Un lamassu de quatre mètres, dont les couleurs viennent de boîtes de conserve de dattes, va être exposé à Londres pour rendre hommage à celui détruit par les terroristes de l'EI en 2015.

Le quatrième socle de Trafalgar Square doit accueillir une nouvelle œuvre d'art ce 28 mars. Trois ans après la destruction d'une statue de lamassu (une créature légendaire qui possède une tête d'homme, un corps de lion et des ailes d'aigle), qui gardait l'entrée de l'ancienne ville de Ninive en Irak, par des membres du groupe État islamique, une réplique (pas vraiment parfaite) de 4 mètres de long va prendre place sur l'un des piédestaux de la célèbre place londonienne, et remplacer l'immense pouce en l'air de David Shrigley..

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Ce lamassu est l'œuvre de Michael Rakowitz, un artiste irako-américain de 44 ans, raconte le Guardian. Elle s'inscrit dans un travail plus large, "L'ennemi invisible qui ne devrait pas exister" (qui est également le nom donné à la statue), qui tente de "reconstruire les 7 000 objets appartenant au musée national d'Irak pillés après l'invasion américaine de 2003", et "plus récemment par l'État islamique en Syrie et en Irak". Pour lui, ce n'était pas seulement une perte énorme pour l'Irak, mais "pour toute l'humanité".

En 2017, il avait qualifié ceci de "génocide culturel". Et face à la quasi-absence de réaction, il a eu "l'idée que ces vieux artefacts reviennent en fantômes pour nous hanter".

Pour cela, il a donc décidé de leur donner une nouvelle vie, non pas en en faisant des répliques exactes, mais en les réalisant à partir de "papier mâché ou de plâtre recouvert d'emballages de nourriture ou de journaux arabes". Pour l'instant, environ 600 objets ont été recrées.

10 500 boîtes de conserve de sirop de dattes

"Le lamassu de Trafalgar Square est 'blindé' grâce à 10 500 boîtes de conserves de sirop de dattes colorées", continue le Guardian. Comme l'explique The Independent, "les dattes étaient l'un des produits les plus exportés avant que l'industrie ne soit décimée par les deux guerres du Golfe. Ces matériaux sont un clin d'œil à l'histoire de Rakowitz, dont la famille a émigré à San Francisco en 1946, et qui conserve des liens avec le pays de ses ancêtres grâce à l'entreprise d'import-export de son grand-père. L'artiste a continué à s'intéresser à l'Irak dans son travail pendant toute sa carrière".

Quand il a appris en 2017 que son œuvre allait occuper Trafalgar Square pendant près de deux ans, Michael Rakowitz avait expliqué que c'était particulièrement significatif pour lui.

"C'est la première fois que ce projet sera placé dans un espace public, et ça se produit alors que nous sommes témoins d'une migration très importante de personnes qui fuient l'Irak et la Syrie. Je vois ce travail comme un fantôme de l'original, et comme un substitut aux vies humaines qui ne peuvent pas être reconstruites, et qui sont toujours à la recherche d'un sanctuaire."

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