Mickaël Mangot est directeur général de l’Institut de l'économie du bonheur. Il nous a expliqué ce qui nous empêche d'être toujours plus heureux dans la vie.

Peut-on être de plus en plus heureux à mesure que l'on accumule dans la vie plus de biens matériels, plus d'expériences, plus de moments de joie ? Le bonheur est-il une denrée empilable, jour après jour ? Pour Mickaël Mangot, directeur général de l’Institut de l'économie du bonheur, la réponse est non.

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"Si le progrès technologique est exponentiel, si le PIB par habitant est exponentiel, ce n’est pas le cas du bonheur. Non, il n’y a pas de loi de Moore du bonheur. Le bonheur ne double pas tous les dix-huit mois comme le nombre de transistors dans un micro-processeur", explique l'économiste qui s'est exprimé sur la scène de l'Échappée volée, le 14 mai.

Pourtant, si votre objectif de l'année était d'obtenir votre diplôme ou un prêt pour acheter un appartement, et que ce souhait se réalise, pourquoi votre jauge de bonheur n'augmenterait-elle pas ? Répondre à ce type de questions, voilà la mission que s'est fixé un organisme comme l'Institut de l'économie du bonheur, qui soutient cette branche émergente de l'économie, celle qui analyse le sentiment subjectif de bonheur, et non pas celui du bien-être objectif.

On s'habitue au bonheur

"Il y a trois grands obstacles qui empêchent d’être aujourd’hui plus heureux que ses parents : l’adaptation hédonique, le changement des aspirations et le stress né de la mondialisation", analyse Mickaël Mangot, qui s'est donné pour mission d'identifier les comportements des agents économiques (entreprises, banques, administrations et particuliers) à adopter pour être efficaces économiquement tout en améliorant son bonheur individuel et collectif. Selon lui, la raison pour laquelle le bonheur ne peut pas croître plus on accumule les succès tient à notre tendance naturelle à l'accoutumance. Ainsi, si l'achat d'une maison peut contenter un couple pendant les premières années de leur vie commune, le plaisir de la posséder va progressivement se banaliser – jusqu'à être remplacé par un nouveau désir, celui par exemple d'avoir assez d'économies... pour construire une extension. C'est ainsi qu'une aspiration vient toujours en remplacer une autre et que nous demeurons souvent d'éternels insatisfaits.

Une aspiration vient toujours en remplacer une autre, c'est ainsi que nous demeurons souvent d'éternels insatisfaits

Surtout, "l'argent ne fait pas le bonheur", comme le dit le proverbe, mais aussi les résultats de l’Institut de l'économie du bonheur : l'accumulation de biens n'entretient pas de lien direct avec le sentiment d'épanouissement. Lorsque l'on gagne davantage, c'est le niveau de nos attentes de consommation qui augmente dans le même temps. Se contenter de ce dont on disposait auparavant demande donc un effort d'autodiscipline. Cela, le "paradoxe d'Easterlin" qui veut que la croissance économique aux États-Unis n'ait pas été synonyme de plus de bonheur, le montre également.

Il faut donc prioriser

"Les recherches en économie du bonheur invitent à se reprogrammer, en se recentrant sur les combats essentiels et en pratiquant la diversification dans son travail et entre son travail et ses loisirs", lance Mickaël Mangot. Plutôt que de s'éparpiller dans différents objectifs, l'être humain gagnerait davantage à prioriser et réfléchir aux aspirations les plus à mêmes de lui apporter un significatif surplus de bonheur. En gros : au lieu de machinalement tout vouloir tout de suite, et si on se concentrait surtout sur ce que l'on désire le plus pour son bien-être ?

Et si l'on se concentrait surtout sur ce que l'on désire le plus pour son bien-être ?

Nombreux sont les chercheurs à avoir montré qu'au-delà d'un certain revenu, le niveau de bonheur ne progresse plus vraiment car "de manière générale, une fois que nos besoins de base sont satisfaits (la nourriture, le logement, la sécurité...) il faut chercher son bonheur ailleurs", comme l'explique cet article de RFI publié à l'occasion de la journée du bonheur.

Et le directeur de l’Institut de l'économie du bonheur de prendre l'exemple du chef d'entreprise qui souhaite toujours améliorer son existence, notamment en se promettant de "gravir encore les échelons de la vie professionnelle" et de "passer plus de temps avec sa famille", pour reprendre quelques poncifs. Or, pour Mickaël Mangot, il est parfois salvateur d'admettre que l'on ne peut pas tout avoir tout de suite dans la vie. Dans le cas du chef d'entreprise, être davantage reconnu socialement – alors qu'il l'est déjà – lui apporterait-il plus ou moins de satisfaction que de profiter davantage de sa famille ? Si la réponse est "moins", alors il est important qu'il ne sacrifie pas le second objectif sur l'autel du premier. C'est cela que l'on appelle prioriser.

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