Les actes homophobes sont en hausse, selon un rapport publié mardi par SOS Homophobie, qui s'alarme de l'explosion des cas relevant du voisinage et du milieu scolaire. En cause : "la montée d'une parole homophobe" dans la sphère politique.

Les actes homophobes ne diminuent pas en France, ils sont même en hausse d’après les chiffres de l’année 2017 publiés par SOS Homophobie : l’association a recueilli 1 650 témoignages, soit 4,8 % de hausse par rapport à 2016 (1 575 témoignages), qui avait déjà enregistré une importante recrudescence, de l’ordre de 19,5 %, par rapport à 2015.

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Cette hausse est confirmée par les chiffres de la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah), également publiés mardi 15 mai : 1 026 infractions à caractère homophobe ou transphobe ont été enregistrées l'an passé par les forces de l'ordre, en très légère hausse par rapport à 2016 (1 020 infractions).

Les chiffres de 2017 sont certes inférieurs au pic de 2013 (3 517 témoignages), au moment où l’adoption de la loi sur le mariage pour tous cristallisait une opposition tenace au sein de la "Manif pour tous". Le niveau actuel "se situe dans la fourchette haute" des années qui ont précédé la loi Taubira, souligne SOS Homophobie.

Parole des victimes se libère

SOS Homophobie voit une corrélation entre les prises de parole politiques sur des lois qui concernent les individus LGBT, et une hausse d’une homophobie sans retenue. "Nous revenons dans une phase ascendante de témoignages. Nous appelons le gouvernement à ne pas faire traîner en longueur les débats sur la PMA", dont l'ouverture aux lesbiennes et femmes célibataires est au menu des États généraux de la bioéthique, a déclaré Joël Deumier, président de SOS Homophobie, en conférence de presse. "Nous ne voulons pas revivre la même déferlante de haine que lors des débats sur le mariage".

"Une montée de la parole homophobe en 2017 dans un contexte électoral"

Cette augmentation peut s'expliquer, selon Joël Deumier, par "une montée de la parole homophobe en 2017 dans un contexte électoral", avec des "prises de positions publiques de candidats, comme François Fillon, pour la réécriture de la loi Taubira". "Cela a des répercussions dans le monde réel, avec des digues morales qui reculent", favorisant les passages à l'acte, a-t-il déploré.

Autre façon d’analyser ces chiffres : la hausse "peut être vue comme une bonne nouvelle, car la parole des victimes s'est libérée", décrypte Joël Deumier.

Les victimes sont le plus souvent des hommes (58 %), jeunes (56 % ont moins de 35 ans, quand leur âge est connu). Lieux publics, travail, voisinage, famille, école, commerces et services : dans plus d'un cas sur deux (55 %), l'homophobie survient "dans les contextes relatifs à la vie quotidienne", note l'étude.

Les cas relevant du voisinage (+84 %) et du milieu scolaire (+38 %) explosent. Cela "a de quoi alarmer dans la mesure où le domicile est censé être un lieu où l'on se sent en sécurité", souligne SOS Homophobie qui rappelle par ailleurs que "'PD' reste l'insulte la plus prononcée dans les cours de récréation".

– Avec AFP

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