Frappés par des mortalités alarmantes dans leurs ruches depuis la sortie de l'hiver, les apiculteurs français se sont mobilisés, jeudi, pour réclamer un plan de soutien exceptionnel et un "environnement viable pour les colonies d'abeilles".

Des apiculteurs français rassemblés à Paris ont lancé un cri d'alarme, jeudi 7 juin, concernant des taux de mortalité "d'une exceptionnelle gravité" dans leurs ruches. Ils ont reçu le soutien d'un invité surprise : le ministre de la Transition écologique et solidaire Nicolas Hulot.

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Réunis sur l'esplanade des Invalides autour d'une quinzaine de ruches et de cercueils symbolisant les pertes subies cet hiver, des apiculteurs venus d'Île-de-France, de Bretagne et de Dordogne ont demandé "un plan de soutien exceptionnel" et "la restauration d'un environnement viable pour les abeilles".

"Il faut arrêter de tergiverser, car aujourd'hui, ça a pris de telles proportions que, dans certaines régions, l'apiculture n'est plus viable", a déclaré à l'AFP Gilles Lanio, président de l'Union nationale de l'apiculture française (Unaf).

Les néonicotinoïdes parmi les principaux responsables

Les apiculteurs, environ 70 000 en France, dont une majorité de petits producteurs, ont subi des pertes d'environ 30 % de leurs cheptels ces dernières années, selon Gilles Lanio. "Aujourd'hui, on a franchi un cap supplémentaire", avec des taux de mortalité pouvant grimper à 80 %, s'est-il alarmé.

Les abeilles souffrent de divers maux mais les principaux accusés sont les néonicotinoïdes, des insecticides qui s'attaquent au système nerveux des insectes, désorientent et affaiblissent les pollinisateurs.

"Les néonicotinoïdes sont une substance sournoise, c'est prouvé, c'est nocif pour les abeilles et il y a un problème de rémanence de ces produits qui restent pendant deux ou trois ans dans le sol", a dénoncé Alain Rouchon, président du syndicat des apiculteurs du Rhône.

En France, la loi sur la biodiversité de 2016 prévoit l'interdiction des néonicotinoïdes à partir du 1er septembre 2018, avec des dérogations possibles au cas par cas jusqu'au 1er juillet 2020. Au niveau européen, trois néonicotinoïdes – clothianidine, thiaméthoxame et imidaclopride – ont été interdits dans toutes les cultures en plein champ.

Hulot veut identifier "les mesures d'urgence"

"Avant, on mettait ces sujets sous le tapis et là on les a sortis", a déclaré Nicolas Hulot, qui s'est invité par surprise à la manifestation. "Je ne veux plus qu'on diffère ces sujets [...]. Je veux être votre meilleur médiateur et ambassadeur", a promis le ministre.

Il a invité les apiculteurs à chiffrer leurs pertes pour pouvoir identifier "les mesures d'urgence" à prendre. Selon les apiculteurs, les plus touchés parmi eux sont ceux qui viennent de s'installer et ont contracté des dettes.

D'autres rassemblements ont eu lieu sur le territoire français. À Lyon, une quarantaine d'apiculteurs, certains en tenue de travail – combinaison blanche, chapeau de protection, enfumoir – se sont réunis devant la préfecture du Rhône.

– Avec AFP

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