Après son écrasante victoire au jeu de Go, la machine AlphaGo pourrait bien s’attaquer à l’un des monuments du gaming stratégique.

L’intelligence artificielle n’aura jamais suscité autant d’engouement depuis son match de go historique contre le champion du monde en la matière, le Sud-coréen Lee Se-Dol. Découpée en cinq manches, la partie s’est achevée ce mardi 15 mars par une quatrième et dernière victoire du programme AlphaGo, contre une seulement pour le joueur "humain".

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Si l’on s’en tient aux récentes déclarations de Demis Hassabis, patron de DeepMind (la filiale de Google à l’origine du logiciel), AlphaGo et ses potentiels successeurs seraient loin d’avoir fini de faire parler d’eux. Dans une interview accordée au magazine américain The Verge, le fondateur de la société britannique a en effet évoqué l’idée de faire de "StarCraft", un jeu vidéo créé à la fin des années 1990, le prochain défi d’AlphaGo.

Bien que le go, jeu de plateau originaire de Chine aux innombrables possibilités stratégiques, était jusqu’alors considéré comme le challenge ultime pour une intelligence artificielle, cette référence dans le domaine du jeu vidéo de stratégie en temps réel (STR) pourrait bien devenir le nouveau Graal de DeepMind.  

Demis Hassabis
Sur la gauche, Demis Hassabis, patron de DeepMind, à WIRED2014.
Photonquantique/Flickr

Un jeu de stratégie "cachée"

"Il y a encore évidemment toutes sortes de jeux vidéo que les hommes manient mieux que les ordinateurs. 'StarCraft' par exemple, qui est aussi extrêmement populaire en Corée du Sud", a déclaré Demis Hassabis, suscitant l’excitation d’une partie du monde du gaming. A la question "Est-ce que vous seriez personnellement intéressé par le fait de gagner à StarCraft ?", il a répondu : "Peut-être." 

À la différence du jeu de go, où les positions sont visibles par les deux parties, "StarCraft" a la particularité de se jouer à "visage couvert", un peu comme au poker. "Jusqu’au tout dernier moment, un joueur a la possibilité de cacher sa stratégie à son adversaire. L’intérêt pour son opposant est évidemment de comprendre cette dernière le plus tôt possible, et donc pour le joueur en question de la maintenir secrète le plus longtemps possible", explique Alexandre Noci, aka Pomf, spécialiste de "StarCraft II" et commentateur de parties pour la web-TV O’Gaming.

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La crème de la crème

Dans un univers de science-fiction où s’affrontent trois espèces distinctes – les Terrans, descendants de bagnards terriens, les Zergs, insectes mutants, et les Protoss, humanoïdes très avancés – les joueurs s’affrontent en temps réel grâce au mode multijoueur. Pour remporter ces grandes batailles intergalactiques, ils doivent alors faire appel à leurs talents de stratèges de guerre. Et donc éveiller leurs instincts les plus tortueux. 

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Depuis la sortie en 1998 de "StarCraft", et celle, en 2010, d’un second opus intitulé "StarCraft II : Wings of Liberty", le jeu est considéré par nombre d’experts comme le meilleur du genre STR, voire comme l’un des meilleurs jeux vidéo jamais conçus. 

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Un combat très attendu 

Le grand défi pour AlphaGo, s’il parvient à pousser encore plus loin sa technique du deep learning et à développer de nouvelles capacités, sera donc de battre l’homme sur le terrain de la stratégie dissimulée. "Car sur d’autres aspects du jeu, AlphaGo a déjà de bonnes chances de s’imposer face aux meilleurs joueurs mondiaux", poursuit Alexandre Noci. En effet, le challenge "économique" - qui consiste à récolter des ressources matérielles nécessaires à la puissance de son camp - et celui de la tactique militaire classique, ne paraissent plus vraiment compliqués à relever pour l’intelligence artificielle.

Si DeepMind fait réellement de "Starcraft" son nouvel objectif, là encore, un Sud-coréen pourrait s’imposer comme un adversaire de taille : "Je pense à Flash, un joueur resté dans la légende de 'SC' et 'SCII'. Il est aujourd’hui à la retraite, mais il serait encore tout à fait capable de relever le défi", avance le commentateur.

En réalité, pour la communauté de gamers adeptes de "StarCraft", un tel affrontement, même remporté par l’IA, serait surtout une formidable occasion de planer dans les plus hautes sphères de son jeu favori. 

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