À l'occasion du 29e anniversaire de la répression de Tiananmen, Pékin a renforcé la censure sur Internet. Le gouvernement chinois s'en est également pris à Washington, qui l'avait appelé à faire la lumière sur cet événement toujours tabou.

Comme chaque année, à l'occasion de l’anniversaire de la répression du "Printemps de Pékin", la Chine a renforcé sa censure sur les réseaux sociaux. Lundi 4 juin, jour du 29e anniversaire des événements de Tiananmen, la plateforme de microblogs WeChat empêchait ainsi ses usagers d'échanger des sommes d'argent pour 89,64 ou 64,89 yuans, montants évoquant la date du 4 juin 1989.

"Les autorités dépensent énormément pour s'assurer que les Chinois ne peuvent pas commémorer ouvertement les victimes du 4 juin", a indiqué à l'AFP William Nee, chercheur d'Amnesty International, pointant que l'intelligence artificielle rend la censure "plus efficace".

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Des militants ont également été éloignés de Pékin pour les empêcher de prendre part à d'éventuelles commémorations, à l'instar de l'intellectuel Hu Jia, cantonné depuis le 1er juin en "vacances forcées" à Qinhuangdao, station balnéaire située à 300 km de la capitale. "Mais où que je sois, je jeûne [le 4 juin] et j'allume des bougies. Je me sens chanceux, je suis un survivant [de la répression]. Tant de gens sont morts, mais la Chine est toujours bloquée en 1984 en termes de progrès" politique, a-t-il indiqué à l'AFP, en allusion au roman de George Orwell.

Amnésie d’État

Dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, soldats et blindés avaient mis fin au mouvement d'étudiants qui occupaient depuis un mois et demi la place Tiananmen, au cœur de Pékin. Les manifestants réclamaient la fin de la corruption et une ouverture démocratique. Le bilan de cette répression, qui avait suscité une vive condamnation internationale, est généralement évalué à plusieurs milliers de morts.

Des familles de manifestants tués en 1989 ont récemment exhorté le président Xi Jinping à "réhabiliter" leurs proches : "Chaque année [en juin], nous sommes contrôlés, placés en résidence surveillée, ou éloignés de chez nous", ont déploré dans une lettre ouverte les "mères de Tiananmen", une association de parents ayant perdu un enfant lors de la répression.

De fait, l'épisode fait en Chine continentale l'objet d'une véritable amnésie d'État, strictement banni des livres, des manuels scolaires, des films et de l'Internet.

"Nous enjoignons les États-Unis à abandonner leurs préjugés"

Pékin a vivement réagi après les déclarations à ce sujet du secrétaire d'État américain Mike Pompeo. "Nous nous souvenons de la perte tragique de vies innocentes [...] Nous nous joignons à la communauté internationale pour réclamer au gouvernement chinois de rendre publique la liste des personnes tuées, détenues ou disparues" en juin 1989, a-t-il dit dans un communiqué.

"Le gouvernement chinois a déjà 'tiré des conclusions limpides sur les troubles politiques des années 1980"'

La Chine a exprimé son "fort mécontentement" et transmis à Washington des "protestions solennelles". "Les États-Unis accusent sans fondement le gouvernement chinois et s'ingèrent dans les affaires de la Chine", s'est indignée Hua Chunying, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, lors d'une conférence de presse.

"Nous enjoignons les États-Unis à abandonner leurs préjugés, à corriger leurs erreurs, à cesser leurs remarques irresponsables et leur ingérence", a-t-elle martelé, assurant que le gouvernement chinois a déjà "tiré des conclusions limpides sur les troubles politiques des années 1980".

Veillée aux chandelles à Hong Kong

À Hong Kong, comme chaque année, des milliers de personnes se sont rassemblées pour la veillée aux chandelles en souvenir de la répression. Organisée traditionnellement par un mouvement de soutien à la démocratie en Chine, cette veillée ne fait toutefois plus recette auprès des nouvelles générations de militants "prodémocratie" de Hong Kong. Certains la boycottent depuis trois ans.

Depuis le "mouvement des parapluies" – des manifestations de masse qui avaient eu lieu à Hong Kong en 2014 pour réclamer, en vain, des réformes politiques –, ces jeunes militants tendent à se focaliser sur la situation dans l'ancienne colonie britannique et à rejeter toute association avec la Chine. Certains revendiquent même l'indépendance.

"Les progrès de la démocratie en Chine sont vraiment lents, c'est presque sans espoir", a ainsi déclaré la semaine dernière le président du syndicat des étudiants de l'Université de Hong Kong, Wong Ching Fung. Il a estimé que le mouvement en faveur des libertés à Hong Kong a plus de chances de réussir s'il fait cavalier seul, sans lier sa cause à celle de la démocratie en Chine en général.

Seuls 56 % des habitants de Hong Kong estiment actuellement que leur territoire porte "la responsabilité de pousser pour le développement démocratique en Chine" – une proportion qui s'érode d'année en année –, contre 31 % qui pensent le contraire, selon un récent sondage.

– Avec AFP

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