Je n’ai pas tout de suite été séduit par la dernière version du HoloLens. Mais ça, c’était avant de l’essayer.

Je me suis rendu à San Francisco pour assister à la conférence Build de Microsoft dédiée aux développeurs. Mon objectif : tester le kit de démo du casque de réalité augmentée HoloLens que Microsoft envoie en ce moment aux développeurs qui l’ont précommandé pour 3 000 dollars, soit 2 600 euros environ.

VOIR AUSSI : Déballage du kit de développement du casque HoloLens de Microsoft

Ce n’était pas ma première expérience avec le HoloLens, mais c’était la première fois que j’en recevais un exemplaire, le déballais et l’utilisais tout seul pendant plusieurs heures.

À noter ce qui s’avère peut-être le plus important : je pouvais pour la première fois documenter mon expérience en photos, vidéos et même en Vines. Avant de raconter ce que j’ai ressenti, vu et entendu, il faut d’abord que j’explique à quoi correspond concrètement l’édition développeur du HoloLens .

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Ce n’est pas un jeu

Si le HoloLens de Microsoft est décrit comme un casque de réalité augmentée – ou comme Microsoft l’appelle, un "ordinateur holographique" – il est pourtant tout l’inverse de la réalité virtuelle qui vous coupe de la réalité qu’elle remplace par un monde fantastique. Le HoloLens ne coupe pas du monde : il le "sublime" en créant ce qu’on pourrait appeler une "réalité mixte".

La version développeur du HoloLens prend la forme d’une visière plutôt que de lunettes rondes. Et le casque audio fourni avec ne bloque pas le son du monde extérieur comme pourraient le faire de simple écouteurs.

Le HoloLens se distingue aussi de la réalité virtuelle en ce qu’il ne doit pas être connecté à un ordinateur ou un Smartphone : tout est contenu dans le casque fourni. À la différence de l’Oculus Rifts ou du HTC Vives, qui commencent à inonder les marchés grands publics, le HoloLens n’est pour l’instant disponible que pour les développeurs et les hommes d’affaires.

La sortie du produit a été organisée de telle manière à ce qu’elle engage différentes communautés et qu’elle dévoile la variété d’utilisations possibles du HoloLens, au bureau, dans les usines, dans les laboratoires et même dans les salles de classe. Bien sûr, je ne travaille dans aucun de ces secteurs. Mais la version développeur du HoloLens parvient tout de même à être engageante et amusante. 

Au-delà de l’ordinateur

Le HoloLens fonctionne avec le système d’exploitation Windows 10 mais ne ressemble en rien à un simple ordinateur. 

L’annonce du lancement du HoloLens, le 21 janvier 2015, avait été une surprise pour beaucoup de monde. À sa sortie, la version du casque de réalité augmentée était déjà bien aboutie même si en l’essayant à l’époque, je ne l’avais pas trouvé très confortable à l’utilisation.  

J’ai immédiatement remarqué que les 579 grammes de la version développeur du HoloLens était bien plus confortable que le précédent modèle. Et en plus, sa visière incurvée finition noir mat est plutôt cool à porter. Microsoft m’a confié que des dizaines d’ajustements avaient été faits depuis la dernière fois que j’avais testé l’appareil, et m’a rapidement briefé sur la manière dont utiliser le casque.

C’est assez simple : le casque qui n’est pas complètement clos comprend deux anneaux. Celui à l’extérieur contient la visière et tous les composants technologiques qui créent l’expérience (capteurs, micros, haut-parleurs, caméras, verres, unité centrale). Il y a quatre boutons sur le dessus (deux de chaque côté, un pour le volume et l’autre pour la luminosité de l’écran) et un bouton pour l’allumer sur un des côtés.    

Le second anneau intérieur est un soutien supplémentaire pour la tête. Il peut s’orienter à un angle de 45 degrés depuis la visière. Il y a une molette à l’arrière pour l’ajuster. Le HoloLens est aussi fourni avec une sangle qui peut être ajoutée à l’anneau intérieur et se place au-dessus de votre tête. Mais je n’en ai pas eu besoin.

J’ai positionné le casque du HoloLens sur ma tête avant de l’ajuster. Je l’ai serré, mais pas trop pour ne pas être gêné. Il y a une protection pour le nez, mais les lunettes ne reposent finalement pas tellement dessus. Il est aussi possible de pousser la visière plus ou moins loin de son visage.

Une première impression brillante

Un tutoriel s’affiche sur l’écran et explique comment positionner la visière de manière à voir au mieux les cubes bleus qui flottent maintenant autour de moi, et contrôler l’engin à l’aide de la voix et des gestes. J’ai dû apprendre à regarder ce que je voulais contrôler, ce qui est finalement assez naturel – le HoloLens traque à la fois les mouvements de la tête et des yeux – en plus d’utiliser l’assistant vocal de Microsoft Cortana pour manier le casque avec la voix.

La manière la plus facile de contrôler le casque réside dans la gestuelle. Les cinq gestes essentiels sont : le Air Touch, un sorte de geste de moulinet (comme si vous jetiez de l’eau dans l’air),  et trois autres qui consistent distinctement à pincer, pousser, tirer.  

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Pour faire un Air Touch, il faut positionner sa main devant sa tête et pointer un doigt en l’air et ensuite tapoter vers le bas. C’est le geste le plus courant, et je l’ai tellement fait que j’avais mal au doigt à la fin (Dieu merci le paquet à 3000 dollars contient aussi un bouton Bluetooth qu’on peut utiliser à la place du mouvement Air Touch).

Les écrans du HoloLens sont placés tellement prêts de chaque œil qu’il est nécessaire que chaque image soit bien en face des yeux pour que l’effet 3D soit réussi. La seule manière pour que cela marche est de mesurer la distance entre les pupilles pour chaque utilisateur. Dans la version démo que j’avais essayée précédemment, Microsoft devait mesurer cette distance avec un instrument spécial utilisé par les opticiens. Plus maintenant.   

Car sur cette nouvelle version, le système s’ajuste automatiquement grâce à vos indications. Il vous demande de fermer un œil et ensuite de positionner un doigt sur une image qui s’affiche devant vous – ce que Microsoft appelle un "hologramme". Il faut répéter l’opération environ cinq fois pour chaque œil avant que le casque soit ajusté à vos yeux. Cela demande un peu de temps, mais au final tout marche bien.

L’univers de l’hologramme

Si vous avez déjà essayé la réalité virtuelle, vous savez déjà que vous regardez directement des écrans qui occultent complétement votre champs de vision. Avec le HoloLens, vous regardez à travers deux lentilles dans lesquelles sont projetés des hologrammes en 3D. L’image est en HD mais Microsoft ne peut pas donner des données en termes de résolution à proprement parler. Il s’agit plutôt de "points de lumière" – au nombre de 2,3 millions – et d’une "densité holographique" – 2500 points de lumière par radian.  

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La plupart des choses que j’ai vues dans le HoloLens semblaient assez réelles pour être touchées, mais les images qu’il en reste ne sont pas vraiment représentatives de la qualité de l’expérience. Devant le casque HoloLens, une paire de caméras construit un plan en 3D de l’environnement.  

VOIR AUSSI : Comment générer un hologramme en 3D avec son smartphone

Au final, tout ce que j’ai vu à travers la visière – et  au moins une douzaine d’hologrammes était projetés dans la pièce – interagissait avec le monde physique comme s’ils étaient vraiment là.

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Une fenêtre sur une réalité mixte

Parmi les critiques majeures portées au HoloLens de Microsoft, beaucoup regrettent son champ de vision assez réduit. Et c’est vrai que l’espace dédié aux hologrammes ne remplit pas entièrement votre champ. Mais ce n’est pas tout. 

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Étant donné que la surface du navigateur suivant votre regard, la fenêtre donne l’impression de voir plus que ne donne à voir la réalité virtuelle. Dans la démo HoloTours, j’ai utilisé un globe terrestre pour voyager au Pérou. Au début, un objet péruvien est apparu devant moi. Puis  quelques instants plus tard, mon environnement entier était devenu un paysage péruvien. Le sol en lino gris à mes pieds,  s’est transformé en gravier poussiéreux beige. À ma droite, des touristes et au-dessus de moi le sommet d’une montagne. J’étais au Pérou, et pourtant fermement ancré dans le sol de ma chambre d’hôtel. C’est toute la beauté de la réalité mixte, même si l’espace de visionnage est relativement restreint.

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Dans ma démo, j’ai utilisé les commandes gestuelles et vocales pour contrôler le HoloLens. Je suis devenu assez bon dans l’art d’attraper les choses, de bouger autour d’elles et d’accéder aux menus – dont un correspond d’ailleurs bien au menu de Windows Start. J’ai même réussi à faire en sorte que le système enregistre des vidéos et des photos de mon expérience, grâce à une caméra vidéo 2-megapixel/1080p situé au centre de la visière. J’ai aussi utilisé l’assistant vocal Cortane, qui était plutôt pointilleux. Mais Même si le HoloLens est équipé de quatre micros d’enregistrement, Cortana ne me comprenait malheureusement pas tout le temps.

J’ai aussi joué au jeu Robo Raid (que j’avais aussi essayé dans ma précédente démo) et je me suis vraiment amusée à tirer sur des aliens qui surgissaient des murs de l’hôtel. Ne l’essayez pas lorsque vos fenêtres sont ouvertes. À un moment, des aliens affluaient à travers un portail virtuel au niveau de la fenêtre, mais je ne pouvais pas bien les distinguer à cause de la lumière qui y était diffusée.

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J’ai aussi regardé la télé, et ouvert plusieurs fenêtres du navigateur Microsoft Edge. Je ne pas sais pas exactement s’il est possible d’installer d’autres navigateurs sur le HoloLens, même sur PC. Cela dit, j’ai pu ajouter des périphériques comme une clé Bluetooth. Un outil que je recommande aux potentiels utilisateurs du HoloLens, l’acte de taper dans l’air l’adresse Url n’étant pas hyper plaisant (il est possible de dicter à l’oral l’adresse)

Place à la réalité

Microsoft n’essaie pas d’attirer des consommateurs, et d’ailleurs le prix de 3 000 dollars en refroidira beaucoup. Pour ma part, malgré plusieurs heures passées à découvrir cette nouvelle version du HoloLens, je n’avais pas l’impression d’avoir bien tout cerné. J’ai fini par prendre une pause.

Au bout de deux heures d’utilisation, j’ai arrêté de marcher dans la chambre de l’hôtel choisie par Microsoft pour ma démo. Fatigué, je me suis affalé sur le canapé mis à disposition, les pieds posés sur la table basse.

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Quand j’étais arrivé dans la salle de démo, Microsoft avait placé un écran virtuel sur un grand mur. J’avais du mal à distinguer à quel endroit je serais le mieux placé pour voir l’écran.  C’est seulement une fois sur le canapé que j’ai remarqué (alors que je portais toujours le HoloLens) un autre écran virtuel. Je l’ai recadré et déplacé à une centaine de centimètres en face de moi.

Je pouvais le rapprocher ou l’éloigner à la main. Bien allongé sur mon canapé l’expérience était vraiment confortable. J’ai alors ouvert une autre fenêtre de navigation, en me connectant sur Twitter, que j’ai déplacé à ma droite, à 2 mètres de moi. Puis j’ai ajouté une autre fenêtre à ma gauche pour ouvrir un site de compétitions sportives, que j’ai ensuite placé au niveau de l’écran vidéo, en l’orientant vers moi. Pour le fun, j’ai ajouté une autre fenêtre au-dessus de ma tête.

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J’ai regardé autour de moi un instant pour réaliser que je venais de me construire mon propre univers virtuel.  Même si tout n’était pas parfait, j’ai saisi à ce moment précis le pouvoir et le potentiel qu’offrait le HoloLens.

Au bout de deux heures, j’ai fini par épuiser la batterie du HoloLens qui m’avait envoyé un message d’alerte au bout de 40% puis de 4%. D’un coup, il s’est éteint et un triste "Goodbye" s’est affiché en face de moi, avant de disparaitre à son tour.

Retour à la réalité.

Adapté par Chloé Rochereuil et Majda Abdellah. Retrouvez la version originale sur Mashable.

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