Le jackalope, notre nouvel animal totem.

La France a pour emblème le coq ; les États-Unis l'aigle et le Vietnam le dragon... Des animaux à la charge symbolique très forte.

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Mais la ville américaine de Douglas, elle, n'est pas du genre à suivre les tendances mainstream. En plein cœur du Wyoming, à l'ouest du pays, cette municipalité a pour symbole un animal un peu moins glorieux, mais surtout complètement fictionnel : le jackalope. Ça ressemble à ça :

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Un jackalope sauvage immortalisé dans le Grand Canyon aux États-Unis (non).
Mark Freeman/Flickr

Jackalope est un mot-valise constitué à partir des termes anglais jackrabbit (lièvre) et antelope (antilope). Vous l'aurez donc deviné : le jackalope est un lapin à cornes. À Douglas, la population est fascinée par cette boule de poils surmontée de bois. Tout ça à cause d'une plaisanterie de deux chasseurs, dans les années 1930.

Et si on posait des bois de cerf sur un lapin ?

Tout commence dans les années 1930, avec Douglas et Ralph Herrick, deux frères, chasseurs et taxidermistes à Douglas. De retour d'une journée de chasse, dans leur atelier, l'un des frères pose un lièvre mort qui glisse et tombe sur le sol, juste à côté d'une paire de bois de cerf. Ralph fait remarquer la scène à son frère qui propose, enthousiaste, de donner "vie" à cet animal fantastique, comme le raconte le New York Times.

Les frères vendent leur œuvre à Roy Ball, propriétaire de l'hôtel La Bonte à Douglas, pour la modique somme de 10 dollars. Face au succès de l'animal, ils en produisent d'autres. La vente de têtes de "jackalopes empaillés" prend de l'ampleur et devient un vrai business local. Le premier jackalope historique des frères Herrick est même volée à l'hôtel La Bonte en 1977, preuve d'un réel intérêt pour la bête imaginaire.

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Encore aujourd'hui, les jackalopes empaillés se vendent comme des petits pains jusque dans l'État américain de Dakota du Sud.
Markus Erk/Getty Images

Le jackalope, un animal réel – ou presque

Progressivement, les frères Herrick revoient un peu le mythe en posant des bois de cerf sur des lièvres car dans la mythologie, le jackalope possèdent en réalité des cornes d'antilope. En effet, l'animal n'a pas attendu le duo de chasseurs pour exister, puisqu'on en retrouve des traces dans la mythologie animale. Depuis le Moyen-Âge, des récits et gravures racontent l'existence de l'animal à travers le monde.

C'est finalement le scientifique Richard E. Shope qui met fin au mythe en 1933 en publiant une étude sur le papillomavirus (renommé depuis papillomavirus de Shope). Ce virus touche les lièvres et fait naître "plusieurs protubérances en forme de cornes sur différentes parties de leur corps."

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Un lièvre atteint du papillomavirus de Shope.
WD45/Flickr/Wikipedia Commons
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Un lapin atteint du papillomavirus de Shope photographié dans le Minnesota.
Education Images/UIG via Getty Images

Au diable la science : plutôt que de tuer le mythe, cette découverte scientifique l'alimente. Autour de la ville de Douglas, le symbole de l'animal prend de l'ampleur. Il devient le symbole de logos d'entreprises, le héros d'histoires et de dessins animés pour enfants... Un faux documentaire artisanal est même produit pour faire découvrir la bête au grand public.

Douglas, capitale du jackalope

La ville du Wyoming ne fait pas que suivre cette tendance, elle s'en fait carrément l'étendard depuis les années 1930. Comme le précise Atlas Obscura, Douglas s'est autoproclamée "Capitale mondiale du jackalope".

Plusieurs monuments ont d'ailleurs été érigés en l'honneur de l'animal fictif. Le premier date de 1965 et se trouvait sur un carrefour de la ville, mais un véhicule l'a embouti dans les années 1990. Qu'à cela ne tienne, la ville érige une autre statue de 2,4 mètres à "Jackalope Square", la plus grande effigie de l'animal jusqu'à présent.

Why yes, the world's largest jackalope is in Douglas, WY. I know you were wondering...

Une publication partagée par Ashley Ellison (@aellison37) le

En 2007, une autre statue voit le jour devant l'entrée du Douglas Railroad Interpretive Center. C'est actuellement le plus gros jackalope au monde, selon la ville de Douglas. Record à battre.

Tous les ans, la ville organise début juin la "Jackalope Days Celebration" pour rendre hommage à leur animal fétiche.

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Le logo officiel de la ville de Douglas, dans le Wyoming.

Une reconnaissance officielle difficile à obtenir

La Chambre de commerce de Douglas distribue depuis quelques années des permis de chasse au jackalope aux touristes comme aux habitants de la région. 

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Mais attention, les règles de chasse de l'animal sont strictes : le Q.I du chasseur doit être supérieur à 50 mais sans dépasser 72, et la chasse du jackalope n'est autorisée que le 31 juin (astucieux) entre minuit et 2 heures du matin. Autant vous dire que l'espèce est bien conservée.

Le chasseur doit avoir un Q.I entre 50 et 72 et il ne peut chasser que le 31 juin entre minuit et 2 heures du matin

En 2005, des législateurs du Wyoming tentent de faire reconnaître officiellement l'existence du jackalope et en faire l'animal symbolique de tout l'État. Chou blanc pour eux, car le projet de loi ne passera jamais la première lecture au Sénat. Les élus retentent le coup en 2013 et en 2015, toujours en vain. Si le jackalope est dans le cœur de tous les habitants du Wyoming, les sénateurs ne semblent pas prêts à faire de cette plaisanterie historique une réalité.

Après le dernier échec, le représentant républicain Dan Zwonitzer a confié au Casper Star Tribune : "Je continuerai de proposer [cette loi] jusqu'à ce qu'elle passe !". Nous sommes de tout cœur avec vous Dan. Vive le jackalope !

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