Remington, le plus ancien fabricant d’armes à feu des États-Unis, a déposé le bilan, dimanche, face à des ventes en baisse et des dettes importantes. Une nouvelle qui tombe alors que l’opinion publique demande un contrôle accru des armes à feu.

Au lendemain d’une marche historique à Washington contre les armes à feu, le plus ancien armurier des États-Unis a fait faillite. Si les deux événements ne sont pas en soi liés, le symbole est fort. Remington, l’un des plus gros fabricants d'armes du pays, fondé en 1816, a ainsi annoncé, dimanche 25 mars, qu’il déposait le bilan afin de réduire sa dette envers ses créanciers. Il avait déjà annoncé ce projet en février.

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Selon son directeur financier Stephen Jackson, les ventes de la société ont nettement baissé en 2017 et Remington avait de plus en plus de mal à rembourser ses dettes. D’après le document déposé dans une cour du Delaware (est) dimanche, Remington était redevable de 100 à 500 millions de dollars, rapporte le New York Times. Cette baisse des ventes – dont ont souffert d’autres armuriers américains – s’explique notamment par l’arrivée d’un républicain à la Maison Blanche, qui a apaisé les craintes de lois plus restrictives sur les armes à feu.

Sandy Hook et la fuite des investisseurs

Mais la chute a commencé bien plus tôt. C’est un fusil "Remington Bushmaster" qui avait été utilisé en 2012 lors du massacre de l’école élémentaire de Sandy Hook, dans le Connecticut, où 20 enfants et six adultes avaient été tués. Les familles des victimes avaient alors décidé de poursuivre l’armurier. Le fonds d’investissement Cerberus, propriétaire de Remington, avait tenté en vain de revendre la société, qui s’appelait à ce moment-là Freedom Group. De nombreux investisseurs ont commencé à prendre leurs distances à la suite de cette tuerie, poussant Remington à emprunter de plus en plus.

Cependant, face à la perspective de restrictions plus grandes sur les armes à feu, les ventes avaient décollé de 36 % en 2013, rapporte le New York Times. Remington s’attendait à un bond similaire de ses ventes si Hillary Clinton avait remporté la course à la Maison Blanche en novembre 2016. La victoire de Donald Trump aura donc été une mauvaise nouvelle pour le fabricant d’armes, qui a vu ses ventes décliner de 27,5 % pendant les neuf premiers mois de sa présidence.

Prise de conscience

Dans un communiqué, l’avocate des familles des victimes de Sandy Hook, qui poursuivent l’armurier, affirme qu’elle ne s’attend pas à ce que la banqueroute de Remington porte préjudice au dossier en justice.

Depuis la fusillade de Parkland, en Floride, le 14 février 2018, un mouvement populaire s’élève pour un meilleur contrôle des armes à feu. Il a culminé samedi avec la "Marche pour nos vies " qui a vu défiler plus d’un million de personnes aux États-Unis.

Du côté du secteur privé, également, une prise de conscience semble émerger. De grandes entreprises, comme le groupe bancaire Citigroup, ont ainsi annoncé des mesures visant à restreindre les ventes d’armes à feu. Les hypermarchés Fred Meyer (groupe Kroger), vont eux complètement arrêter d’en vendre.

– Cet article a initialement été publié sur le site de France 24.

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