Alors que la Suède s'apprête à jouer les 8es de finale face à la Suisse mardi, l'équipe est devenue un modèle de lutte contre le racisme en défendant son milieu Jimmy Durmaz, victime d'un déferlement de haine sur les réseaux sociaux.

Il aura fallu d'une faute de Jimmy Durmaz à la 94e minute de jeu face à l'Allemagne – qui a ouvert la voie au coup franc offrant le but de Tony Kroos et la victoire aux champions du monde lors du deuxième match de poules (2-1) – pour que le milieu de terrain suédois devienne la cible d'une campagne haineuse. À la suite de ce fameux match du 23 juin, plus de 3 000 messages mêlant injures racistes et menaces de mort ont inondé son profil Instagram.

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Pour couper court aux attaques racistes à l'encontre du joueur de 29 ans né à Örebro, dans le sud de la Suède, de père turc et de mère syrienne, ses coéquipers ont affiché leur solidarité en conférence de presse quelques jours plus tard. Face aux médias le 24 juin, les joueurs se sont postés derrière lui, tous bras croisés, pour lui exprimer son soutien.

"Être critiqué fait partie de la vie de sportif, on doit l'accepter. Mais qu'on me donne des noms (racistes), me qualifie de terroriste et qu'on menace ma famille de mort n'est pas acceptable. Je suis Suédois, je porte ce maillot et ce drapeau avec fierté", a-t-il dit devant les caméras suédoises.

"Fuck le racisme"

"Je voudrais remercier tous les gens qui m'ont montré de l'amour et de la chaleur. Nous sommes la Suède, nous sommes unis, n'est ce pas les mecs ?", ajoute-t-il, avant que toute l'équipe ne lance à l'unisson : "Fuck racism". "J'ai toujours vu de la haine sur les réseaux sociaux. Si vous avez eu cela toute votre vie, ce n'est pas quelque chose de grave. Je suis fier de représenter mon pays", a réagi Durmaz auprès du quotidien Aftonbladet.

"Il n’y a pas d’ombre qui plane sur Jimmy, il n’y a rien à dire de mauvais sur lui. Les gens ne peuvent pas en vouloir à une personne. Vous gagnez en équipe et vous perdez en équipe", l’a défendu son partenaire Albin Ekdal auprès du quotidien Aftonbladet. "Il a couru et s'est battu tout le temps. C'est un manque de chance (de faire faute à ce moment-là). C'est complètement idiot de lui envoyer autant de haine à cause de ça", a ajouté l'attaquant John Guidetti.

Ministre en maillot

Autre soutien de taille, celui de la ministre suédoise des Sports Annika Strandhäll, qui avait porté le maillot du milieu de terrain lors d'une séance de questions au Parlement.

Formé à Malmö, en Suède, le gaucher a évolué en Turquie, puis en Grèce, à l’Olympiakos d’Athènes, où il a visité de nombreuses fois des camps de réfugiés fuyant la Syrie, le pays d’origine de sa mère. Son parcours lui vaut souvent la comparaison avec un certain Zlatan Ibrahimovic, dont la famille avait, elle, fui la guerre des Balkans. "Zlatan nous a ouvert tellement de portes. Il a offert un horizon aux gens qui ne venaient pas de Suède : regardez, on n’est pas obligés de s’inscrire dans le moule traditionnel. Il nous a permis de croire qu’on pouvait réussir nous aussi", expliquait Jimmy Durmaz dans une interview au journal L’Équipe.

Depuis la Suède, devenue en quelques jours une référence de la lutte contre le racisme, s'est imposé face au Mexique haut la main (3-0) et affrontera la Suisse pour les 8es de finale de la Coupe du monde de football. Selon son entraîneur, Jimmy Durmaz est "en forme".

– Cet article a initialement été publié sur le site de France 24.

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