Dans la cité de Hiérapolis, deux siècles avant notre ère, des prêtres sacrifiaient des animaux en les faisant passer par une étrange porte. Phénomène mystique ou pur charlatanisme ? La science vient de donner une réponse à cette énigme historique.

Fermez les yeux et imaginez-vous, l’espace d’un instant, être un prêtre romain eunuque, aux alentours de 200 ans avant J.C. J’avoue, l’effort d’imagination n’est pas simple, mais on se concentre.

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Vous êtes emmitouflé dans une toge blanche et conduisez un taureau mâle en parfaite santé vers une sorte de porche en pierre. Ensuite, un chemin vous mène à une cave. Peu après avoir traversé cette "porte de l’enfer", dédiée au dieu Pluton – la divité des Enfers, équivalent de Hadès chez les Grecs –, votre taureau suffoque, hurle de douleur, puis s’écroule et meurt. Mais vous, ô grand prêtre castrat, vous êtes toujours en parfaite santé. Et sortez de là indemne.

Comment ne pas croire à une intervention divine ? Dans la Rome et la Grèce antique, les dieux faisaient partie de la vie quotidienne. Comme Zeus qui coucha, selon la mythologie, avec la mortelle Alcmène pour donner naissance à Héraclès. Aussi, les lieux où les dieux pouvaient communiquer avec le monde des hommes, et inversement, n'étaient pas rares.

En 2013, en Turquie, à proximité de l'ancienne cité de Hiérapolis, des archéologues italiens ont ainsi découvert l'existence de ce Plutonium, sanctuaire du dieu Pluton considéré comme une "porte vers l'enfer". Ce lieu était entouré d'un temple, de gradins et jouissait d'une grande popularité. Les prêtres qui passaient cette porte de l'enfer étaient ensuite grandement considérés par la population. Ils avaient réussi une sorte d'épreuve, note National Geographic, qui souligne également que les oiseaux volant trop près de l'endroit finissait indéniablement par s'écrouler au sol.

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Les ruines de Hiérapolis.
Klaus Rose\Ullstein bild

Du dioxyde de carbone dans l'air

Mais pourquoi cet endroit faisait-il cet effet-là sur les animaux ? Comme souvent, la science a trouvé une explication. Une équipe menée par le biologiste Hardy Pfanz de l'université de Duisbourg, en Allemagne, a étudié ce phénomène étrange. Les chercheurs ont publié leurs résultats dans la revue scientifique Archaeological and Anthropological Sciences, le 12 février dernier.

L'explication scientifique de ce phénomène est en réalité assez simple. Au milieu d'une zone géologiquement très active, le Plutonium fut construit au sommet d'une profonde fracture terrestre. De cette fracture s'échappe une quantité importante de gaz volcaniques, en particulier du dioxyde de carbone. Aujourd'hui encore, ces gaz sont mortels et les biologistes, comme les archéologues avant eux, ont trouvé quantité d'animaux morts à proximité des lieux.

Alors comment les prêtres survivaient-ils ? Pour trouver la dernière pièce manquante de ce puzzle historique, les chercheurs ont mesuré la concentration du CO2 dans la zone à différentes heures. Ils ont découvert que les gaz étaient bien plus concentré durant la nuit, capable de tuer une personne en quelques minutes à peine.

Mais durant le jour, cette couche de dioxyde de carbone, plus dense que l'air, perdait de sa densité à mesure. Elle n'était véritablement dangereuse qu'à proximité du sol et de la fissure terrestre. Selon Hardy Pfanz, les prêtres devaient ainsi effectuer leurs sacrifices dès le matin. Les animaux n'étaient pas assez grand pour échapper à l'épaisse couche de CO2 et mourraient d'asphyxie, tandis qu'eux-même réusissaient à échapper au nuage toxique. Il considère également que les prêtres avaient parfaitement conscience de ces particularités et les utilisaient à leur gré. Ah, la religion.

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