Alors qu'il parcourait le Tibet à vélo en 1997, un Danois eut l'idée un jour de créer la première équipe de football du Tibet. Il raconte dans une BD son combat pour monter la sélection en 2001 et attirer l'attention sur le sort du peuple tibétain.

Pendant un mois, les meilleures équipes de football s’affrontent en Russie lors du Coupe du monde 2018. Brésil, Allemagne, France, Espagne ou encore Portugal font partie des prétendants au titre. À des milliers de kilomètres de là, d’autres joueurs rêvent eux aussi, devant leur télévision, de participer un jour à cette compétition. Ils portent le maillot de l'équipe tibétaine. Et ce n'était pas gagné d'avance.

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Dans ses rangs, il n’y a pas de Ronaldo ni de Messi, mais cette équipe existe bel et bien. Une bande dessinée, parue le 20 juin, "Rêves sur le toit du monde" (éd. Des ronds dans l'O), raconte son incroyable histoire. Il y a vingt ans, un Danois un peu fou, Michael Magnus Nybrandt, a eu l’idée de créer cette équipe en parcourant le Tibet à vélo avec un ami. "J’étais déjà intéressé par la culture tibétaine depuis plusieurs années, et j’étais furieux du traitement injuste des autorités chinoises envers le peuple tibétain. Ce voyage n’a fait qu’augmenter mon intérêt pour le Tibet", explique-t-il à France 24.

EM planche 1 tibet
Des ronds dans l'O

L'équipe interdite

Une nuit de 1997, alors qu’il se trouve dans un monastère, il fait un rêve : il s’imagine en train d’entraîner la première sélection tibétaine. De retour en Europe, cette vision grandit en lui. Après avoir suivi un stage au sein de la fédération danoise de football, il décide de mettre tout en œuvre pour réaliser ce projet. Mais ce jeune rêveur ne sait pas encore qu’il va rencontrer de nombreux obstacles en chemin. Le Tibet étant officiellement une province chinoise : impossible de créer une formation nationale avec des joueurs habitant ce territoire. Michael Magnus Nybrandt est obligé de se rendre au Népal et en Inde pour rencontrer des sportifs tibétains en exil et monter son équipe.

Une fois ces footballeurs recrutés, le coach passe à l’étape suivante : organiser un premier match. Des adversaires sont trouvés. Ce sera face l’équipe du Groenland, territoire autonome danois. Mais cette fois encore, la diplomatie internationale contrarie le projet. Informée de cette rencontre,la Chine fait tout pour l’interdire. Le Tibet n’étant ni reconnu par les Nations unies ni par la Fifa, aucun pays ne peut officiellement jouer contre lui. "Cela faisait un peu peur de voir à quel point les autorités chinoises ont de l’influence sur le sol européen. Je venais de sortir de l’école quand j’ai débuté ce projet et je me suis retrouvé dans une réunion à l’ambassade de Chine", décrit Michael Magnus Nybrandt.

EM planche 2 Tibet
Des ronds dans l'O

Malgré les pressions de toutes sortes et seul face à l’une des plus grandes puissances du monde, le jeune Danois ne se laisse pas intimider. Le 30 juin 2001, le Tibet participe à son premier match officiel contre le Groenland, à Copenhague, devant plus de 5 000 personnes. La rencontre se solde par une défaite (4-1), mais le résultat est ailleurs. Grâce au sport, Michael Magnus Nybrandt réussit à faire connaître le sort du peuple tibétain, mais aussi à offrir des opportunités à ces jeunes footballeurs venus du toit du monde.

"L'important, c'est de ne jamais abandonner, ne jamais lâcher"

Près de vingt ans après ce rêve, le touriste danois n’est plus l’entraîneur de l’équipe du Tibet, mais il continue toujours à la soutenir en faisant sa promotion ou en organisant des matches. En juin 2017 à Londres, la sélection a participé pour la première fois à la ConIFA, un tournoi international de football pour les États, les minorités, les apatrides et les régions non affiliées à la Fifa (en tête de son classement figure le Pendjab, suivi de la Padanie et de Chypre du Nord). Les joueurs tibétains ont terminé à la 12e place sur 16 équipes. "Nous avons aussi une très bonne équipe féminine. Le football tibétain se porte bien", insiste Michael Magnus Nybrandt.

EM planche 3 Tibet
Des ronds dans l'O

Dans cette bande dessinée, préfacée par le dalaï-lama, l’ancien touriste devenu coach relate sa propre histoire. Dans un style visuel assez simple, mais au contenu passionnant, il démontre que tous les rêves sont possibles : "L’important, c’est de ne jamais abandonner. Peu importe si cela paraît difficile, il ne faut jamais lâcher".

– Article initialement publié sur le site de France 24.

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