Le président américain a fait un salut militaire à un général nord-coréen, mardi, lors du sommet de Singapour qui l'a vu rencontrer Kim Jong-un. Sauf qu'un président américaine ne devrait pas – du tout – faire ça.

On pensait avoir tout vu du sommet de Singapour, où se sont rencontrés mardi 12 juin le président américain Donald Trump et le leader nord-coréen Kim Jong-un. Mais la télévision nord-coréenne KCTV nous a offert des images inédites, diffusées sur son antenne dans un documentaire de 42 minutes.

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Une séquence en particulier est actuellement très commentée outre-Atlantique. On y voit le président américain faire un salut martial à un général nord-coréen en uniforme. Voilà le passage en question, dans son contexte :

On voit bien que le président américain, qui enchaîne alors les poignées de main avec la délégation nord-coréenne, est surpris par le salut militaire du général, No Kwang Chol, qui lui "met un vent". Il effectue alors instinctivement à son tour le même salut, avant que les deux hommes finissent par se serrer la main, sous l'œil amusé de Kim Jong-un.

Sauf que Donald Trump est le président des États-Unis d'Amérique et que la Corée du Nord est un pays dont le régime est considéré comme hostile depuis plus d'un demi-siècle. Un officiel américain a dit à CNN que Donald Trump avait bien été briefé sur le protocole : il ne doit pas saluer un militaire d'un autre pays. À la Maison Blanche toutefois, personne pour l'instant ne voit ce salut comme un faux-pas.  

Mais les commentateurs convoqués par des médias américains de premier plan ne sont pas de cet avis.

Le contre-amiral à la retraite John Kirby, analyste militaire et diplomatique sur CNN, a estimé que "ce n'était pas approprié pour [Trump] de le faire du point de vue du protocole (...) il a joué le jeu de la propagande du Nord sur leur légitimité sur la scène internationale". Le président aurait dû hocher la tête et serrer la main du général. "[Trump est] le commander in chief. Il ne salue même pas ses propres généraux. Ils le saluent. C'est comme ça que ça marche. Vous ne devez certainement pas le faire avec des chefs militaires étrangers et vous ne le faites certainement pas avec des chefs d'armées étrangères d'une nation adverse." Pour Kirby, "[les Nord-Coréens] peuvent voir là un atout de propagande et c'est fondamentalement eux qui montrent le niveau de déférence et de respect que Trump leur a montré ainsi qu'à leurs chefs militaires", a poursuivi John Kirby dans "CNN Newsroom".

Interviewée par le Washington Post, Jean H. Lee, actuellement chercheuse au Wilson Center et ancienne chef du bureau d'AP à Pyongyang, l'assure : "C'est un moment qui sera utilisé encore et encore dans la propagande de la Corée du Nord comme une 'preuve' que le président américain s'incline devant l'armée nord-coréenne. Cela va être considéré comme une victoire militaire par les Nord-Coréens." Des images de propagande sur un "plateau d'argent". Rien que ça.

On se souvient qu'en 2009, le président américain de l'époque Barack Obama avait été très critiqué pour s'être incliné devant le roi Abdallah d'Arabie saoudite. En 2012, Donald Trump ne s'était pas privé de faire référence à cette séquence sur son compte Twitter. Il qualifiait alors Obama d'"amateur", avec un grand A. 

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