encore mis le pied dans la VR", explique Tim Bajarin, analyste en chef chez Creative Strategies. "Ils sont encore en phase d’observation."

"Ils sont encore en phase d’observation"

Après tout, regarder placidement un marché en développement – en particulier lorsqu’il concerne une technologie qui ne parvient pas encore pleinement à répondre aux attentes des consommateurs – correspond à ce qu’a toujours fait Apple. La marque à la pomme s’est rarement érigée en pionnière dans un quelconque domaine.

Elle a même souvent été jusqu’à attendre que la poussière recouvre les cartons de ses entrepôts avant d’enfin livrer son produit, et ce parce qu'elle a toujours voulu atteindre l'aboutissement parfait de ses produits. Prenez l’iPod, l’iPhone ou l’iPad. Pour chacun, des années et des années de développement ont été nécessaires avant de lancer leur tonitruant top départ sur le marché (souvenez-vous, les lecteurs MP3 se portaient très bien avant que l’iPod ne déverse son flot de couleurs dans les rayons high-tech).

Oui, lorsqu’Apple déboule sur un marché, c’est qu’il estime avoir conçu un produit optimum. Et pour l’instant, en matière de réalité virtuelle, de l’eau doit encore couler sous les ponts avant de parvenir à créer quelque chose dans ce genre-là.

Toute la puissance d’un casque devrait-elle être concentrée dans le casque en lui-même ou dans le PC ? Le contrôle doit-il s’effectuer depuis la tête ou depuis les mains ? Les incertitudes – en l'occurrence encore nombreuses – Apple les a toujours fuies.

Lorsqu’Apple déboule sur un marché, c’est qu’il estime avoir conçu un produit optimum

"Apple attend que la technologie et l’expérience utilisateur qui en découle soit plus naturelle et plus simple d’approche pour le consommateur", estime Patrick Moorhead, président de Moor Insights & Strategy, une agence d’analyse high-tech. "Je pense qu’Apple tentera de se positionner sur un appareil de réalité mixte, avec au moins 4K de résolution par œil."

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Opinion partagée par la plupart des observateurs : le moment pour Apple de se lancer dans la VR et l'AR n’est pas encore venu. "Apple n’a pas tendance à bouger à la moindre ondulation du marché. Il attend plutôt que les vagues soient suffisamment fortes pour proposer un produit qui sera en totale adéquation avec les attentes des consommateurs", explique Brian Blau de chez Gartner.

Ce qu'il se passe en coulisses

A l’exception d’un moment furtif, en janvier, où Tim Cook a qualifié la VR de "super cool", Apple n’a pas encore fait un seul commentaire sur la manière dont il comptait, à un moment ou un autre, aborder cette technologie. Contactée par Mashable, l’entreprise n’a pas souhaité briser son silence.

"Une série de graphiques et de brevets prouvent qu’ils détiennent certaines choses en la matière", affirme Brian Blau. "Ils ont également fait des acquisitions intéressantes au cours des dernières années en matière de hardware et software immersif, comme avec Primesense et Metaio."

Enfin, on sait qu’il existe au moins une demande de brevet pour un casque VR ou AR signé Apple, même si cela n’acte en aucun cas son intention de développer quoi que ce soit de ce côté-là. Bien souvent, une entreprise dépose d’ailleurs un brevet dans le simple but de protéger une idée.

Ni le temps, ni la place

Certes, on adorerait voir Apple sortir, à la manière de Facebook et de Google, l’une de ces démos futuristes en VR ou AR. Mais il faut se rendre à l’évidence : Apple n’en fera rien, et utilisera encore moins sa WWDC pour ce genre d’annonces.

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À l’inverse de Google et Microsoft, qui comptent un nombre important de partenaires (ceux-là mêmes qui développent des dispositifs sur Android et Windows), les collaborateurs d’Apple se concentrent presque tous autour des applications et des accessoires. "Microsoft et Google se doivent de faire en sorte que leurs partenaires soient matériellement prêts au moment où tout s’accélérera", analyse Patrick Moorhead.

Ils dévoileront leur saint-matériel, par le biais de quelques rares applications abouties

Apple, lui, se "contente" d'inventer l’iPhone, l’iPad, l’Apple TV et l’Apple Watch. Et tout le monde, dans la foulée, s’attache à imaginer ce qui pourra fonctionner avec cet écosystème particulier. Mieux vaut se le dire tout de suite : quand Apple daignera se tourner vers la VR et l’AR, la donne n’aura aucune raison de changer. Ils dévoileront leur saint-matériel, par le biais de quelques rares applications qui seront déjà abouties, et encourageront ensuite les développeurs (les rares à qui ils accordent leur confiance) à commencer la conception d'applications destinées au dispositif.

Apple peut-il vraiment arriver en retard à la fête et remporter la couronne du roi de la promo ? La réponse est oui, certainement. "Même s’ils débarquent tardivement dans le monde de la VR, ils peuvent tout à fait s’y hisser à une place dominante – à condition que leur offre soit à la hauteur du marché et en harmonie avec leur univers", conclut Tim Bajarin.

Alors oui, Apple est à la traîne. Mais pour mieux prendre son élan. 

– Adapté par Marine Benoit. Retrouvez la version originale sur Mashable.

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