Il semblerait qu'un jeune loup potentiellement né et vivant à Tchernobyl se soit largement éloigné de la zone radioactive, son territoire "naturel". C'est la première fois que des scientifiques recensent une telle désertion.

En novembre dernier, on apprenait que la zone radioactive de Tchernobyl allait devenir un gigantesque parc à énergie solaire. Un bon moyen d'exploiter à nouveau ces terres désertées depuis près de 30 ans par la majorité des humains. Mais pas par les animaux. 

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Depuis le tristement célèbre accident nucléaire de 1986, la zone d'exclusion de Tchernobyl reste radioactive, et donc très hostile à l'Homme – bien que le tourisme y soit autorisé de manière très encadrée. La faune sauvage a ainsi eu la liberté de s'y développer considérablement. Les populations de loups, notamment, auraient notablement augmenté.

Mais si jusqu'ici, aucun spécimen de canidé n'avait osé s'aventurer au-delà de la frontière établie par l'Armée Soviétique il y a des années autour de l'ancienne centrale, la donne a désormais changé : pour la première fois, l'un d'entre eux a été repéré à l'extérieur de la zone d'exclusion, selon une équipe scientifique dont les recherches se sont concentrées sur la vie sauvage de la région.

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La carte des déplacements des loups de la région.
Byrne et al

Aperçu à 369 kilomètres de sa "maison", l'animal fait l'objet du premier cas de désertion de la zone observé par des scientifiques. L'équipe d'experts, dirigée par Michael E. Byrne et composée de zoologues et de biostatisticiens, a mis en ligne ses constatations le 15 juin dernier dans l'European Journal of Wildlife Research. Après avoir placé des colliers équipés de GPS sur 14 spécimens de loups gris, ils se sont aperçus que le plus jeune d'entre eux, un mâle de 1 à 2 ans, se promenait loin de Tchernobyl. L'expérience a malheureusement pris fin suite à un dysfonctionnement du collier : on ne sait donc pas si l'animal est rentré chez lui, ou s'il continue d'explorer les alentours.

"Aucun d'entre eux ne scintillait, ils avaient tous quatre pattes, deux yeux et une queue"

"Aucun d'entre eux ne scintillait, ils avaient tous quatre pattes, deux yeux et une queue", a ironisé Michael E. Byrne, interviewé par LiveScience. En revanche, certains d'entre eux se seraient avérés plus "aventuriers" que d'autres. "Ces recherches mettent en évidence le tout premier exemple de loup s'éloignant de la zone d'exclusion", explique le scientifique. "À défaut d'être un 'trou noir écologique', Tchernobyl pourrait en fait s'apparenter à une source de vie sauvage pouvant aider les autres populations de la région [à se développer]. Et ce constat pourrait ne pas s'appliquer qu'aux loups. Des comportements similaires pourraient bien s'observer chez d'autres espèces."

Forcément, une question nous vient à l'esprit : les animaux venant de Tchernobyl ont-ils forcément subi des mutations par rapport à ceux évoluant en zone "saine", et si oui, seraient-ils susceptibles d'affecter leurs congénères ? "Nous n'avons pas assez de données pour affirmer ou infirmer cela", admet Michael E. Byrne. "C'est une piste intéressante pour des recherches futures, mais ce n'est pas quelque chose qui m'inquiète."

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