Le Premier ministre canadien Justin Trudeau entame lundi une visite officielle en France. Son pays séduit de plus en plus de Français, toujours plus nombreux à vouloir immigrer de l'autre côté de l'Atlantique et tout spécialement au Québec.

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau débute, lundi 16 avril, son premier voyage officiel en France. Au cours de cette visite de deux jours, il va notamment rencontrer le président de la République Emmanuel Macron et s'exprimer devant l'Assemblée nationale.  

Les deux hommes vont certainement parler de l’intérêt croissant des Français envers le Canada. Depuis une décennie, la communauté française a vu grossir ses rangs de l’autre côté de l’Atlantique, notamment au Québec. "Le nombre de Français inscrits sur les registres consulaires de Québec et de Montréal a presque doublé depuis 2005, passant de 45 890 à 80 900 (+ 76%)", selon les derniers chiffres publiés sur le site du consulat français à Québec. "Dans la ville de Québec et sa région, ils constituent le premier groupe d’immigrants." La majorité de ces Français vivent à Montréal, soit 69 000 personnes.

De plus en plus de candidats à l’immigration

Chaque année, de plus en plus de Français se laissent tenter par l’aventure outre-Atlantique. Plusieurs facteurs expliquent cet attrait pour le Québec : sa francophonie, sa qualité de vie, mais aussi sa santé économique. "Le Québec offre un marché de l’emploi plus attractif qu’en France, avec un taux de chômage plus faible (6 % à la mi-2017). La province est donc perçue comme une terre d’opportunités, en particulier pour les jeunes diplômés français", explique pour le site Atlantico, Laurent Chalard, docteur en géographie de l'Université Paris-IV Sorbonne.

Tous les ans, ils sont ainsi très nombreux à espérer pouvoir bénéficier du programme vacances travail, un précieux sésame qui permet aux 18-35 ans de pouvoir travailler, étudier et voyager pendant deux ans maximum au Canada. Mais face à l’intérêt croissant, les places sont devenues plus chères et un tirage au sort a été mis en place. Pour 2018, 6 550 places étaient ainsi proposées aux jeunes Français, mais plus de 12 000 postulants s’étaient déjà inscrits début décembre, selon des chiffres de l'Express.

Une difficile adaptation

En plus de cette procédure d’immigration sélective, le marché de l’emploi peut aussi s’avérer plus compliqué qu’il n’y parait une fois sur place. "Certaines professions – même parmi les plus recherchées telle que la médecine – sont très réglementées et supposent souvent d'obtenir une certification, voire de repasser le diplôme adéquat avant d'exercer", souligne le magazine Challenges dans un article titré "L’eldorado canadien n’a rien d’une promenade de santé pour les travailleurs français".

Les Français immigrés au Québec rencontrent également souvent des difficultés à s’intégrer. Climat, vie à l’américaine, différences culturelles... Le choc est parfois rude. "Historiquement, le Français a du mal à s’adapter à une autre culture, aussi proche soit-elle de la sienne ", estime le géographe Laurent Chalard. "Il s’ensuite une certaine forme de communautarisme des Français qui résident à l’étranger, souvent associée par les locaux à une pratique de l’entre-soi, d’autant que la culture québécoise est perçue comme 'provinciale', donc tacitement 'inférieure' à la culture française."

"La Nouvelle-France"

Résultat : les Français fraîchement installés dans la Belle Province n’ont pas toujours bonne presse. Arrogants, renfermés, radins... Les stéréotypes négatifs collent à la peau des cousins d’Europe.  À Montréal, leur arrivée massive a même provoqué une hausse des loyers, comme le note le site Citylab : “Dans toute la ville, les Montréalais se plaignent à la fois de leur snobisme et de l’augmentation des prix, alors qu’une vague d’ex-Parisiens a envahi des quartiers autrefois abordables comme le Plateau, devenu à la mode et souvent appelé 'la Nouvelle-France'".

Face à la montée des tensions, Anne Sellès, une Française installée à Montréal depuis 2014,  n’hésite pas à livrer quelques conseils aux nouveaux arrivants sur le site du HuffingtonPost Québec : "Immigrer au Québec, c'est comme immigrer n'importe où ; on a tout à (ré)apprendre. Rien n'est acquis, et notre façon de faire en France n'a pas plus de valeur ici qu'ailleurs. Humilité et autodérision sont souvent de mise pour devenir un 'maudit Français' qu'on apprécie et qu'on invite dans les 'partys'".

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