L'artiste Raphaël Fabre a soumis une demande de carte d'identité en glissant dans son dossier une image correspondant aux demandes officielles de la carte. À ceci près que la photo n'est pas une vraie photo d'identité mais une modélisation 3D.

La modélisation 3D est-elle en passe de supplanter l'authenticité d'une photographie ? L'artiste français Raphaël Fabre a tenté une expérimentation.

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"Le 7 avril 2017, j’ai fait une demande de carte d’identité à la mairie du 18e. Tous les papiers demandés pour la carte étaient légaux et authentiques, la demande a été acceptée et j’ai aujourd’hui ma nouvelle carte d’identité française", explique celui qui a soumis pour cette demande un modèle 3D réalisé sur ordinateur au lieu de l'habituelle photo d'identité.

Le résultat de procédés artificiels

Réalisée à partir de "plusieurs logiciels différents et des techniques utilisées pour les effets spéciaux au cinéma et dans l’industrie du jeu vidéo", l'image numérique est entièrement "le résultat de procédés artificiels", détaille Raphaël Fabre dans un post Facebook publié mardi 13 juin.

"Le portrait est réalisé en partant d’un cube sur un logiciel open source qui s’appelle Blender. Le cube est travaillé, modifié, re-sculpté dans d’autres logiciels pour préciser le trait. Le modèle est ensuite remis dans Blender, texturé, les cheveux sont générés par le logiciel, les yeux ajoutés, puis le tout est calculé par Blender pour devenir une image. Puis cette image est retouchée pour corriger les lumières et les proportions pour être la plus ressemblante possible", détaille-t-il à Mashable FR.

"Ce qui m’intéresse c’est le rapport que l’on a au corps et à l’image dans une époque où absolument tout est retouché, modifié, et idéalisé"

Aujourd'hui, la pièce d'identité que possède le Parisien est donc entièrement basée sur une représentation artificielle de sa personne. Pour l'artiste qui travaille sur la fiction et le virtuel, ce projet est l'occasion de questionner la frontière entre normes administratives officielles et crédibilité de la modélisation. Au fond, la photographie n'est-elle pas qu'une interprétation subjective du réel ? "Je travaillais déjà sur un modèle 3D de mon visage quand j’étais aux Beaux-Arts de Paris", raconte Raphaël Fabre pour expliquer son inspiration : "Cette année j’ai réalisé un autre portrait 3D plus réaliste que ce que je faisais avant, donc je me suis dit que c’était le moment d’essayer ce projet de pièce d’identité."

Il développe ce qu'il nomme "un geste à la fois poétique et d'une certaine manière, glaçant" : "Ce qui m’intéresse c’est le rapport que l’on a au corps et à l’image dans une époque où absolument tout est retouché, modifié, et idéalisé. Comment voyons-nous le corps et l’identité aujourd’hui, maintenant que tout devient de l’information et de la production numérique. Cette photo est moi, et ne l’est pas, c’est cette marge infime qui crée pour moi une question."

– Le portrait, la planche photomaton et le récépissé de demande ont été montrés à la Galerie R-2 pour l'Exposition Agora du 7 avril au 8 mai 2017.

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